jeudi 12 mars 2009

Alicia, la “mama du Chili” (9-11 février 09)

Nous arrivons à Cantao, petit village situé entre Hornopiren et Puerto Montt. C’est ici, à côté de la rivière, que nous voudrions passer la nuit. La piste était difficile aujourd´hui et la chaleur a épuisé Olivier. Nous tournons en vain dans le village en quête d’un espace libre pour passer la nuit. Alors que nous sommes arrêtés, une femme portant une fillette sur les épaules nous accoste : “ vous cherchez à camper?”. Sur notre réponse positive, elle ajoute : “venez dans mon jardin, il y a de la place”. Sa maison est juste devant nous. Surpris, nous lui demandons le prix…réflexe d­­’européen trop habitué au service payant. “Mais rien !” nous dit-elle, “je vous invite”. Nous nous laissons guider jusqu’au jardin. “J’emmène la petite à la mer, installez-vous, il y a des toilettes et une douche à la maison, mais par contre, il n y a pas d’eau chaude”. En un clin d oeil, nous nous retrouvons seuls dans le jardin d’une inconnue sous la surveillance de son chien Perruche qui fuit quand on s’approche de lui.

Le lendemain matin, notre hôtesse nous offre un petit-déjeuner de roi avec du pain, de la confiture de prune et des chaussons aux pommes, le tout fait maison. C’est notre second petit-déjeuner, mais politesse oblige, nous trouvons, sans trop de peine, une place supplémentaire et nous nous régalons en découvrant les deux petits bouts de femme que sont Alicia et Tyaret, sa petite-fille. Elles sont toutes les deux des sacrés personnages. L’une “morena” et l’autre blonde aux yeux bleus, elles débordent d’énergie et de vie. Après présentations d’usage, Alicia nous dit tout naturellement : « Vous restez là toute la semaine, n est-ce pas ? Il y a la fête du village à partir du 15 février. » Comment lui dire que nous avions l’intention de partir ce matin ... Nous tentons de lui expliquer, mais elle réplique : « Mais si, vous devez rester, il y aura pleins d animations ! »



Après 2h de discussion, toujours face à notre petit-déjeuner, Alicia sort avec fierté 2 énormes saumons du frigo : “C’est pour ce midi, vous aimez ?”. Ahhh, nous sommes séquestrés !!! Impossible de reprendre la route maintenant, ce serait trop impoli. Nous décidons de rester encore une nuit et d’en profiter pour écrire nos textes.

Alicia nous met dehors pour préparer le déjeuner. Olivier, attiré par la rivière regorgeant de saumons, sort impatiemment sa canne à pêche et après 10 minutes de pêche (dont un coup dans un arbre par précipitation) et ramène fièrement un saumon de quelques kilos en cadeau à notre hôtesse. Tyaret, aussi énergique que sa grand-mère, vient jeter un oeil sur nos occupations (dont la lessive) et se met en tête de nettoyer notre linge. « Ce doit être génétique », me lance Olivier. Non mécontents d’avoir trouvé une Cosette volontaire pour cette tâche, nous la regardons faire avec amusement, jusqu’à ce qu’elle frappe le linge sur le sol pour l’essorage ... et le mette à sécher sur la balançoire. Quelle famille !





Pendant le repas, Alicia nous explique qu’elle va ouvrir une maison d’hôte dans la maison qu’elle construit. Elle va également apprendre le métier d’apiculteur, tout comme le faisait son grand-père. A 50 ans, Alicia va pouvoir enfin avoir sa propre maison et se lancer dans de nouveaux projets. « Je serai tellement triste quand vous partirez demain », nous dit Alicia dépitée à la fin du repas. Nous tentons de la consoler tout en nous demandant comment elle a pu s’attacher à nous aussi vite. Puis c’est l’heure de la sieste et nous en profitons pour écrire.
Le soir, nous sommes à nouveau conviés dans la petite cuisine pour partager du vin et quelques empanadas qui font office de dîner. Zacarias, le compagnon d’Alicia, ainsi que son frère sont avec nous. Ce sont des pêcheurs et demain, tous vont ramasser des fruits de mer en bateau. Nous sommes invités à se joindre à eux. Notre retard sur notre route nous fait hésiter mais finalement, nous annonçons la bonne nouvelle à Alicia : « Nous venons avec vous demain matin, mais par contre nous prendrons la route demain après-midi ». Son visage s’éclaire soudainement et nous sommes ravis de lui faire autant plaisir.

