dimanche 5 juillet 2009
Le lac Titicaca (Bolivie, 05/07/09)
Un soleil radieux baigne les rives du lac Titicaca, que nous longeons depuis plusieurs dizaines de kilomètres. Les eaux bleu sombre du lac sacré des Incas semblent cacher un mystère depuis la nuit des temps. Le lac est en fait un couple de lacs, séparés par un détroit de quelques kilomètres de large seulement, et que nous traversons sur des barges rustiques, à la limite de la flottaison, les barques se déformant, se tordant et grinçant à chaque vaguelette. Après la traversée, la route s’élève dans des collines assez élevées, ralentissant sensiblement notre vitesse de progression, si bien que nous nous trouvons contraints de bivouaquer au milieu des montagnes pelées, où aucun arbre et aucun relief ne peut cacher la tente de la route, hormis un remblai situé à quelques mètres seulement de la chaussée. Nous y montons la tente, quelque peu inquiets d’être si près de la route, et cachons les vélos un peu en contrebas. La nuit qui se prépare est belle et fraîche, illuminée par un beau clair de lune.
Mais à deux heures du matin, je me réveille subitement : des voix étouffées proviennent de la route. Que font ces gens, apparemment deux personnes, en plein milieu de la montagne à cette heure de la nuit, loin de toute habitation ? Loin d’être rassurés, nous écoutons approcher ces voix intruses, le souffle en suspend. Des dizaines des scénarios nous passent par la tête : veulent-ils nous voler ? Nous attaquer ? Nous nous tenons prêts à toute éventualité. Les voix se rapprochent de plus en plus, pour n’être plus qu’à quelques mètres de la tente. Notre tension est à son maximum, tous nos sens en éveil, la sueur coulant de tous les pores de notre peau. Mais à notre grand soulagement, les voix s’éloignent puis disparaissent dans la nuit bolivienne. Nous soufflons de soulagement : ils n’ont pas vu la tente, ni les vélos, et nous pouvons nous rendormir.
Sur le point de retourner dans les bras de Morphée, deux autres voix nous parviennent de nouveau depuis la route. De nouveau en alerte, tous nos sens en éveil, nous constatons avec soulagement que ces deux nouvelles voix s’éloignent également avant de s’évanouir dans la nuit. Nous sommes circonspects : qui sont ces gens et que font-ils ici ? Et ce n’est pas fini ! Quinze minutes plus tard, ce ne sont pas deux mais un groupe entier de voix qui parviennent à nos oreilles, des voix masculines mais également féminines. « Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? », soufflais-je à Caro. Notre tension est à son comble, et nous croisons les doigts pour qu’ils n’aperçoivent pas notre tente, ni les vélos. De nouveau, et à notre grand soulagement, tout ce petit monde nocturne passe sans nous voir, et disparaît dans la nuit. Ce sera notre dernière visite nocturne.
Au petit matin, nous nous levons fatigués après cette nuit agitée, et entamons la descente sur Copacabana, station balnéaire des rives du lac Titicaca, qui n’a rien à voir avec son homonyme brésilienne. Nous pensons y rester quelques heures puis repartir en direction du Pérou, tout proche. Mais en arpentant les rues colorées de la petite ville où les habitants de La Paz viennent en masse pour baptiser leur voiture (véridique !), nous apercevons un gros camping-car qui tente de se défaire de la foule sur la place principale. « Tiens, on dirait des français », dis-je à Caro. En sortant de la cohue, le camping-car se dirige droit vers nous en lançant des appels de phare en notre direction. Je reconnais alors le chauffeur et l’immatriculation 34 (Hérault). « C’est la famille Mériguet ! », celle qui nous a monté de San Pedro de Atacama à la frontière bolivienne, plus d’un mois auparavant. Quelle bonne surprise ! Olivier (le père), est un grand chauve, doté d’une langue bien pendue (ça vous rappelle quelqu’un ?), et nous passons finalement toute l’après midi en leur compagnie. Mieux, nous organisons même la journée du lendemain pour visiter l’île du Soleil, en face de Copacabana, l’île où serait né le soleil dans la mythologie inca. Nous nous arrangeons avec un pilote de bateau, Renan, un bolivien local aux allures sympathiques, un joli chapeau vissé sur la tête. Il nous emmènera à 7h30 demain matin, et nous reprendra de l’autre côté de l’île à 16h30.
