vendredi 5 décembre 2008

Rio Cullen - Porvenir (30 novembre - 4 decembre 2008)

Apres notre visite chez Total Austral, nous reprenons la route en sens inverse avec le vent de face le dimanche 30 novembre. Nous arrivons assez tard a San Sebastian, epuises par le trajet et la courte nuit puisque nous avons travaille sur le blog tard dans le nuit apres l'asado du samedi soir chez Total. La douane argentine a une salle d'attente a disposition que nous partageons pour la nuite avec deux allemands back-packers un peu barbares et un couple anglais, jeunes maries, qui font le meme trajet que nous a velo pour leur lune de miel. Le premier decembre, nous battons des records avec notre premier depart avant 8 h du matin, et 26 kilometres effectues en 3h20 ! Devinez ! Et oui, vent de face et de cote, on l'attendait ce fameux vent de la Terre de Feu, et nous n'avons pas ete decus. Nous pensons tout de meme serieusement que nous avons ete chanceux puisqu'un vent de 80-100 km/h est une brise pour les argentins : "Hay mucho viento hoy !", leur disons-nous. Reponse du douanier : "No, poco viento." (non, un peu de vent seulement). Plus que jamais, nous luttons, nous nous crispons sur le guidon sauvage, nous mangeons la poussiere des vehicules sans scrupules qui nous doublent et nous croisent a vive allure.




A la douane chilienne, aucun fruit, legume, viande, fromage ne doit passer. C'est ainsi que le petit dej' se transforme en sandwich au salami, et que nous nous goinfrons de pate de coing une heure plus tard. Il ne nous reste plus de nourriture, et il n'y a rien avant 140 kilometres exceptes un petit resto apres la douane. Il n'y a pas de distributeur d'argent chilien non plus. Comment faire ? Et comment prevoir le nombre de jours pour atteindre Porvenir avec ce vent ? Nous achetons 6 sandwichs et 2 paquets de biscuits avec de l'argent argentin au resto en esperant un bon accueil dans les estancias. C'est chez Juan et Krazna a l'Estancia Las Flores que nous trouvons la convivialite et une petite place pour notre tente dans leur jardin le soir. Nous decidons de contrer le vent le lendemain en nous levant a 3h du matin. Heureux et fiers de nous, face a un lever du soleil fabuleux, nous pedalons dans la quietude du petit matin. A notre grand soulagement, le vent ne se leve pas de la journee. A un croisement, une tente et un velo attirent notre attention : "¿Hola, que tal?". L'homme nous regarde d'un air perplexe, il semble ne pas comprendre l'espagnol. "Alemana", nous repond-il. Nous enchainons en anglais et le sourire de Thomas apparait. Quelques mots echanges et nous repartons avec une superbe vue sur la Bahia Inutil. Au fond, nous apercevons les sommets enneiges de la Cordillere Darwin. Olivier se persuade qu'un des sommets est un volcan ! Je ne le contrarie pas, et nous contemplons cette magnifique vue tout au long de la journee et de la soiree. Nouveau reveil a 4 heures du matin, mais la migraine et le sommeil m'assomment. Repos force jusqu'a 8h. A deux kilometres en aval de notre campement, nous quemandons de l'eau a l'Estancia Fortuna. Jose, affaire dans sa cuisine, nous recoit avec un bon cafe reparateur. Jusqu'ici, nous n'avons essuye aucun refus, toutes les portes se sont ouvertes, parfois avec un cafe, parfois avec un diner, et toujours avec la ressource dont nous avions besoin : l'eau. En Terre de Feu, lorsque les argentins ou chilien nous disent "Suerte" (Bonne chance), ce n'est pas a demi-mesure puisqu'ils nous offrent egalement cette chance ! Une veritable lecon de generosite nous attendait ici, tout comme a Buenos Aires.





