En route pour le Cerro Rico, Renan nous arrête au marché des mineurs afin d’acheter des cadeaux aux mineurs. Renan nous explique que les mineurs ne mangent pas de la journée (8 à 11 h de travail), et qu’ils compensent en mâchouillant des feuilles de coca, coupe-faim et stimulant. Nous achetons également quelques petites sucreries. Mais surtout, nous ne devons pas oublier une bouteille d’alcool à 96%, que les mineurs boivent pour conjurer le mauvais sort et s’attirer la chance ! Après un petit magasin assez classique, Renan nous emmène dans une échoppe un peu plus particulière : nous y achetons 6 bâtons de dynamite à 3 Bol chacun (0,30 €, le prix d’un café en Bolivie !). Plus des mèches lentes et des détonateurs. Nous hallucinons un peu, nous pourrions faire sauter la ville pour quelques centaines d’euros !
Renan nous conduit au local de l’agence où nous enfilons des pantalons et vestes imperméables, ainsi que des bottes en caoutchouc et le fameux casque de mineur orné d’une lampe électrique. Une fois notre équipement enfilé, nous repartons dans le 4x4, et cette fois pour la mine. Nous nous arrêtons au pied de la fameuse montagne. Elle nous domine et nous sentons le poids de l’histoire peser sur nos épaules. Nous la regardons avec le plus grand respect, connaissant le nombre incalculable de travailleurs morts dans des conditions atroces pendant l’époque coloniale. Renan nous donne les dernières consignes avant de nous engouffrer dans les galeries qui plongent dans les entrailles de la montagne. Nous sommes dans une des 615 mines qui percent le Cerro Rico, dont 175 seulement sont encore en activité.
Nous avançons dans une galerie humide et étroite. Mon casque est de grande utilité car je me cogne la tête des dizaines de fois sur le plafond rocheux et les étais tordus voire rompus. Soudain, Renan nous crie : « Mettez-vous sur le côté, un wagon arrive ! ». Nous nous collons contre la paroi de la galerie en voyant arriver un wagon rempli de minerai, poussé par trois mineurs seulement. Le wagon déraille à de nombreuses reprises, et pour cause : les rails ne sont pas fixés, et certains sont en bois ! « Le wagon chargé pèse une tonne, vous savez », nous dit Renan. Ebahis, nous regardons passer les trois mineurs, qui ont toutes les peines du monde à pousser dans la bonne direction le wagon.
Nous nous élançons dans le vide, un peu crispés. Au cours de la demi-heure qui suivra, nous passerons plusieurs échelles et goulets étroits. Renan nous dit soudainement : « Ecoutez ». Nous entendons alors des coups sourds provenant du fond de la galerie. « Ce sont les mineurs, ils sont tout proches. Allons-y ». Après quelques minutes, nous arrivons en vue d’une lumière, devant laquelle s’agite une silhouette à casser des cailloux au marteau. « Nous y sommes ». « Hola ! », nous disent chaleureusement les mineurs. Ils sont cinq à travailler dans cette veine. Il fait très chaud (environ 35-40ºC) et ils transpirent abondamment. Les conditions de travail sont indescriptibles : aucune sécurité, aucun outil moderne, tout ou presque manuellement.
« Vous n’avez pas envie de changer de travail ? »
Nous laissons alors nos nouveaux amis, dans leurs conditions de travail dignes de Germinal, et remontons vers la surface, le confort et la facilité. Nous sommes heureux d’avoir partagé ce moment fort avec les mineurs de Potosí, mais nous nous sentons impuissants et presque honteux de leur avoir volé ce moment. Nous ressentons alors l’immense fossé qui existe entre eux et nous, et notre situation plus que confortable nous met mal à l’aise. Dorénavant, nous ne regarderons plus les objets d’argent de la même manière, et nous aurons toujours à l’esprit cette rencontre avec ces hommes qui semblent sortir d’un autre siècle.