Le lendemain, à notre grande surprise, Renan est au rendez-vous. Nous embarquons à bord, et nous voilà partis pour deux heures de coquille de noix à la vitesse d’un éléphant à la nage. En arrivant sur l’île, Renan nous dit : « Il vous faut 1 heure pour aller visiter les ruines, puis 3 heures pour traverser l’île. Je reviens vous chercher à 14h ». Notre ami vient donc de changer notre arrangement de la veille : « Pas question ! », lui répondais-je. « Nous nous sommes arrangés et nous avons payé pour que tu viennes nous chercher à 16h30 ». Il prétexte alors qu’il doit revenir sur l’île après nous avoir emmené à Copacabana, et que ça va le faire rentrer trop tard. « Ce n’est pas notre problème », lui glisse alors Olivier Mériguet. « Tu n’avais qu’à nous le dire hier ». Nous trouvons alors un compromis : 16h.
Nous prenons le petit déjeuner tous ensemble sur la plage, en face des eaux étincelantes du lac et des sommets enneigés et englacés de la Cordillère Royale. En nous retournant, nous apercevons notre ami Renan s’engouffrer dans une petite échoppe, et se commander une bière en prenant place à une table en compagnie de ses amis. « C’est pas gagné qu’on le retrouve ce soir … »
Nous quittons le petit port en direction de ruines incas, au bout de la péninsule occidentale de l’île. Le temps est magnifique et le soleil radieux. Le sentier quitte le site archéologique en traversant toute l’île sur sa longueur, en gravissant des petites collines à plus de 4000 mètres (le lac est à plus de 3800 mètres d’altitude). Plusieurs heures plus tard, nous arrivons en vue du petit village de Fuente del Inca, surplombant le petit port où Renan doit nous attendre. Le sentier dévale les flancs abrupts de l’île le long d’un magnifique escalier qui débouche directement sur le petit port. Un mauvais pressentiment me taraude l’esprit : Renan sera-t-il là pour nous attendre ? Nous auscultons tous les bateaux présents, mais aucun ne porte le nom de Sol Andino que nous recherchons. Nous demandons alors aux personnes présentes s’ils avaient vu partir le bateau de Renan. Tous nous répondent qu’il n’est pas encore arrivé, puis ils parlent entre eux en Quechua, un large sourire aux lèvres, visiblement en se moquant de nous. Nous n’aimons pas ça du tout, et sentons que les gens savent ce qui se passe mais qu’ils refusent de nous expliquer quoi que ce soit. Pire, ils se payent notre tête, c’est si drôle de se moquer de ces maudits « gringos ». Trois quart d’heure plus tard, Renan n’est toujours pas arrivé, et nous devons bien nous rendre à l’évidence : il ne viendra pas.
Le soleil commence à descendre à l’horizon, et nous n’avons aucun envie de passer la nuit sur l’île, d’autant que nous n’avons pas d’argent pour payer un quelconque logement. Voyant notre présente situation, les insulaires nous abordent en nous proposant de nous ramener à Copacabana pour un prix ridiculement élevé. Finalement, après négociation, nous parvenons à baisser le prix au niveau de notre premier arrangement avec Renan. A 5h, nous quittons enfin l’île, à notre grand soulagement. Mais un quart d’heure plus tard, notre pilote stoppe son moteur : « Il faut payer maintenant ». Mais au lieu du prix convenu, il nous demande son prix initial, le prix fort ! Nous sommes pris en otage au milieu des eaux du lac Titicaca. Nous avons beau rouspéter, rien n’y fait, notre homme ne veut rien entendre. Seulement, il a sous-estimé un paramètre important. Olivier Mériguet est un ancien basketteur professionnel, de ma taille mais d’une carrure impressionnante, qui plus est doté d’un caractère entier du sud de la France. Hors de lui, Olivier explose de colère et saute de son siège en fondant sur notre pilote, s’apercevant alors de la carrure d’Olivier, et donc de son erreur. Devenu blême, il est assailli par Olivier, et pour être honnête, j’ai bien cru qu’il passerait par-dessus bord. Lui aussi je pense, car cinq secondes de cette « discussion » inégale suffiront pour le faire fléchir, et revenir au prix convenu.
Balbutiant son accord, notre pilote redémarre fébrilement son moteur, et nous repartons. Mais pour se venger, il mettra son moteur au minimum de puissance et s’arrêtera pour simuler une panne d’essence, afin que nous arrivions le plus tard possible à Copacabana. Loin de nous en affliger, nous éclatons tous de rire devant le ridicule de cet homme rongé par la cupidité, et profitons au maximum des paysages magnifiques du coucher de soleil sur le lac Titicaca et la Cordillère Royale. A la nuit tombée, nous débarquons enfin au port, où nous finissons autour d’une table bien garnie pour digérer cette journée à la fois magnifique et ridicule. Il est temps pour nous de quitter ce pays où les comportements cupide et raciste des gens nous sortent par les yeux. Demain, nous serons au Pérou, où d’autres surprises nous attendent.