6h30 le lendemain. Nous nous levons pour ne pas rater le bateau. Aucune animation dans la maison, il semblerait que personne ne se soit réveillé. Nous sommes prêts quand Alicia sort en courant de la maison pour nous dire que nous avons raté le premier bateau et que nous devons les attendre le temps de savoir si le second bateau peut nous emmener. Une heure plus tard, Alicia et Zacarias ne sont pas revenus, et nous devons nous rendre à l’évidence : ils sont partis sans nous ! Nous décidons de plier bagage, nous ne pêcherons pas en mer au Chili cette fois-ci. Malgré tout, nous attendons leur retour vers 13h, et nous partageons une énorme marmite de fruits de mer fraîchement pêchés du matin. Puis il est temps pour nous de reprendre la route en laissant derrière nous Zacarias et Alicia, qui s’est elle-même surnommée notre « Mama du Chili ».


jeudi 5 mars 2009

Le volcan Chaiten (07/02/09)

Une rumeur court dans le sud du Chili : tous les cyclistes que nous croisons racontent la même histoire, celle de la ville de Chaiten détruite par l’éruption du volcan situé aux portes de la ville. Tous ont le même mot en bouche : une catastrophe, une grande tristesse. Le témoignage le plus marquant fut certainement celui d’un cycliste néo-zélandais qui est arrivé a Chaiten par bateau sans même savoir qu’il y avait eu une éruption. « Le choc a été violent … », nous raconte-t-il.

Que s’est-il donc passé a Chaiten ? Le 2 mai 2008, le volcan Chaiten explose après une très longue période de repos. L’explosion d’une violence inouïe envoie des cendres jusqu'à Buenos Aires, mais épargne miraculeusement la ville de Chaiten, située à 10 kilomètres seulement au pied du volcan. Par la suite, des coulées de boue détruiront finalement une partie de la ville. Le gouvernement chilien ordonne l’évacuation immédiate de la ville. Le bilan humain est miraculeusement léger : une personne est décédée à la suite d’une crise cardiaque.

En nous approchant de Chaiten, la rumeur enfle. Déjà, a plus de 50 kilomètres du lieu de la catastrophe, les premiers stigmates de l’éruption sont là : les glaciers aux sommets des montagnes environnantes sont ternes, recouverts d’une pellicule grisâtre, qui n’est autre que la cendre expulsée par le volcan il y a près d’un an. A 40 kilomètres, le bord de la route montre un amoncellement de cendres grises compactées par la pluie. A 30 kilomètres, nous rentrons dans la zone rouge, à risque. Un poste de carabiniers bloque l’accès : « Ou allez-vous ? ». « A Chaiten », répondons-nous. « Vous savez qu’il n’y a rien là-bas, pas d’électricité, pas d’eau potable, et très peu de vivres et provisions ». Nous savons tout cela, sans vraiment le savoir. Nous demandons s’il est possible d’interviewer le chef du poste pour collecter des informations sur l’évacuation. Très aimable, le carabinier de garde nous présente au major de la section, qui répond aimablement à nos questions.
Le major, un homme rondouillet aux cheveux blonds et aux yeux clairs, nous explique qu’une à deux semaines avant l’explosion du volcan, de nombreux tremblements de terre ont été enregistrés ans la région. Les deux derniers jours avant l’explosion, 40 tremblements de terre ont été ressentis pas la population, en plus des centaines d’autres trop petits pour être perceptibles. Le problème, c’est que le volcan Chaiten n’était pas connu comme étant actif, et tout le monde, y compris les volcanologues, pensait que c’était le volcan voisin, le Michi Mahuida nettement moins dangereux car beaucoup plus distant, qui entrait en éruption. Ce fut une énorme surprise que, dans la nuit du 2 mai, c’est aux portes de la ville qu’une énorme explosion a projeté une nuage de cendre a 30 km d’altitude, prenant les autorités de court. L’évacuation fut ordonnée immédiatement et le lendemain de l’éruption, les carabiniers lancèrent des messages d’évacuation sur les radios en expliquant les consignes, et des bateaux ont été affrétés pour évacuer la population de Chaiten par la mer. 95 % de la population accepta de quitter les lieux sans broncher. Il faut dire qu’un demi mètre de cendre était tombé, rendant la vie impossible et l’eau impropre a la consommation. En une journée, les 3500 habitants de Chaiten, ainsi que les animaux domestiques, ont été évacués. Nous remercions le major pour son amabilité et le laissons partir en mission, justement à Chaiten.