Nous decidons de contrer le vent le lendemain en nous levant a 3h du matin. Heureux et fiers de nous, face a un lever du soleil fabuleux, nous pedalons dans la quietude du petit matin. A notre grand soulagement, le vent ne se leve pas de la journee. A un croisement, une tente et un velo attirent notre attention : "¿Hola, que tal?". L'homme nous regarde d'un air perplexe, il semble ne pas comprendre l'espagnol. "Alemana", nous repond-il. Nous enchainons en anglais et le sourire de Thomas apparait. Quelques mots echanges et nous repartons avec une superbe vue sur la Bahia Inutil. Au fond, nous apercevons les sommets enneiges de la Cordillere Darwin. Olivier se persuade qu'un des sommets est un volcan ! Je ne le contrarie pas, et nous contemplons cette magnifique vue tout au long de la journee et de la soiree. Nouveau reveil a 4 heures du matin, mais la migraine et le sommeil m'assomment. Repos force jusqu'a 8h. A deux kilometres en aval de notre campement, nous quemandons de l'eau a l'Estancia Fortuna. Jose, affaire dans sa cuisine, nous recoit avec un bon cafe reparateur. Jusqu'ici, nous n'avons essuye aucun refus, toutes les portes se sont ouvertes, parfois avec un cafe, parfois avec un diner, et toujours avec la ressource dont nous avions besoin : l'eau. En Terre de Feu, lorsque les argentins ou chilien nous disent "Suerte" (Bonne chance), ce n'est pas a demi-mesure puisqu'ils nous offrent egalement cette chance ! Une veritable lecon de generosite nous attendait ici, tout comme a Buenos Aires.













Les derniers kilometres jusqu'a Porvenir sont de veritables montagnes russes : nous montons et descendons a longueur de temps dans un paysage un peu plus vert qu'en Argentine. Enfin, nous atteignons Porvenir aux maisons colorees et aux arbres taillees en forme de champignon. Dans le sud patagonien, la couche d'ozone est tres fine et l'indice d'exposition solaire est tres eleve comme l'indique une pancarte a la mairie. Heureusement pour nous, la temperature n'est pas tres elevee nous permettant de supporter des vetements longs qui nous protegent du soleil.






Le bateau partira a 8 heures le lendemain, et nous preferons dormir a proximite de l'embarcadere, a l'arriere de l'ecole. Au petit matin, nous rencontrons Jesse et Jules, un couple de cyclistes australiens, et nous retrouvons Thomas. Le bateau nous emmene vers Punta Arenas, en Patagonie continentale et c'est ainsi que nous quittons la Terre de Feu.

Comme Sandra a Ushuaia nous a malicieusement fait gouter la confiture de Calafate, dont la legende dit que nous reviendrons a l'endroit ou nous avons mange cette confiture, il est fort possible que l'appel du vent nous fasse revenir un jour sur cette ile du bout du monde.

La Planta Rio Cullen, Total Austral (28-30 novembre 2008)



Ca y est, l'usine petrochimique est en vue ! Il est 9h du soir, le soleil est deja bas, et nous avons roule 80 km, dont 55 km sur piste. Nous sommes fatigues et heureux d'arriver a bon port. Quand soudain, je m'apercois que mon pneu arriere est a plat. Si pres du but ! Je demande a Caroline de partir annoncer notre arrivee a l'usine pendant que je repare. Une demi-heure plus tard, je suis de nouveau sur la route, l'usine en ligne de mire. Le soleil a disparu derriere l'horizon et les nuages rouges semblent bruler au-dessus de l'usine petrochimique : les couleurs sont fantastiques. Les lumieres de l'usine sont deja eclairees, une torchere brule, on distingue les lumieres des plateformes au large : ambiance...
A 10h, j'arrive enfin a l'entree. Caroline essaye tant bien que mal d'expliquer la raison de notre venue et c'est avec un grand soulagement qu'elle me voit arriver. Apres quelques explications, verification des passeports, nous visionnons une video presentant les consignes de securite. On ne rigole avec ca dans une usine qui traite plusieurs millions de metres cubes de gaz par jour. L'intendant de l'hotel, homme rondouillet, charmant et calme, vient nous chercher pour nous emmener a l'hotel, deposer nos affaires et prendre un repas bien merite.