Publié par Caroline et Olivier à 23:31
Libellés : 08.Puna et Altiplano, B.Français, E.Paysages géologiques
samedi 4 juillet 2009
Le plateau de l’Altiplano-Puna
Le 3 juillet, nous quittons la capitale bolivienne, La Paz, construite au cœur et à flanc d’un canyon phénoménal. Dans la ville, en particulier sur les hauteurs, les pentes des rues dépassent parfois les 25 % ! Au petit matin, nous tentons donc de quitter cette jungle urbaine, par l’autoroute. Notre ascension est hallucinante. De notre point de départ à 3700 mètres d’altitude, nous empruntons l’avenue principale de La Paz qui débouche sur l’autoroute qui nous mènera hors de cette ville d’un autre temps, d’un autre monde. Des milliers de véhicules crachant des fumées noires opaques et irrespirables nous dépassent en nous lançant des coups de klaxon pour nous prévenir de leur arrivée imminente. 500 mètres plus haut, l’autoroute nous offre une vue spectaculaire sur toute la ville et les sommets environnants de la Cordillera Real, recouverts de neiges éternelle étincelantes. La Paz apparaît vraiment comme une ville unique au monde de part sa situation géographique hors du commun.
Les eaux du lac étincellent sous les rayons bienfaiteurs du soleil. L’onde s’étire à perte de vue, si bien qu’il nous est impossible de distinguer les berges opposées du lac. De par ses dimensions, le lac Titicaca est comparable au salar d’Uyuni, plus au sud. Mais plus encore, le lac représente l’équivalent du salar tel qu’il était avant qu’il n’évolue en une vaste plaine salée. Comme nous l’expliquions dans notre article sur le salar, la région d’Uyuni était une immense lac dans lequel se jetaient les rivières qui dévalaient des montagnes alentour. Les eaux de ces rivières transportaient des sédiments, comme des sables et des argiles, qui se sont déposés dans le lac et qui l’ont peu à peu comblé. Ce scénario reflète probablement l’évolution future du lac Titicaca. Les rivières provenant de la Cordillera real, entre autres, apportent de grandes quantités de sédiments qui se déposent dans le lac. A terme géologique, c’est-à-dire dans plusieurs centaines de milliers d’années, le lac Titicaca se transformera en vaste plaine salée, à moins qu’un événement majeur vienne perturber l’équilibre géologique actuel.
Mais en réalité, nos premiers coups de pédale dans cet environnement singulier ne datent pas de cette période, mais de notre départ de Salta, près de 2 mois plus tôt. Depuis cette période, nous n’avons eu de cesse de traverser et parcourir cet immense plateau comprenant la Puna argentine, le Sud-Lipez bolivien et Uyuni, et le lac Titicaca. Ce plateau est le deuxième plus grand haut plateau sur Terre, après le plateau tibetain.
Mais quelle est l’origine de ce plateau monumental ? Comment des lacs aussi grands et aussi hauts que la Grande Casse (point culminant du massif de la Vanoise dans les Alpes françaises) peuvent exister et persister ? Pour répondre à ces questions, il est nécessaire de considérer la géographie de la chaine andine dans son ensemble. Dans cette région, la cordillère est particulièrement large (400 à 500 kilomètres). Elle est bordée à l’ouest par la Cordillère Occidentale, constituée par les volcans de l’arc volcanique, et à l’est par la Cordillère Orientale, constituée par la Cordillera Real, la Cordillera Vilcabamba, entre autres. Le plateau se trouve donc pris en sandwich entre ces deux cordillères culminant toutes deux à plus de 6000 mètres.

Pourquoi la cordillère est-elle si large à cet endroit ? Pourquoi n’y a-t-il des montagnes que sur ces bordures, et pas au milieu de l’Altiplano ? Ces questions restent ouvertes encore de nos jours et l’Altiplano, tout comme le Tibet, demeurent de grandes énigmes géologiques. Il existe bien plusieurs théories pour expliquer la formation de ces plateaux, mais il existe également tant de zones d’ombre que ces théories restent floues pour la plupart des géologues. Alors de là à tenter de vous expliquer simplement le pourquoi du comment … J’ai bien ma théorie en tète, mais je ne m’aventurerai pas à la coucher sur papier, je n’y arriverais pas.Une chose est certaine : il reste encore beaucoup de travail pour les géologues de demain, et il reste de nombreuses régions à explorer et à décrire en détail. Les origines des plateaux andin et tibétain peuvent sembler des questions scientifiques primordiales, et pourtant encore sans réponse. Alors, jeunes géologues en herbe, l’avenir scientifique de ces grandes régions géologiques est entre vos mains et germera sans aucun doute dans vos têtes.
