dimanche 28 juin 2009

Potosí : la ville qui a changé le monde (Bolivie, 20/06/09)

Potosí. Ce nom résonne comme un rêve, celui d’un Eldorado perdu. Que s’est-il passé à Potosí ? Les espagnols, lors de la colonisation de l’Amérique du Sud au XVI siècle, ont découvert le plus gros gisement d’argent de tous les temps, concentré dans une seule montagne : le Cerro Rico (la Montagne Riche). Et cette montagne porte bien son nom : pendant plusieurs siècles, le Cerro Rico de Potosí a inondé l’Espagne, ainsi que le reste de l’Europe, en argenteries d’une grande valeur. La quantité totale d’argent du Cerro Rico acheminée en Europe est inestimable. Avec un tel pactole, l’Espagne, qui se croyait assise sur une mine inépuisable, a gaspillé ce trésor, en s’endettant lourdement. Mais comme toute richesse terrestre, les mines du Cerro Rico de Potosí se sont peu à peu épuisées, et le grand Royaume d’Espagne de l’époque ne réussissait plus à éponger ses dettes : à deux reprises, il fut déclaré en banqueroute, perdant tout de son prestige et de sa puissance. Le Cerro Rico de Potosí a donc, en faisant écrouler le royaume d’Espagne, contribué au bouleversement de l’Europe.


Qu’en est-il aujourd’hui ? Les mines ne sont plus ce qu’elles étaient. Les filons se sont peu à peu épuisés, et surtout, avec les variations du cours des métaux, leur exploitation ne devenait plus rentable. Malgré tout, aujourd’hui, le Cerro Rico est toujours en exploitation. Des mineurs, regroupés en coopératives, continuent d’extraire le fameux minerai d’argent, mais également d’étain, de plomb, et d’autres métaux.




Aujourd’hui, la ville de Potosí respire encore ce passé colonial glorieux. Les édifices datant de l’époque coloniale sont de toute beauté : des portails massifs, des balcons en bois finement sculptés, des façades resplendissantes. Il règne à Potosí une atmosphère particulière, où l’histoire rejoint le présent. Et Potosí n’oublie pas son passé et cherche à le valoriser : des agences touristiques proposent la visite des mines, à l’intérieur du Cerro Rico. Avec notre guide Renan, nous allons donc explorer les entrailles de la Terre et du Cerro Rico, et rendre visite aux mineurs.





En route pour le Cerro Rico, Renan nous arrête au marché des mineurs afin d’acheter des cadeaux aux mineurs. Renan nous explique que les mineurs ne mangent pas de la journée (8 à 11 h de travail), et qu’ils compensent en mâchouillant des feuilles de coca, coupe-faim et stimulant. Nous achetons également quelques petites sucreries. Mais surtout, nous ne devons pas oublier une bouteille d’alcool à 96%, que les mineurs boivent pour conjurer le mauvais sort et s’attirer la chance ! Après un petit magasin assez classique, Renan nous emmène dans une échoppe un peu plus particulière : nous y achetons 6 bâtons de dynamite à 3 Bol chacun (0,30 €, le prix d’un café en Bolivie !). Plus des mèches lentes et des détonateurs. Nous hallucinons un peu, nous pourrions faire sauter la ville pour quelques centaines d’euros !



Renan nous conduit au local de l’agence où nous enfilons des pantalons et vestes imperméables, ainsi que des bottes en caoutchouc et le fameux casque de mineur orné d’une lampe électrique. Une fois notre équipement enfilé, nous repartons dans le 4x4, et cette fois pour la mine. Nous nous arrêtons au pied de la fameuse montagne. Elle nous domine et nous sentons le poids de l’histoire peser sur nos épaules. Nous la regardons avec le plus grand respect, connaissant le nombre incalculable de travailleurs morts dans des conditions atroces pendant l’époque coloniale. Renan nous donne les dernières consignes avant de nous engouffrer dans les galeries qui plongent dans les entrailles de la montagne. Nous sommes dans une des 615 mines qui percent le Cerro Rico, dont 175 seulement sont encore en activité.



Nous avançons dans une galerie humide et étroite. Mon casque est de grande utilité car je me cogne la tête des dizaines de fois sur le plafond rocheux et les étais tordus voire rompus. Soudain, Renan nous crie : « Mettez-vous sur le côté, un wagon arrive ! ». Nous nous collons contre la paroi de la galerie en voyant arriver un wagon rempli de minerai, poussé par trois mineurs seulement. Le wagon déraille à de nombreuses reprises, et pour cause : les rails ne sont pas fixés, et certains sont en bois ! « Le wagon chargé pèse une tonne, vous savez », nous dit Renan. Ebahis, nous regardons passer les trois mineurs, qui ont toutes les peines du monde à pousser dans la bonne direction le wagon.