Le lendemain, reveil a 7h pour prendre le petit-dejeuner en compagnie des travailleurs de l'usine. Tous regardent notre accoutrement d'un air amuse et perplexe. A 8h30, nous rencontrons Philippe Falguere, chef du site de Rio Cullen, qui nous accueille tres aimablement. Malgre son emploi du temps bien charge, il nous explique tous les rouages du site. Soudainement, il alpague un homme repondant au nom de Daniel Fernandez, super-intendant du site, pour preparer notre visite ainsi que 2 combinaisons de vol supplementaires. Nous lui demandons dans quel but, et il nous repond qu'aujourd'hui aura lieu le vol de surveillance des infrastructures en helicoptere et que nous serons a bord !
Il nous decrit ensuite l'usine en quelques chiffres. L'usine de Rio Cullen fut construite en 1980. 300 personnes y travaillent, dont plus de 95% d'argentins. Le personnel est double car le rythme du travail s'effectue par rotation de 23 jours a l'usine - 23 jours de repos. Il faut dire que travailler au bout du monde requiert une certaine exigence. L'usine exploite les hydrocarbures en onshore (sur terre) et offshore (en mer) sur 4 plateformes, et produit du petrole, du gaz et du butane-propane. Le systeme se reparti sur 2 sites distants de 20 a 30 km : Rio Cullen et Cañadon Alfa. Le site de Rio Cullen traite le petrole et les elements semi-legers, alors que Cañadon Alfa traite le gaz et le butane-propane. Les deux sites sont connectes par des centaines de km de canalisations.
Philippe nous explique egalement le fonctionnement des plateformes. Les hydrocarbures se presentent sous la forme de petrole et de gaz en differentes proportions. Ils sont contenus en profondeur dans la porosite des roches, souvent des sables qui jouent le role d'une eponge. Une quantite non negligeable d'eau y est souvent presente. Afin d'extraire les hydrocarbures, des puits de plusieurs km de profondeur sont creuses sous les plateformes. Ces puits ne sont pas forcemment verticaux, la technologie moderne permettant de changer la direction de perforation, voire de creuser des puits horizontaux : ce sont des puits devies. A Rio Cullen, un de ces puits atteint un gisement (reservoir) a 11,2 km de distance de la plateforme, ce qui constituait un record mondial a l'epoque de sa construction.
Philippe nous explique ensuite quelques techniques d'extraction du petrole, dont celle ingenieuse du "gas lift". En profondeur, les hydrocarbures sont sous pression et sous forme liquide, y compris le gaz. Le fait de percer un puits a l'interieur d'un reservoir de petrole ne suffit pas forcement a le faire remonter assez rapidement. C'est alors que l'ingenierie intervient. Les techniciens injectent dans le puits du gaz sous pression sous forme liquide. Ce gaz liquefie remonte le long du puits et sa pression diminue. Cette diminution de pression induit une transformation du gaz liquide en gaz "gazeux", c'est a dire que des bulles se forment. Ces bulles remontent alors vers la surface du puits en entrainant le petrole contenu en profondeur, ensuite recupere par les plateformes. Ce principe est exactement le meme que celui d'une bouteille de champagne.
Le melange petrole-gaz ainsi collecte est ensuite achemine a l'usine pour y etre traite. Afin d'eviter que le petrole ne se solidifie dans les canalisations, du triethyleneglycol est melange aux hydrocarbures des leur sortie du puits. Carlos nous fait visiter les installations de traitement pour comprendre leur fonctionnement. Le petrole est d'abord degaze et le gaz ainsi recupere est envoye au site de Cañadon Alfa pour y etre traite. Le petrole est ensuite achemine vers 3 separateurs de decantation qui separent le petrole, l'eau et le gaz residuel. L'eau est traite et le gaz est reinjecte dans les puits pour etre utilise de nouveau pour le "gas lift". Le petrole subit un traitement chimique qui permet d'extraire le triethyleneglycol, qui sera traite et reinjecte. Enfin, le petrole est stocke dans des tankers, puis sera achemine au large dans un bateau petrolier via une bouee. Toutes les etapes de transformations sont pilotees a partir d'une salle de controle. A la fin de cette visite, nous nous rendons compte que la chimie joue un role primordial dans le traitement du petrole.