Publié par Caroline et Olivier à 19:16
Libellés : 08.Puna et Altiplano, B.Français, E.Paysages géologiques, Géologie
lundi 29 juin 2009
Sur les traces des dinosaures, Sucre, Bolivie (25/06/09)
Nous quittons Potosí émerveillés par la splendeur et le poids de l’histoire, hérités du Cerro Rico, et nous nous dirigeons vers Sucre, capitale constitutionnelle de la Bolivie. Après deux jours et 180 kilomètres d’effort, nous atteignons la ville blanche, dont l’architecture coloniale est à la mesure de celle de Potosí. Là encore, bien plus qu’au Chili et en Argentine, l’histoire et la culture respirent de toute part, et nous nous sentons comme absorbés dans l’époque coloniale et de l’indépendance obtenue par le héros national Simon Bolivar, ici-même à Sucre.
Mais c’est une toute autre histoire, bien plus ancienne, qui nous a conduit à Sucre : celle des mythiques dinosaures. Avant notre départ, nous avions entendu parler d’un fantastique site paléontologique où des milliers d’empreintes de pas de dinosaures sont fossilisées dans la roche. Avec l’aide de Loïc, un ami paléontologue, et du professeur Christian Meyer, qui avait travaillé sur ces empreintes de dinosaures, nous avions tenté de contacter le découvreur du site, Klaus Schutt, en vain. Le lendemain de notre arrivée, nous nous dirigeons vers l’office de tourisme, qui nous indique gracieusement l’adresse de Klaus, et qui nous prend même un rendez-vous avec lui. C’est si simple sur place! A l’heure dite, nous nous trouvons au pied d’une massive porte en bois finement sculptée sur un fond de mur d’un blanc éblouissant. Nous sonnons.
Après un certain temps, la porte s’ouvre ... sur un escalier vide. Cependant, un homme se tient debout à son sommet, une cordelette à la main qui est reliée au loquet de la porte. Drôle de présentation ! Amusé par notre surprise, Klaus Schutt nous accueille très aimablement. Nous traversons son appartement, magnifique demeure coloniale, dont la décoration est des plus rafinées. Il nous invite à nous asseoir sur un beau sofa, dans un immense salon donnant sur un patio d’un calme apaisant. Klaus est un homme de grande taille et longiligne, pas vraiment le stéréotype du bolivien : les yeux bleux et les cheveux blancs. Normal, il est allemand !
Nous lui expliquons notre projet et le but de notre visite. Tres intéressé dans un premier temps, il éclate de rire quand nous lui expliquons que nous voyageons en vélo. Mais quelques minutes plus tard, il nous dit : « Vous savez, les empreintes sont inaccessibles au public depuis deux ans. Les autorités touristiques ont bâti un parc d’attraction qui a coûté une fortune, et ils ont décrété que ce parc devait être prioritaire. Elles ont donc condamné l’accès aux empreintes, afin que le public se concentre sur le parc afin de le rentabiliser. Mon business était d’emmener les touristes au pied des empreintes et de leur en expliquer l’origine. Maintenant, je ne peux plus le faire. »
Nous sommes dépités. Nous lui demandons s’il est possible d’obtenir une dérogation à cette interdiction. Malheureusement, l’accès est même restreint pour lui. Malgré tout, nous lui demandons son accord pour faire une interview. Il regarde alors sa montre. Mauvais signe, pensais-je. « Vous avez quelque chose à faire ? », nous demande-t-il. « Si ce n’est pas le cas, je peux vous emmener au parc maintenant, et vous pourriez faire l’interview sur place. C’est la meilleure heure pour bien voir les empreintes et les photographier, de loin.» Quelle surprise ! Nous acceptons avec joie.
En arrivant au parc, Klaus nous montre les énormes têtes de dinosaures reproduites au-dessus de la caisse d’entrée du parc. Nous y sommes ! En nous avançant, Klaus nous montre alors des plaques en bois, posées sur le mur. « Le chemin sur lequel nous sommes est censé représenter l’histoire de la Terre, et les plaques indiquent les événements marquants de l’histoire de notre planète », nous explique-t-il. « Venez voir comme c’est ridicule. » Il nous montre alors une plaque sur laquelle il est écrit : Extinction Cambienne. « Incroyable, n est-ce pas ? Aucun dessin, aucune explication, rien qui ne permette de faire comprendre au public ce que cela représente. Et ce n’est pas tout ». Il nous montre alors des plaques avec des noms tels que Glossopteris, Peces Placedermos, ou encore Formation Cagarpi. « Vous croyez vraiment que les boliviens, qui n’ont aucune connaissance géologique puisque les sciences de la Terre ne sont pas enseignées, peuvent comprendre un seul mot de ce qui est écrit là ? Voici l’exemple même de ce qu’il ne faut pas faire en vulgarisation scientifique dans un parc ouvert au public.» Il faut bien vous avouer que nous-même n’avons aucune idée de ce que certains de ces noms représentent.