Après de longues minutes, nous arrivons au fond de la galerie. Nous regardons alors les murs, qui brillent de toute part. Des reflets jaunes, argentés, parfois verts, étincellent sous la lumière de nos lampes. Nous avons l’impression d’évoluer dans un trésor. Renan coupe court à nos rêveries. « Nous devons descendre de plusieurs niveaux », dit-il en nous montrant un trou dont nous ne distinguons pas le fond. « N’ayez crainte, il y a une corde, puis une échelle ». Il s’engouffre alors dans la galerie verticale avec assurance et agilité. Nous le voyons alors disparaître dans la pénombre. Après quelques minutes, nous entendons une voix étouffée : « A vous ! ».


Nous nous élançons dans le vide, un peu crispés. Au cours de la demi-heure qui suivra, nous passerons plusieurs échelles et goulets étroits. Renan nous dit soudainement : « Ecoutez ». Nous entendons alors des coups sourds provenant du fond de la galerie. « Ce sont les mineurs, ils sont tout proches. Allons-y ». Après quelques minutes, nous arrivons en vue d’une lumière, devant laquelle s’agite une silhouette à casser des cailloux au marteau. « Nous y sommes ». « Hola ! », nous disent chaleureusement les mineurs. Ils sont cinq à travailler dans cette veine. Il fait très chaud (environ 35-40ºC) et ils transpirent abondamment. Les conditions de travail sont indescriptibles : aucune sécurité, aucun outil moderne, tout ou presque manuellement.
Renan montre alors aux mineurs les cadeaux que nous leur avons amenés. Leurs yeux s’illuminent en voyant la bouteille d’alcool, qu’ils ouvrent immédiatement et qu’ils font tourner sous nos yeux ébahis. Ils échangent quelques mots avec Renan en Quechua, langue des Incas, avant que nous n’entamions une discussion avec eux en espagnol. Tout en s’attelant à arracher des blocs de minerai étincelant, ils nous parlent de leurs conditions de vie, dures et incroyables de nos jours. Ils travaillent 8 à 11 heures par jours, six jours sur sept. Les mineurs sont organisés en groupes de travail, associés en coopératives. Chaque groupe est maître de sa production, qu’il vend aux industriels pour être raffiné en argent et autres métaux, avant d’être exporté en Europe, principalement. Le fruit de la vente est partagé équitablement entre les membres du groupe, en moyenne 600 Bol (60 €) par semaine.





« Vous n’avez pas envie de changer de travail ? »

« Non, il n’y a pas de travail en ville. Et puis les gens nous respectent, nous faisons le travail le plus dur et le plus respecté. Nous avons commencé à 14 ans, et nous continuerons. » « Jusqu’à quel âge travaillez-vous ?, demande Caroline. C’est Renan qui nous répond, à voix basse pour ne pas être compris des mineurs : « Cela dépend de leur maladie … ». Cette maladie, c’est la silicose, qui atteint tout mineur. C’est la poussière produite lors de l’extraction du minerai qui encrasse les poumons des mineurs, et entraine des fibroses pulmonaires, puis la mort. Tout en discutant, nous comprenons alors que ces mineurs savent le sort qui les attend …



« Il est temps de remonter », nous dit Renan. « Attendez ! », nous dit le plus vieux des mineurs. Il arrache alors un bloc du plafond de la galerie, encore plus brillant que les autres, puis en tend un morceau à Caroline, un large sourire aux lèvres : « C’est le plus pur des minerais d’argent, emporte-le, c’est notre cadeau ». Caroline le prend, en ne le perdant pas des yeux, grands ouverts sur ce trésor offert par ces forçats de l’argent. Nous n’osons que dire devant ce cadeau d’une grande symbolique. Nous échangeons un dernier regard avec le vieux mineur, qui nous salue une dernière fois, un large sourire égaillant son visage en sueur.

Nous laissons alors nos nouveaux amis, dans leurs conditions de travail dignes de Germinal, et remontons vers la surface, le confort et la facilité. Nous sommes heureux d’avoir partagé ce moment fort avec les mineurs de Potosí, mais nous nous sentons impuissants et presque honteux de leur avoir volé ce moment. Nous ressentons alors l’immense fossé qui existe entre eux et nous, et notre situation plus que confortable nous met mal à l’aise. Dorénavant, nous ne regarderons plus les objets d’argent de la même manière, et nous aurons toujours à l’esprit cette rencontre avec ces hommes qui semblent sortir d’un autre siècle.

vendredi 26 juin 2009

Géologue pétrolier au féminin !