Apres la visite, en route pour l'helicoptere. Nous enfilons des combinaisons pas tres confortables, puis nous montons dans l'appareil. C'est le bapteme d'helicoptere pour Caroline et une certaine apprehension se lit sur son visage. Je ne suis pas plus rassure qu'elle. Enfin, l'appareil se souleve, se penche en avant, et c'est le grand depart ! Nous survolons d'abord l'usine de Rio Cullen avant de nous diriger vers le large, vers les plateformes. Le spectacle est fantastique. Derriere nous, les falaises de la cote s'etendent a perte de vue alors que nous apercevons les premieres plateformes sous l'appareil. Nous apercevons du personnel qui travaille jour et nuit pour maintenir la production. Afin de maintenir un relai entre les plateformes, un bateau specialement equipe fait la navette 24h/24h. Bientot, nous survolons la bouee d'alimentation des bateaux super-tankers, colonisee par des loups de mer, cousins des lions de mer. A l'approche de l'helicoptere, ils sautent a l'eau apeures par le bruit de l'appareil. Nous effectuons plusieurs rotations afin de bien verifier qu'il n'y ait pas de fuite. Apres 1/2h de vol, nous atterissons finalement sur le site de Cañadon Alfa, ou Pedro mene la visite. En fin de journee, Carlos nous ramene a Rio Cullen en 4x4. Quelle journee !












Pour finir, les cuisiniers ont prepare l'asado du samedi. A notre grande surprise, nous constatons que l'alcool est autorise pendant les repas. Philippe nous explique qu'il s'agit d'une exception quasi-unique dans ce type d'installation, et qu'il avait ete lui-meme tres surpris, voire inquiet, a son arrivee il y a un an et demi. Mais il confesse qu'il ne se fait plus de souci car les argentins sont tres serieux et s'autoregulent des qu'ils sont au travail. L'ambiance y est tres conviviale et la vie tout confort : un baby-foot, une table de ping-pong, des billards, un gymnase, internet sans fil installe par les employes eux-memes, et une bonne ambiance pour federer le tout. Tout est fait pour que tout le monde se sente bien dans cette usine du bout du monde.

Ushuaia - Rio Cullen (23-28 novembre 2008)

Le ciel est menacant au loin sur les montagnes que nous allons traverser. Pares pour la pluie, nous commencons notre progression entre les montagnes recouvertes de forets verdoyantes a leur base et enneigees a leur sommet. A leur pied s'etalent des marais rougeoyants d'ou s'elancent quelques arbres morts. Les premiers essais photographiques sont decevants. La lumiere est tres forte, le ciel gris et bien sur nous sommes en contre-jour. Nous longeons une superbe vallee probablement formee par une faille decrochante bien visible et rectilignes sur les cartes. De l'autre cote de la riviere, des sommets aceres s'intercalent avec de superbes vallees glaciaires en forme de U. Cependant, les glaciers sont rares et semblent agonisants sur les sommets. C'est au debut du col que nous prenons la pluie qui se transforme bientot en flocons de neige. Le soleil se cache derriere les nuages mais laisse apparaitre la danse des flocons dans une atmosphere mysterieuse. Nous traversons pour la premiere fois la Cordillere des Andes par le "Paso Garibaldi" et redescendons rapidement vers la Defensa Civil, que nous a indique Sandra, sur les rives du Lago Escondido. C'est ici que nous passerons la nuit avec l'accord de Pablo. Au petit matin je partage un mate (boisson locale a base d'herbes) avec lui en papotant avec un langage plus que basique.Pablo est bavard est curieux et c'est pour moi le meilleur cours d'espagnol qui soit ! J'apprends que la Defensa Civil est un peu l'equivalent des pompiers et ambulance : ils fournissent les premiers secours et s'occupent de la circulation. Nous partirons encore une fois bien tard, mais toujours aussi heureux de nos rencontres. Pablo nous indique une bonne panaderia (boulangerie) a Tolhuin, le prochain village, et c'est sous le soleil que nous longeons le Lago Fagnano au rythme des klaxons d'encouragement. Deux velos apparaissent au loin : super des copains ! C'est un couple d'espagnols qui se rendent a Ushuaia. Nous echangeons les bons tuyaux et repartons tout guillerets.