Au cours de l’interview qu’il nous accorde ensuite, Klaus nous explique comment il a découvert ce site remarquable en 1994. Quand sa fille était petite, elle s’était passionnée pour les dinosaures. D’un naturel curieux, Klaus s’était lui même documenté sur le sujet, et avait appris la paléontologie en autodidacte. Un jour, il visitait la carrière de calcaire de Sucre, exploitée pour faire du ciment, avec des amis. Dans cette carrière, une couche géologique quasiment verticale avait été dégagée depuis 15 ans par l’extraction. Cette dalle rocheuse étant trop riche en magnesium pour être exploitable, les techniciens de la carrière avaitent arrêté l’exploitation pour ouvrir un autre front de taille plus loin. Klaus et ses amis se baladaient le long de ce front de taille abandonné, lorsqu’ils virent des milliers de formes étranges sur la paroi ressemblant à des empreintes de dinosaures. Pour s’assurer de cette découverte extraordinaire, il se rendit alors au parc de Toro Toro, situé plus à l’ouest, où des empreintes de dinosaures avaient été documentées. La comparaison fut formelle : les traces de Sucre étaient bien des empreintes de dinosaures. Il venait de découvrir le plus grand gisement au monde d’empreintes de dinosaures, avec 5055 empreintes individuelles sur une paroi de plus d’un kilomètre de long.
Klaus nous explique que de nombreux paléontologues (équipe Suisse de Bâle, entre autres) sont venus travailler sur ce site. Ils y ont décrit des dizaines d’espèces de dinosaures de l’époque Crétacé.
Mais comment ces empreintes se sont-elles formées ?
Il faut s’imaginer qu’au Crétacé, les Andes n’existaient pas, mais qu’il y avait, à la place, une mer peu profonde. A proximité de la côte, des baies similaires à celle du Mont Saint Michel existaient, si bien que les dinosaures pouvaient les traverser en laissant des empreintes de pas dans le sable ou dans la boue. Rapidement après un de leur passage, une crue provenant de la côte a apporté une grande quantité de sédiments (sables, boues) dans la mer. En se déposant au fond de la baie, ces sédiments ont recouvert les empreintes et les ont préservées. Ces empreintes sont restées enfouies durant des dizaines de millions d’années, jusqu’à ce que les Andes se forment. Les mouvements tectoniques responsables de la formation des Andes ont plissé les sédiments contenant les empreintes, et les ont basculées presque à la verticale, comme nous les observons aujourd’hui.
Ecouter Klaus est un réel plaisir tant il est passionné par le sujet. « Vous savez, l’étude de ces empreintes nous apporte beaucoup plus d’informations sur la vie des dinosaures que l’étude des ossements fossiles. Par exemple, vous voyez en face, il est possible de suivre les traces de 3 animaux regroupés, dont un petit qui était au milieu des deux autres. Cela signifie que les dinosaures étaient des animaux sociaux, et qu’ils se déplacaient en groupe, et en protégeant leurs petits. »
Au fur et à mesure qu’il nous raconte ses histoires, il nous semble que le mur commence à prendre vie, et que des dinosaures se mettent à marcher devant nous. Quelle fascination de s’imaginer qu’il y a plus de 80 millions d’années, ces animaux légendaires ont foulé le sol. Des géants de plusieurs mètres de haut, des scènes de chasse, de vie et de mort. Tout un écosystème disparu, englouti à jamais dans les affres du temps.