Soledad
Motivation initiale

Soledad a choisi d'étudier la Géologie au cours de sa dernière année de secondaire après avoir lu un livre d'orientation professionnelle et y avoir découvert les études de géologie (A noter qu'il n'y a pas de cours de géologie au secondaire en Argentine). Elle s'est inscrite à l'Université attirée par les matières proposées mais sans vraiment savoir quelles seraient les possibilités d'emploi pour un géologue. Finalement, ce métier lui plaît beaucoup en particulier parce qu'il présente une variété d'emplois comme les industries minières ou pétrolières, l'environnement, la construction, etc.

Formation

Master en Sciences de la Terre à l'Université Nationale du Sud, Bahia Blanca, Argentine. Formation générale de 5 ans, sans spécialité mais essentiellement appliquée aux gisements miniers. Au cours de sa dernière année d'étude, Soledad a postulé dans des entreprises pétrolières et a reçu une formation au sein même de l'entreprise.

Métier Géologue pétrolier_ pôle développement à YPF (Yacimiento Petroleros Fiscales), région de Neuquén, Argentine.

Activité actuelle
Le pôle développement consiste à améliorer le rendement de l'exploitation du réservoir. Concrètement, cette spécialité consiste à:

- Faire des modèles statiques et dynamiques du réservoir pétrolifère à partir des données obtenues dans les forages.

- Utiliser ces modèles pour proposer la perforation de nouveaux puits, la réparation d'anciens puits, ainsi que pour faire le suivi de la production, des pressions des hydrocarbures dans les puits et pour interpréter les données pétrophysiques.

L'ensemble de ce travail a pour objectif de prévoir le futur du gisement, et notamment le comportement du réservoir, afin d'adapter l'exploitation pétrolifère pour obtenir le meilleur
rendement possible. Le géologue pétrolier doit en quelque sorte gérer les réserves.

Géologue minier

Dominique

  • Motivation initiale
Dominique voulait être océanographe, mais cette spécialité n'existant pas en 1ere année d'Université, Dominique a choisi la filière bio-géologie pour s'en approcher. Suite à un cours de géologie top (dixit Dom) en licence, ainsi que par goût pour le travail de terrain et des voyages, Dom s'est finalement orienté en géologie.
  • Formation
Formation universitaire avec un diplôme de DEA (master) Géosciences à l'Université de Rennes.
  • Métier
Dominique a à son actif plusieurs expériences professionnelles dans le domaine de la géologie appliquée qu'il nous semble très intéressant d'indiquer dans ce portrait:

-Géologue consultant: synthèse bibliographique, Elf Aquitaine
-Géologue cartographe aux îles Marquises, BRGM (Volontaire aide technique)
-Géologue structural, forages, France, GEO-RS
-Géologue consultant, mise en place d'une base de données géologiques, Maroc, AJILON
-Géologue exploration et prospection d'uranium, Mongolie, AJILON
-Géologue cartographe expert au Mali, AJILON
-Géologue d'exploration, Guyane, REXMA, mine d'or
-Géologue d'exploration et cartographe, SQM, Chili

  • Activité actuelle
- Aspect exploration : cartographie et forages selon une maille régulière afin d'établir des corrélations. Synthèse des données géologiques qui permettent d'établir un modèle 3D du gisement sur le salar. Ce modèle sert de base pour la stratégie de production.

- Aspect production : Le but est d'exploiter au meilleur rendement le K (potassium) et le Li (Lithium). Sur la base des données d'exploration, le géologue et les ingénieurs établissent une stratégie de production en utilisant différentes technologies pour définir le type de puit (profondeur, diamètre, etc.) et pour quantifier le débit.

Le Lithium d’Atacama (San Pedro de Atacama, Chili, 28/05/09)

Le mercredi 28 mai au soir, notre ami Dominique nous rejoint à San Pedro de Atacama, chez son ami César, ancien orpailleur reconverti en restaurateur. Dominique est géologue au gisement de potassium et de lithium situé au milieu du salar d’Atacama, et il a fait 2 heures de route depuis le gisement pour venir nous chercher. Les retrouvailles sont chaleureuses, et nous partageons un bon dîner ensemble.

Le lendemain matin, vers 6h, nous décollons tous ensembles en 4x4 en direction du salar. Il fait froid et le lever du soleil sur cette immense plaine de sel est magique, les couleurs étant féériques. Deux heures plus tard, nous sommes à l’entrée des installations. Au poste de contrôle, nous allons montrer patte-blanche, mais un imprévu nous arrête. Le gars de la sécurité demande à Dominique : « Les visiteurs ne peuvent pas rentrer sans certificat médical. Il y a quelques mois, un visiteur est décédé dans les installations, il supportait mal l’altitude ». En effet, nous sommes à 2500 m. Nous avions tout prévu, sauf ça !