A Tolhuin, on nous indique la panaderia situee a l'ecart de la route numero 3 en plein centre d'un village bien vivant. Les patisseries allechantes s'etalent devant nos yeux gourmands dans un decor un peu kitch. C'est ici que nous discutons avec Mariano et Pablo, deux jeunes cyclistes argentins qui ont suivi la route 3 depuis Mar del Plata. Ils nous apprennent que le proprietaire de la panaderia accueille les cyclistes a l'oeil dans une petite maison. Ce n'etait pas prevu au programme, mais sur la proposition d'un employe, c'est au chaud et dans un lit que nous dormirons ce soir.C'est la fete et nous invitons nos nouveaux copains pour un asado (barbecue local). Apres le vol de notre saucisson ce matin, les chien errants nous jouent de nouveau un mauvais tour en nous chipant nos derniers morceaux de viande au-dessus de la braise... Heureusement, nous etions deja bien repus.
Notre histoire a Tolhuin n'est pas finie. Ce village nous suscite quelques questionnements. Le buste d'un homme, dont nous retrouvons le visage sur les sacs plastiques de la panaderia, s'eleve sur la place comme s'il s'agissait d'un personnage celebre du village. Cet homme est le professeur Favaloro, cardiologue et inventeur du Pacemaker comme nous l'explique Francisco, qe nous avons rencontre en cherchant un cyber cafe. Favarolo n'est pas du village, mais comme Tolhuin signifie "coeur" en langage des premiers autochtones, la commune a decide de rendre hommage a ce personnage argentin pour le remercier pour ses bienfaits pour la societe. Francisco, dit "Pancho", tient une petite echope avec un ordinateur dont la connexion internet ne fonctionne pas aujourd'hui. Il a fait des etudes de lettres et s'enflamme en nous parlant de Victor Hugo, Balzac, Edith Piaf, ou encore Truffaut. Nous nous faisons tout petit devant tant de connaissances mais nous partageons son enthousiasme. Pancho jongle entre espagnol et anglais et nous raconte le periple du "Che" (Che Guevara) en Amerique du Sud a la decouverte des peuples et son engagement pour ameliorer la vie des gens. Les grands personnges argentins sont surprenants : que ce soient le Che, Eva Peron, Favarolo, ou Francisco Moreno, il nous semble que leur point commun soit la generosite envers leur peuple. Nous comprenons ainsi un peu mieux la philosophie argentine envers les voyageurs. C'est une nouvelle fois le coeur serre que nous saluons Pancho sur le seuil de son echope. Nous serions bien restes toute la journee mis la route nous attend, d'autant plus que le vent s'est leve.