Publié par Caroline et Olivier à 23:36
Libellés : 08.Puna et Altiplano, B.Français, E.Paysages géologiques, Géologie
dimanche 28 juin 2009
Potosí : la ville qui a changé le monde (Bolivie, 20/06/09)
Potosí. Ce nom résonne comme un rêve, celui d’un Eldorado perdu. Que s’est-il passé à Potosí ? Les espagnols, lors de la colonisation de l’Amérique du Sud au XVI siècle, ont découvert le plus gros gisement d’argent de tous les temps, concentré dans une seule montagne : le Cerro Rico (la Montagne Riche). Et cette montagne porte bien son nom : pendant plusieurs siècles, le Cerro Rico de Potosí a inondé l’Espagne, ainsi que le reste de l’Europe, en argenteries d’une grande valeur. La quantité totale d’argent du Cerro Rico acheminée en Europe est inestimable. Avec un tel pactole, l’Espagne, qui se croyait assise sur une mine inépuisable, a gaspillé ce trésor, en s’endettant lourdement. Mais comme toute richesse terrestre, les mines du Cerro Rico de Potosí se sont peu à peu épuisées, et le grand Royaume d’Espagne de l’époque ne réussissait plus à éponger ses dettes : à deux reprises, il fut déclaré en banqueroute, perdant tout de son prestige et de sa puissance. Le Cerro Rico de Potosí a donc, en faisant écrouler le royaume d’Espagne, contribué au bouleversement de l’Europe.
Qu’en est-il aujourd’hui ? Les mines ne sont plus ce qu’elles étaient. Les filons se sont peu à peu épuisés, et surtout, avec les variations du cours des métaux, leur exploitation ne devenait plus rentable. Malgré tout, aujourd’hui, le Cerro Rico est toujours en exploitation. Des mineurs, regroupés en coopératives, continuent d’extraire le fameux minerai d’argent, mais également d’étain, de plomb, et d’autres métaux.
Aujourd’hui, la ville de Potosí respire encore ce passé colonial glorieux. Les édifices datant de l’époque coloniale sont de toute beauté : des portails massifs, des balcons en bois finement sculptés, des façades resplendissantes. Il règne à Potosí une atmosphère particulière, où l’histoire rejoint le présent. Et Potosí n’oublie pas son passé et cherche à le valoriser : des agences touristiques proposent la visite des mines, à l’intérieur du Cerro Rico. Avec notre guide Renan, nous allons donc explorer les entrailles de la Terre et du Cerro Rico, et rendre visite aux mineurs.
En route pour le Cerro Rico, Renan nous arrête au marché des mineurs afin d’acheter des cadeaux aux mineurs. Renan nous explique que les mineurs ne mangent pas de la journée (8 à 11 h de travail), et qu’ils compensent en mâchouillant des feuilles de coca, coupe-faim et stimulant. Nous achetons également quelques petites sucreries. Mais surtout, nous ne devons pas oublier une bouteille d’alcool à 96%, que les mineurs boivent pour conjurer le mauvais sort et s’attirer la chance ! Après un petit magasin assez classique, Renan nous emmène dans une échoppe un peu plus particulière : nous y achetons 6 bâtons de dynamite à 3 Bol chacun (0,30 €, le prix d’un café en Bolivie !). Plus des mèches lentes et des détonateurs. Nous hallucinons un peu, nous pourrions faire sauter la ville pour quelques centaines d’euros !
Renan nous conduit au local de l’agence où nous enfilons des pantalons et vestes imperméables, ainsi que des bottes en caoutchouc et le fameux casque de mineur orné d’une lampe électrique. Une fois notre équipement enfilé, nous repartons dans le 4x4, et cette fois pour la mine. Nous nous arrêtons au pied de la fameuse montagne. Elle nous domine et nous sentons le poids de l’histoire peser sur nos épaules. Nous la regardons avec le plus grand respect, connaissant le nombre incalculable de travailleurs morts dans des conditions atroces pendant l’époque coloniale. Renan nous donne les dernières consignes avant de nous engouffrer dans les galeries qui plongent dans les entrailles de la montagne. Nous sommes dans une des 615 mines qui percent le Cerro Rico, dont 175 seulement sont encore en activité.
Nous avançons dans une galerie humide et étroite. Mon casque est de grande utilité car je me cogne la tête des dizaines de fois sur le plafond rocheux et les étais tordus voire rompus. Soudain, Renan nous crie : « Mettez-vous sur le côté, un wagon arrive ! ». Nous nous collons contre la paroi de la galerie en voyant arriver un wagon rempli de minerai, poussé par trois mineurs seulement. Le wagon déraille à de nombreuses reprises, et pour cause : les rails ne sont pas fixés, et certains sont en bois ! « Le wagon chargé pèse une tonne, vous savez », nous dit Renan. Ebahis, nous regardons passer les trois mineurs, qui ont toutes les peines du monde à pousser dans la bonne direction le wagon.