A ce moment, le responsable de Dominique, Corado, un italien aux yeux clairs, la quarantaine, et les cheveux grisonnants, arrive en véhicule. Dominique et le gars de la sécurité lui expliquent le problême. « Vous savez d’où viennent ces gens-là ? », demande Corado au gars de la sécurité. « Ils viennent de traverser la Puna en vélo ! ». Corado prend alors son téléphone, et appelle le responsable de la sécurité. Cinq minutes plus tard, il nous dit avec un grand sourire : « Vous allez avoir droit à une petite visite médicale ».




Une fois la visite effectuée (2 minutes pour chacun de nous...), nous nous retrouvons tous dans les bureaux. Autour se trouvent les installations industrielles, ainsi que des montagnes de ce qui ressemble à du sel, d’un blanc éblouissant. Toute l’équipe nous accueille très chaleureusement.

Andrés, le deuxième responsable de l’équipe, nous explique le principe du gisement. « Le salar d’Atacama est une grande « cuvette » topographique, où viennent s’accummuler les eaux qui ruissellent des montagnes alentours. Les eaux dissolvent des minéraux dans les roches qu’elles traversent, et se chargent en sel, qui vient s’accummuler dans la cuvette. Quand l’eau ressurgit à la surface et s’évapore, le sel se dépose et forme une croûte, qui donne le salar. Mais sous cette croûte, il existe une nappe d’eau très concentrée en différents minéraux, dont du sel, des sulfates, du potassium et du lithium : ces eaux sont des saumures naturelles. Le principe du gisement est de pomper ces saumures et de les exposer dans des grandes piscines. C’est à ce moment-là que commence l’extraction : l’énergie solaire évapore l’eau, et les différents sels cristallisent et se déposent dans les piscines, puis collectés. » Tout le monde aura reconnu le principe des marais salants, simples et ne nécéssitant pas de traitement chimique lourd.







« Mais comment séparez-vous les différents minéraux qui précipitent ? »

Andrés nous répond que les minéraux ne précipitent pas tous en même temps. Dans un premier temps, les sulfates précipitent (sulfate de calcium, ou gypse). Ensuite, le sel (NaCl), ou halite, commence à précipiter. Cependant, ces produits ne représentent pas d’intérêt commercial. Ce n’est que par la suite et à la fin que précipitent les sels de potassium (KCl, ou sylvite), puis les sels de lithium (LiCl), qui sont récupérés est exportés. La production de potassium dans ce gisement est relativement modérée à l’échelle mondiale (800 000 t/an). En revanche, la production de lithium couvre un tiers de la demande mondiale avec 35 000 t/an, ce qui propulse ce gisement au rang de premier producteur mondial.

« Pourquoi le salar d’Atacama est particulièrement intéressant ? »

Corado nous répond alors. « Le salar est un site unique ! En effet, la concentration de Lithium dans les saumures est extrêmement élevée (2 g/l), ce qui est unique au monde. Dans les autres gisements, la concentration est dix fois moins élevée, et la production beaucoup plus lente. L’origine d’une telle concentration est à ce jour inconnue, mais nous sommes contents d’en bénéficier. L’autre atout est le climat : nous sommes dans région la plus aride du monde ! L’évaporation de l’eau y est donc très rapide. C’est pour ces deux raisons que nous sommes le premier producteur mondial de lithium, à un coût de production défiant toute concurrence. »

Après cet entretien, Dominique nous emmène visiter les installations. Malheureusement, la grande majorité nous est inaccessible pour des raisons de sécurité. Dominique nous explique ensuite que son travail est de comprendre la structure du sous-sol du salar, afin de prédire où se trouvent les réserves de saumure, et donc de potassium et de lithium.








Une fois la visite terminée, nous retournons dire au-revoir à toute l’équipe avant de partir. Corado saute de sa chaise et nous alpague : « J’ai un petit service à vous demander. Mon fils est passionné par la terre et les roches, et je suis sûr qu’il serait passionné par votre aventure. Pourriez-vous lui faire un petit salut amical que j’enregistrerai sur mon téléphone portable ? ». Nous répondons avec plaisir à sa requète, avant que Dominique nous reconduise au premier village pour prendre le bus qui nous mènera à San Pedro, la tête remplie de nouvelles connaissances passionnantes.