C'est une journee difficile : comme chaque jour, mon mollet gauche me fait mal et apres la premier cote, nous nous arretons pour etirements et seance photo. Tout comme Tolhuin, la paysage est etrange et me rappelle le film Big Fish. Les forets sont comme envahies par du lichen blanchatre que s'enchevetre autour des arbres morts. Plus tard, de vastes plaines s'ouvrent devant nos yeux, laissant champ libre au vent infernal. Nous sommes observes par des chevaux a l'allure fiere et a la criniere sauvage. Un cri etrange nous fait decouvrir notre premier guanaco. Nous rencontrons une nouvelle fois des cyclistes : Heidi et Markus, Autrichiens qui viennent d'Alaska, accompagnes de Jeff, un canadien errant sur les routes du monde depuis plus deux ans . Nouvel echange de tuyaux, petite photo souvenir et echange d'adresses de blog, et c'est reparti. Apres plus de 70 kilometres, nous demandons a planter la tente a l'Estancia Viamonte, face a l'ocean Atlantique. J'ai l'impression que mes jambes sont en bois et je n'ai pas depase les 6 kilometre/heure les derniers kilometres. Je crains le pire pour demain, me rappelant une situation similaire au Grand Paradis... Etirements douloureux et litres d'eau viendrons a bout des douleurs generees par le froid et la crispation des muscles.





A notre grande suprise, on nous offre un excellent repas : soupe au mouton (cordero patagonico) et mouton-pates prepares par Renato, le cuisinier de l'estancia. Il nous propose egalement un toit dans une masure utilisee autrefois par le personnel. L'estancia est immense et 70 000 moutons se baladent sur plusieurs dizaines de milliers d'hectares ! Douze hommes travaillent ici, et cette semaine 6 tondeurs de moutons (esquileros) sont aussi presents. Nous assistons a la tonte le lendemain matin. La cloche sonne, les machines rugissent, les moutons sont liberes de leur laine en quelques minutes et sortent hagards par une trappe situee a l'arriere du tondeur. Au rythme de 25 betes par heure, une semaine suffit pour tondre tout le troupeau. Olivier joue une nouvelle fois au Petit Poucet en laissant son couteau suisse sur la rembarde de la maison. Enfin, supposons-nous, car il nous faudra plusieurs jours pour nous en apercevoir.





Le vent est de face et nous nous fixons Rio Grande comme objectif. Contre toute attente, nous finissons le soir a l'hotel Argentino. Olivier avait pourtant mis beaucoup d'energie a trouver un logement chez les pompiers et la police qui ont toujours un coin de libre pour les voygeurs. Finalement, nous sommes heureux d'etre ici. La tente est plantee a cote d'une petite maison bleue, qui me rappelle celle de Maxime Le Forestier par la philosophie qui regne dans cet endroit. Nous nous sentons comme dans une famille, avec Graciela aux yeux grands ouverts sur le monde et les gens, Manuela une jeune fille de 11 ans pleine d'energie, Lorena sa maman, et Ati qui est la en journee. La cuisine est le coeur de l'hotel Argentino, c'est la que tout se passe, c'est la que tous se rencontrent. Nous y passerons tout notre temps, du diner au petit dejeuner en compagnie de nos hotes. Nous nous sentons tellement bien ici que nous trainons longuement pour partir. C'est avec tristesse que nous apprenons la fermeture de l'hotel a la fin novembre, mais Graciela, pleine de ressources, prepare un projet de tipi un peu en dehors de Rio Grande pour accueillir les voyageurs avides de moments agreables autour de tapas. Bref un lieu convivial dont nous aurons a coeur de faire la publicite.