Après de longues minutes, nous arrivons au fond de la galerie. Nous regardons alors les murs, qui brillent de toute part. Des reflets jaunes, argentés, parfois verts, étincellent sous la lumière de nos lampes. Nous avons l’impression d’évoluer dans un trésor. Renan coupe court à nos rêveries. « Nous devons descendre de plusieurs niveaux », dit-il en nous montrant un trou dont nous ne distinguons pas le fond. « N’ayez crainte, il y a une corde, puis une échelle ». Il s’engouffre alors dans la galerie verticale avec assurance et agilité. Nous le voyons alors disparaître dans la pénombre. Après quelques minutes, nous entendons une voix étouffée : « A vous ! ».
Nous nous élançons dans le vide, un peu crispés. Au cours de la demi-heure qui suivra, nous passerons plusieurs échelles et goulets étroits. Renan nous dit soudainement : « Ecoutez ». Nous entendons alors des coups sourds provenant du fond de la galerie. « Ce sont les mineurs, ils sont tout proches. Allons-y ». Après quelques minutes, nous arrivons en vue d’une lumière, devant laquelle s’agite une silhouette à casser des cailloux au marteau. « Nous y sommes ». « Hola ! », nous disent chaleureusement les mineurs. Ils sont cinq à travailler dans cette veine. Il fait très chaud (environ 35-40ºC) et ils transpirent abondamment. Les conditions de travail sont indescriptibles : aucune sécurité, aucun outil moderne, tout ou presque manuellement.
Renan montre alors aux mineurs les cadeaux que nous leur avons amenés. Leurs yeux s’illuminent en voyant la bouteille d’alcool, qu’ils ouvrent immédiatement et qu’ils font tourner sous nos yeux ébahis. Ils échangent quelques mots avec Renan en Quechua, langue des Incas, avant que nous n’entamions une discussion avec eux en espagnol. Tout en s’attelant à arracher des blocs de minerai étincelant, ils nous parlent de leurs conditions de vie, dures et incroyables de nos jours. Ils travaillent 8 à 11 heures par jours, six jours sur sept. Les mineurs sont organisés en groupes de travail, associés en coopératives. Chaque groupe est maître de sa production, qu’il vend aux industriels pour être raffiné en argent et autres métaux, avant d’être exporté en Europe, principalement. Le fruit de la vente est partagé équitablement entre les membres du groupe, en moyenne 600 Bol (60 €) par semaine.
« Vous n’avez pas envie de changer de travail ? »
« Non, il n’y a pas de travail en ville. Et puis les gens nous respectent, nous faisons le travail le plus dur et le plus respecté. Nous avons commencé à 14 ans, et nous continuerons. » « Jusqu’à quel âge travaillez-vous ?, demande Caroline. C’est Renan qui nous répond, à voix basse pour ne pas être compris des mineurs : « Cela dépend de leur maladie … ». Cette maladie, c’est la silicose, qui atteint tout mineur. C’est la poussière produite lors de l’extraction du minerai qui encrasse les poumons des mineurs, et entraine des fibroses pulmonaires, puis la mort. Tout en discutant, nous comprenons alors que ces mineurs savent le sort qui les attend …
« Il est temps de remonter », nous dit Renan. « Attendez ! », nous dit le plus vieux des mineurs. Il arrache alors un bloc du plafond de la galerie, encore plus brillant que les autres, puis en tend un morceau à Caroline, un large sourire aux lèvres : « C’est le plus pur des minerais d’argent, emporte-le, c’est notre cadeau ». Caroline le prend, en ne le perdant pas des yeux, grands ouverts sur ce trésor offert par ces forçats de l’argent. Nous n’osons que dire devant ce cadeau d’une grande symbolique. Nous échangeons un dernier regard avec le vieux mineur, qui nous salue une dernière fois, un large sourire égaillant son visage en sueur.
Nous laissons alors nos nouveaux amis, dans leurs conditions de travail dignes de Germinal, et remontons vers la surface, le confort et la facilité. Nous sommes heureux d’avoir partagé ce moment fort avec les mineurs de Potosí, mais nous nous sentons impuissants et presque honteux de leur avoir volé ce moment. Nous ressentons alors l’immense fossé qui existe entre eux et nous, et notre situation plus que confortable nous met mal à l’aise. Dorénavant, nous ne regarderons plus les objets d’argent de la même manière, et nous aurons toujours à l’esprit cette rencontre avec ces hommes qui semblent sortir d’un autre siècle.
Nous laissons alors nos nouveaux amis, dans leurs conditions de travail dignes de Germinal, et remontons vers la surface, le confort et la facilité. Nous sommes heureux d’avoir partagé ce moment fort avec les mineurs de Potosí, mais nous nous sentons impuissants et presque honteux de leur avoir volé ce moment. Nous ressentons alors l’immense fossé qui existe entre eux et nous, et notre situation plus que confortable nous met mal à l’aise. Dorénavant, nous ne regarderons plus les objets d’argent de la même manière, et nous aurons toujours à l’esprit cette rencontre avec ces hommes qui semblent sortir d’un autre siècle.