Plus d'infos (anglais et espagnol): http://www.sqm.cl/

mardi 23 juin 2009

Chuquicamata, la mine géante (Chili, 25 /05/09)

A 100 kilomètres à l’ouest de San Pedro, en plein désert d’Atacama, un site incroyable a vu le jour : la mine de cuivre de Chuquicamata, la plus grande mine à ciel ouvert du monde. Nous nous y rendons en bus, via Calama, situé à 16 kilomètres de la mine. Déjà, depuis Calama, nous apercevons les énormes résidus de la mine, accumulés en tas monumentaux aussi hauts que les montagnes alentour. La CODELCO (Corporacion Nacional del Cobre), l’entreprise nationale chilienne gérant l’exploitation du cuivre dans tout le Chili, organise la visite de la mine en bus. Etant donné que nous n’avons pas obtenu l’autorisation de la visiter avec un géologue, malgré l’aide de notre ami César à Santiago, nous ferons la visite avec le bus touristique.



Mais à propos, à quoi sert le cuivre ? En fait, nous avons du cuivre partout dans notre entourage. Tout d’abord, quasiment tous les fils électriques de votre maison sont en cuivre, car le métal rouge est excellent conducteur électrique. De ce fait, tous les circuits intégrés de vos appareils électroniques sont également en cuivre. Et les plus anciens se rappelleront des marmites en cuivre, excellentes pour faire les confitures, entre autre. Enfin, le cuivre est également utilisé en industrie de haute technologie, comme en domaine médical.

Le bus nous prend à l’entrée de la mine et nous emmène dans un premier temps dans l’ancien camp de la mine. Il s’agit d’une ville où vivaient les mineurs et leur famille, c'est-à-dire près de 20 000 personnes ! Abandonné depuis février 2008, le camp était une véritable ville avec toutes les infrastructures disponibles, y compris un hôpital, le plus moderne d’Amérique du Sud à cette époque.


Le bus s’engouffre alors à travers les installations minières. Soudain, une roue gigantesque passe devant le pare-brise du bus. Cette roue, plus haute que le bus lui-même, est celle d’un des camions géants transportant le minerai. Ces monstres peuvent transporter jusqu’à 360 tonnes de minerai en un trajet ! Et pour information, chaque pneu de ces camions coûte 60 000 dollars. Quel gigantisme !



Pourquoi utiliser des camions aussi énormes, les plus gros du monde ? Nous aurons la réponse quelques minutes plus tard, lorsque le bus nous dépose au mirador qui surplombe la mine elle-même : devant nous s’étend un trou monumental, de 5 km de longueur, 3 km de largeur, et 1 km de profondeur. Un monstre ! Au fond, nous apercevons les camions qui, 5 minutes auparavant nous ont tant impressionnés, et qui paraissent des fourmis. La guide nous explique alors que les camions mettent 45 minutes pour remonter du fond de la mine. Nous sommes sidérés par un tel spectacle !




Quelle est l’origine d’un tel gisement ? Il s’agit ni plus ni moins d’une énorme intrusion de granite, c'est-à-dire du magma en fusion remonté des profondeurs. Cette masse de magma s’est ensuite refroidi et solidifié à quelques kilomètres de profondeur. En se refroidissant, le granite a généré un immense système hydrothermal, où des eaux surchauffées sont remontées vers la surface en transportant des minéraux dissouts. En remontant, la température de ces eaux hydrothermales a diminué, et les minéraux se sont déposés en veines.

Les minéraux exploités à Chuquicamata sont de deux types. Des oxydes de cuivre, de couleur bleu-vert, se trouvent dans les 300 premiers mètres les plus superficiels de la mine. Dans les minerais d’oxydes de cuivre, le cuivre se trouve en concentration de 0,5 % seulement. Plus profonds, les minéraux de cuivre sont des sulfures. Le minerai de sulfure de cuivre ne contient, quant à lui, que 1 % de cuivre. Dans les deux cas, il est donc nécessaire de transformer les minerais afin d’en extraire le cuivre. Dans le cas des oxydes, le minerai est dissout dans des grandes piscines d’acide sulfurique, où le cuivre est ensuite collecté par procédé chimique. C’est une méthode rapide et peu coûteuse. Dans le cas des sulfures, le traitement est plus complexe. Le minerai est chauffé à haute température pendant 15 jours, au cours desquels le cuivre est séparé. Cette méthode est très coûteuse car gourmande en énergie.