Petit arret a la gomeria "El ciclon" pour regonflage avant de reprendre la route vers le nord. Les kilometres defilent, l'ocean a notre droite et les grandes plaines a notre gauche. Nous apercevons les premiers derricks qui pompent inlassablement l'or noir du sous-sol. Nous passerons la nuit dans une estancia, a l'abri d'une palissade. Nous avons encore un fois une bonne excuse pour partir tard le lendemain matin, puisque la pluie ne cesse que vers 10 heures, et le vent est une nouvelle fois de la partie et de cote. Le velo derape, se cabre, et teste notre equilibre. C'est une bonne lecon de pilotage avant d'entamer les pistes en terre. Olivier me fait remarques un velo au loin. Effectivement, il s'agit d'un cycliste hollandais un peu sauvage, Pete. Il a commence son periple en Afrique a pied, puis a achete un velo au Canada pour descendre les Ameriques. Peu apres, nous arrivons a San Sebastian, ou nous cherchons desesperement du pain, et mise a part la douane et quelques baraques, San Sebastian n'a de village que le nom. C'est ici que nous faisons un detour pour aller visiter notre premier site geologique : l'usine petrochimique de Total Austral a Rio Cullen. Soixantes kilometres de piste nous attendent, avec toujours ce maudit vent de cote. Les rafales nous limitent autour de 9 km/heure, puis au bout de la longue courbe, elles nous deviennent favorables et se plaquent dans notre dos, telle une bonne tape, nous permetant d'atteindre 27 km/h sans pedaler (et sur piste !). Notre concentration est au maximum. Il s'agit de choisir le bon endroit de la piste avec le moins de gravier ou de nid de poule et maitriser notre engin lors de derapages. Au passage des camions et 4x4, une volee de graviers et poussiere nous atteint. Le paysage le long de la baie San Sebastian est marecageux et fai le bonheur des guanacos qui galopent comme des gazelles a notre vue. Renards gris, bandeirras et caiquenes (oies sauvages) ont leur place dans ces marais a proximite de derricks que nous voyons au bout de lignes droites interminables et dont le ronronnement des moteurs parvient a nos oreilles. Apres 75 km, nous apercevons l'usine de Total en ligne de mire.







dimanche 30 novembre 2008

Ushuaia (21-23 Nov. 2008)

La couverture nuageuse se déchire et laisse apparaître les sommets enneigés de la Cordillère Darwin. Notre vol a duré trois heures et nous nous attendons au pire avant d’atterrir à Ushuaia, Terre de Feu. Ici, les vents sont violents, et seuls les pilotes expérimentés sont habilités à piloter sur cette ligne du bout du monde. Déjà, les premiers soubresauts se font sentir et nous nous accrochons solidement à nos sièges. Soudainement, l’avion tangue de droite à gauche et nous soulève quelques secondes. Des cris s’échappent entre nos dents crispées. Heureusement nous ne sommes pas les seuls … L’approche chaotique dure de longues minutes et c’est avec une grande ferveur que nous applaudissons tous les pilotes lorsque les trains d’atterrissage touchent enfin terre.


Enfin, nous déballons nos vélos de leurs cartons et découvrons avec plaisir les messages des parents d’Olivier (voir vidéo en fin de message). Les premiers curieux nous interpellent et après trois heures de montage et rangement, nous nous élançons pour nos premiers coups de pédale vers Ushuaia. Après un rapide passage au centre ville, nous nous dirigeons vers le parc national de Terre de Feu pour y camper. Le lendemain, nous allons au bout de la route nationale 3, pour commencer réellement la Géoroute Andine. Alors que pour la plupart, Ushuaia est l’étape finale de leur parcours, elle sera pour nous le début d’une grande aventure, arrosé comme il se doit par une pluie battante.


En repassant par Ushuaia, nous faisons un crochet par l’alliance française, où Stéphane nous fait une proposition alléchante : une fondue au chocolat qui célèbre la fin de l’année pour les élèves. Finalement, nous pourrons bien retarder le départ d’une journée… L’ambiance y est très chaleureuse, et notre venue fait pratiquer le français aux élèves d’Ushuaia. C’est avec un grand plaisir que nous partageons ce moment avec eux. Un grand merci à toute l’équipe de l’Alliance : Stéphane, Coralie et Aurélie ainsi qu’à tous les élèves ! Le lendemain, nous sommes invités à prendre un café chez Sandra. Nous repartons avec un cadenas pour nos vélos, une délicieuse confiture d’orange et deux bières Cape Horn, made in Terre de feu par Mauricio, son mari. Nous avons du mal à la quitter, et c’est avec un sentiment mitigé de tristesse et d’excitation que nous prenons la route, pour de bon.