Publié par Caroline et Olivier à 02:02
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samedi 27 juin 2009
Les velos delinquants (Tica-Tica, Bolivie, 16/06/09)
Nous sommes sur la route qui nous mène d'Uyuni à Potosí. Après deux jours de route horrible, nous traversons en fin de journée le village de Tica Tica, où il est temps de trouver une endroit pour dormir. Nous nous installons dans un rio asséché pour la nuit. Soudain, alors que nous préparons nos pâtes quotidiennes, nous entendons à quelques dizaines de mètres une portière de voiture claquer et des voix masculines crier dans une langue que nous supposons être du Quechua.
« Ils doivent venir chercher les ânes », dit Olivier préparant nos traditionnelles pâtes du soir. Je reste sceptique car il fait nuit noire, et je n’ai pas vu d’âne dans les alentours.
Quelques minutes plus tard, des lampes sont braquées sur notre tente.
« Hola ! », dit Olivier pour signaler notre présence.
« Nous ne voulons tuer personne ! Nous sommes des gens du village, sortez de la tente. », dit une voix au milieu de bruits de piétinements autour de nous. Surpris plus qu’inquiets, nous sentons que notre situation n’est pas à notre avantage.
« Nous ne sommes pas dangereux, nous sommes des voyageurs »
« Nous ouvrons la tente de l’autre côté », ajoutais-je en pensant qu’une voix féminine rassurerait nos villageois inquiets. Aussitôt dit, aussitôt fait, nous ouvrons la tente en prenant soin de nous éclairer avec nos lampes.
« Sortez », nous dit la même voix de l’autre côté de la tente, personne n’osant apparemment se mettre devant nous.
« La tente est ouverte par ici », insistons-nous. En effet, nous n’avons aucune envie de sortir de notre cocon de drap-poncho-duvet en petite tenue nocturne alors qu’il gèle déjà dehors. Un homme vient devant nous, braquant sa lampe dans nos yeux. Nous sommes scrutés. Rassuré, il appelle ses compagnons qui s’agglutinent tout autour de nous.
« D’où venez-vous ? »
« Nous sommes français, nous voyageons à vélo. »
« Vous venez d’Uyuni ou de Potosí ? », ajoute un homme se mettant à genoux à l’entrée de la tente pour nous observer de plus près.
« Nous venons d’Uyuni, nous avons traversé le village vers 17h. »
« Ah oui ! Je vous reconnais. »
Les autres hommes font venir une petite fille pour qu’elle nous voit. Je reconnais la fillette qui, quelques heures plus tôt, s’était dirigée vers l’endroit où nous installions la tente, puis avait fait subitement demi-tour sans répondre à nos signes.
« Nous cherchons 4 délinquants qui ont été vus marchant sur cette route. Vous les avez vus ? »
« Non », répondons-nous, surpris.
« Si vous les voyez, vous pouvez crier pour nous avertir ? »
« Oui ... Mais pensez-vous que nous sommes en danger si nous restons ici ? » Le brouhaha des villageois nous empêche de comprendre ce qu’ont fait ces « délinquants », et si nous devons déménager. Le chef nous serre la main, et tous repartent aussi vite que venus, ne faisant pas plus de recherche dans les environs. Perplexes, nous nous demandons si nous devons déménager au village pour notre sécurité, ce qui nous prendrait quand même deux heures.
En réfléchissant un minimum, les événements nous semblent manquer totalement de cohérence : des délinquants ne marchent pas, surtout s’ils ont volé un mouton ou un lama, et ne s’installent pas pour la nuit aussi prêts du lieu de leur méfait. Nous sommes convaincus maintenant qu’ils nous cherchaient, suite à l’alerte de la fillette. C’est aussi à cause du comportement étrange de cette fillette que nous avions mis pour la première fois nos vélos dans le hall de la tente.
« Pourquoi 4 délinquants ? C’est la peur qui fait voir double ? »
Olivier me regarge perplexe, puis me dit soudainement : « Ben, nous et les vélos ! »
Eclats de rire dans la tente !
Olivier me regarge perplexe, puis me dit soudainement : « Ben, nous et les vélos ! »
Eclats de rire dans la tente !
Nous venons enfin de trouver des surnoms pour nos vélos : Bonnie and Clyde.
Publié par Caroline et Olivier à 09:05
Libellés : 08.Puna et Altiplano, B.Français
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