Quel avenir pour Chuquicamata ? L’avenir est relativement radieux. Sous le fond actuel de la mine, les géologues estiment qu’il y a encore une épaisseur de 1000 mètres de minerais exploitables, soit la même épaisseur que ce qui a été exploité jusqu’à maintenant. Or, il est impossible de creuser un trou de 2000 mètres de profondeur. C’est pourquoi le plan de développement de la mine prévoit qu’en 2020, l’extraction du minerai deviendra souterraine, avec la perforation de galeries. De plus, à quelques kilomètres au sud de Chuquicamata, une autre mine (Mina Sur), plus petite, a vu le jour. Les études géologiques ont montré qu’entre les deux mines existait un autre gisement exploitable. C’est pourquoi, actuellement, la montagne séparant les deux mines est en train d’être rasée, afin de connecter les deux mines, ce qui aboutira à un trou de 10 kilomètres de long ! Mais où s’arrêtera la folie des grandeurs des industriels ?

vendredi 20 février 2009

Géologue d'exploration minière

Franco


  • Motivation initiale
Pas de cours de géologie avant l'université au Chili. Choix par intérêt pour la géologie.


  • Formation
Formation universitaire de 6 ans à l'Université de Santiago (Equivaut à un master francais). Puis formation sur les gisements dès l'emploi par l'entreprise.

  • Métier
Géologue minier à la mine El Toqui, région de Aysen au Chili.


  • Activité
Les objectifs sont de trouver de nouveaux gisements, les identifier et les définir précisemment.
Terrain et cartographie, analyse chimique des prélèvements des sédiments, carrotage et analyse sédimentologique, mesures géophysiques, synthèse et corrélation de toutes les données, production de cartes et coupes géologiques et enfin proposition d'un modèle géologique du gisement.

Mine de zinc El Toqui (30/01/09)

A Coyhaique, Fabien nous a mis en relation avec un responsable de la mine El Toqui, située a 90 km plus au nord. Nous obtenons un rendez-vous avec un géologue depuis les bureaux à Coyhaique avant de prendre la route. Deux jours plus tard, nous sommes à Villa Mañihuales, petit village à proximite de la mine. Nous avions initialement prévu de nous rendre à la mine en vélo, mais nous apprenons qu’un bus transporte tous les jours les mineurs et que nous pouvons nous aussi le prendre. Nous cherchons alors un endroit sûr pour laisser la tente et nos affaires toute la journée puisque le bus part à 5 h du matin pour ne revenir qu’à 20h30. Nous avons maintenant nos astuces et c’est auprès des carabineros (la police) que nous demandons de l’aide. Comme toujours ici, à chaque problème une solution, et c’est en quelques minutes de réflexion seulement que le policier de garde nous indique une place au sec dans le garage ouvert sous le bâtiment alors que la pluie ne cesse de tomber depuis des heures.

4h30 : nous préparons rapidement nos affaires et marchons vers l’arrêt de bus sous un ciel étoilé. Nous avons une heure de repos supplémentaire dans un bus très confortable avant d’arriver à la cafeteria où nous profitons d’un petit déjeuner avec les travailleurs. Vers 9h30, deus jeunes géologues, Victor et Franco, nous recoivent.

« Vous savez que c’est la seule mine de zinc au Chili ? » nous disent-ils. « La première anomalie en zinc a été découverte dans les années 70 par un prospecteur, mais ce n’est que dans les années 80 que le gisement a été découvert. Depuis, plusieurs compagnies minières se sont succédées et c’est une entreprise canadienne Breakwater Resources qui est le propriétaire actuellement. »


Victor et Franco commencent par nous expliquer le système d’exploration utilisé. Une fois qu’une anomalie minérale (ici le zinc) a été repérée, le géologue effectue un échantillonnage systématique de sédiments fluviaux à raison d’un échantillon par km2, soit un total de 50 échantillons environ. Une analyse géochimique de ces échantillons permet de déterminer s’il existe un teneur en minerai importante. Une cartographie grossière est réalisée et l’anomalie principale en minerai est localisée. La seconde campagne d’échantillonnage de sédiments fluviaux est plus précise et ciblée sur l’anomalie détectée précédemment. Un échantillon est prélevé tous les ¼ de km2, ce qui correspond a environ 100 échantillons au total. Une nouvelle carte plus précise permet d’identifier une ou plusieurs zones à forte anomalie en minerai. Des analyses de sol sont ensuite effectuées en suivant une maille régulière de 20x20 m (1000 échantillons environ). A la fin de cette étude d’exploration, le gisement est ciblé en surface sur une carte et sa teneur en zinc est connue. L’extension en profondeur du gisement est déterminée grace a des mesures géophysiques (gravimétrie, résistivité). La gravimétrie est la mesure du champ de gravité qui dépend de la répartition de densité de roches et permet de détecter des minerais lourds. La résistivité est la mesure de la conductivité électrique des roches, qui dépend de leur composition chimique. Enfin, pour déterminer au mètre près la géométrie du gisement, des carrotages réguliers sont réalisés.

Victor sort des cailloux d’un sac et les pose sur la table. Ce ne sont pas des roches ordinaires car certaines sont grises métalliques, d’autres plutôt jaunes dorées. Ce sont des minerais en provenance du gisement. Victor nous explique : « Les minéraux gris sont de la galène, qui contient du plomb. Les minéraux jaunes sont de la chalcopyrite et de la pyrhotite qui contiennent du cuivre et du fer. Le minéral noir est de la blende, concentré en zinc. » Le zinc est le minerai le plus concentré dans le gisement avec une teneur de 8%, mais sont associés au zinc d’autres minerais non exploitables comme le fer ou le plomb par exemple. « Certains gisement de El Toqui contiennent également de l’or et de l’argent. L’or a une teneur de 12 grammes par tonne et est contenu dans la matrice des roches. » Puis Victor nous explique que dans les calcaires, les fossiles ont été remplacés par du minerai et nous pouvons observer des minéraux qui ont exactement la forme des fossiles qu’ils ont remplacés.

« Mais comment s’est formé le zinc ? », demandons-nous. Franco nous répond : " Des fluides magmatiques riches en zinc et autres éléments sont remontés vers la surface le long de failles. Ces fluides ont été bloqués par un niveau de roche imperméable et ont interagit chimiquement avec les roches situées sous le niveau imperméable. En fonction de la température et de la composition de la roche, certains éléments se sont déposés et concentrés, ici en particulier le zinc, tandis que d’autres se sont dissouts comme la calcite qui compose les fossiles".

« Et comment décide-t-on qu’un gisement peut être exploitable ? ». Victor nous répond que plusieurs critères entrent en jeu, en particulier la teneur en minerai, l’offre internationale et le coût de la production. Par exemple, dans le cas du zinc, actuellement, on considère qu’un gisement est rentable si le minerai contient plus de 4% de zinc.

Nous demandons enfin quel est le rôle du géologue minier. Les géologues peuvent travailler soit en exploration soit en production. En exploration, le géologue doit déterminer les gisements et leur géométrie en profondeur. Il s’occupe des campagnes d’échantillonnage, des analyses géophysiques, et de la description des carottes. Toutes les données sont corrélées afin de construire une coupe ou un profil géologique. Toutes les données sont compilées et comparées afin de construire un modèle géologique du gisement. Franco ajoute : « Le géologue a une lourde responsabilité car de son travail et de son intuition dépend toute l’activité industrielle de la mine. De plus, la mine assure la survie économique de la région puisque les 300 personnes qui travaillent dans la mine sont de Villa Mañihuales et des environs. » En production, le géologue fait le suivi quotidien du front de taille et dirige le travail d’extraction. Pour une question de sécurité, nous n’avons pas eu l’autorisation d’entrer au fond des galeries et nous ne pouvons pas illustrer le travail des mineurs.


Franco et Victor retournent à leur poste, et nous nous installons dans les bureaux pendant l’après-midi en attendant le bus de 19h qui nous ramènera à Villa Mañihuales.


vendredi 26 décembre 2008

La mine de charbon de Río Turbio – 08/12/2008

Puerto Natales, Chili, portes du parc Torres del Paine.
La météo s’annonce radieuse pour les trois prochains jours, et nous ne pouvons pas nous rendre au parc. En effet, un site géologique nous attend de l’autre côté de la frontière, à un saut de puce de 30 kilomètres : la mine de charbon de Río Turbio. Grace à l’aide d’Hector, nous avons pu prendre contact avec le personnel de la mine, qui nous attend. Nous gravissons le col de la Dorothea a 600 m d’altitude et nous fondons sur la petite ville minière de Río Turbio. A 200 m après le poste frontière, nous rencontrons une procession religieuse, et nous apprenons que ce lundi est le jour de la vierge, ce qui veut signifie jour férié. Nous ne visiterons donc les bureaux de Yacimientos Carboniferos Río Turbio (YCRT) que demain. Nous apprenons également que nous avons raté de 4 jours les célébrations de la Sainte Barbe, patronne des mineurs, géologues et pompiers, ô combien importante dans ce pays très croyant.
Le lendemain, nous nous rendons aux bureaux de YCRT, où nous sommes reçus courtoisement par Pedro Campos. Le résultat de la discussion est pour le moins stérile : il n’y a pas de géologue sur place (curieux pour une mine ...) et nous ne pouvons pas accéder aux galeries. Notre visite se contentera du musée-école, comme un touriste ordinaire. Passablement énervés, nous sortons des bureaux et commençons à nous diriger vers la mine, le long de la vallée du Río Turbio. Le paysage est vallonné, et les montagnes sont pelées. Néanmoins, de nombreuses souches et troncs morts témoignent d’une forête jadis recouvrant le flanc des montagnes. Au loin, nous devinons l’usine de purification du charbon ainsi que la butte de déchets miniers, équivalente à nos terrils du Nord.
La lecture du paysage nous apporte beaucoup d’informations sur la nature et l’origine du charbon. De grandes strates (couches) de roches zèbrent la montagne. Ces strates, toutes parallèles entre elles, sont des roches sédimentaires comme on en trouve dans le Jura, les Alpes et la Normandie, entre autres. Uné analyse plus détaillée montrent que ces sédiments se sont déposés sur un continent et non en mer ou au fond des océans. Dans le paysage nous pouvons observer plusieurs puits de mine, tous alignés le long d’une strate : le charbon correspond donc à un niveau sédimentaire particulier.


Imaginez une grande dépression, comme le lac Léman. Des rivières transportent des sédiments qui se déposent au fond du lac (du sable ou des galets). A un moment précis, une grande quantité de végétaux se dépose avec les sédiments. Ces végétaux peuvent provenir soit d’arbres arrachés par un orage violent et qui s’accummulent dans le lac, soit d’une période où le lac se transforme en tourbière. Ensuite, d’autres sables et galets viennent recouvrir les végétaux. Au fur et à mesure que des sédiments s’accummulent au dessus du niveau organique, sa pression et sa température augmentent. La matière organique se transforme lentement et se purifie en carbone par libération de l’hydrogène et de l’oxygène. Dans un premier temps, la matière organique devient lignite, puis charbon plus concentré en carbone. Il faut avoir à l’esprit que cette réaction se produit en plusieurs millions d’années ! Ce scénario explique ainsi pourquoi le charbon se retrouve sous la forme de strates, appelées veines.
Javier est notre guide pendant notre visite du musées. Ancien mineur de fond, il nous décrit l’historique de la mine et les conditions de travail. Le gisement a été découvert en 1942 et l’exploitation a débuté artisanalement en 1943. La première galerie se situe là où nous avions recontré la procession la veille. Pendant près de 40 ans, le travail était artisanal, dangereux, et les techniques d’extraction rudimentaires. Il faut s’imaginer qu’au fond de la mine, une fois que le niveau de charbon est extrait, la veine se referme toute seule sous l’effet du poids de la montagne au-dessus. Les risques associés sont énormes. Jadis, les mineurs disposaient de simples poutres en bois et d’arceaux métalliques pour soutenir les galeries. Mais à partir des années 70, les techniques modernes développées en Europe font leur apparition, augmentant la production et surtout réduisant presque à néant les accidents. Le travail de taille au fond de la galerie est automatisé avec une machine rotative et un système complexe de verins hydrauliques maintient le plafond.











Javier nous explique ensuite comment percer les galeries pour accéder à la veine de charbon. Au front de taille, les mineurs creusent 53 trous, perforés à l’aide d’un marteau-piqueur à air comprimé. Javier nous en fait une démonstration et nous sursautons à l’énorme vacarme. C’est le travail le plus pénible pour les mineurs. Chaque perforation est ensuite remplie de dynamite et le front de taille est pulvérisé. A cette cadence, le front de taille avance de deux mètres par jour seulement.
La mine de Río Turbio est la seule mine de charbon encore en activité en Argentine et son avenir est radieux. Pour l’instant, une partie seulement de la veine de 7 km de long de 50cm à 3 m d’épaisseur a été exploitée, et les études géologiques ont montré qu’il y avait 4 autres veines de même taille en profondeur, pour l’instant encore inaccessibles. La production annuelle est de 1.7 million de tonnes de charbon. Le charbon est purifié à l’usine, c’est à dire séparé de ses impuretés minérales, puis acheminé par train sur la côte atlantique. Embarqué dans des cargos, le charbon est ensuite acheminé vers la province de Buenos Aires et brûlé dans des centrales thermiques pour produire de l’électricité.





Afin de réduite le coût du transport, YCRT a pour projet de construire une centrale thermique dans la vallée à proximité du site de production. La pose de la première pierre inaugurale est d’ailleurs prévue quelques jours après notre passage en présence de la présidente argentine.A notre arrivée à Río Turbio, nous avions été surpris par le paysage encore préservé de la vallée. « Beaucoup défforts », ajoute Javier, « sont fait pour la protection de l’environnement ». Ces efforts semblent payer car la mine et l’usine ne semblent pas perturber la dizaine de couples de condors qui nichent dans les falaises surplombant l’usine. Cependant, qu’en sera-t-il de cet équilibre après l’ouverture du projet de la centrale électrique ? Nous esperons croire qu’il sera préservé, à moins que la folie productiviste financière en décide autrement.