Nous prenons alors la route de la ville. Ce jour-là, le temps est magnifique : un soleil sur un ciel bleu immaculé illumine les montagnes et la foret. Pourtant, l’énorme glacier qui recouvre le massif du volcan Michi Mahuida est terni par une fine couverture de cendres, et la foret semble comme poussiéreuse. Malgré l’effort du soleil a faire revivre la région, le poids le l’éruption persiste.

Au fur et a mesure que nous nous rapprochons de Chaiten, l’épaisseur de cendre sur le bord de la route augmente. Les lits des rivières en sont remplis. Des arbres morts encore debout jonchent le fond de la vallée. Nous ne sommes qu’à quelques km de Chaiten, et nous n’apercevons toujours pas notre but. Un éperon rocheux nous cache la vue. Nous le contournons par la gauche en entrant dans le faubourg de la ville, quasi désert. Soudain, Caroline me souffle : « Il est bizarre ce nuage là-haut, a droite … ». Ce n’est pas un nuage, c’est le panache de gaz libéré par le volcan, encore caché ! Mais 100 mètres plus loin, le décor s’ouvre pleinement depuis le pont qui enjambe la rivière et sur lequel nous ne pouvons que nous arrêter tant le spectacle nous retourne l’estomac.


Le volcan est là, en face de nous, crachant inexorablement un nuage de vapeur blanche poussé vers l’argentine par les vents marins. Au pied du panache gazeux, un dôme de lave monstrueux et chaotique est en équilibre instable et prêt à s’effondrer. Le couleur rougeâtre du dôme évoque les bouches de l’enfer, ouvertes devant nos yeux ahuris. Tout autour du volcan, la foret morte est rouge et recouverte de cendres. Sous nos pieds, la rivière coule en minces filets d’eau rouge sur un lit de cendres. Dans notre dos, c’est la désolation. Une plaie béante est ouverte dans la ville par la rivière qui s’est transformée en torrent de boue dévastateur après l’éruption. Une partie de Chaiten n’est plus. La rivière a emporté toutes les maisons sur une largeur de plusieurs centaines de mètres. Quelques vestiges instables résistent pour ne pas s’effondrer, alors que le sommet de certains toits émergent de cette mer de cendres. Nous n’osons pas bouger devant un tel spectacle.

Apres avoir repris nos sens. Nous nous engageons dans les rues désertes de la ville. La blancheur des cendres illuminées par le soleil donne une ambiance particulière. Seuls quelques carabiniers en patrouille veillent à ce qu’aucun pillage n’ait lieu dans les maisons abandonnées par leurs habitants. Quelques touristes stupides, débarqués du bateau du matin, se réjouissent de ce spectacle comme s’ils se trouvaient dans un parc d’attraction. Nous traversons la ville jusqu'à la cote, ou nous nous rendons compte que les cendres transportées par la rivière ont en grande partie comblé la baie, repoussant le rivage de plusieurs kilomètres par endroit et formant un immense delta. Au milieu du delta, des maisons arrachées gisent a moitié émergeantes des cendres, ainsi que quelques carcasses de bateau de pêcheurs. L’ancien office du tourisme se retrouve pathétiquement isolé au milieu de cet océan de gris.



Nous nous dirigeons ensuite au centre non détruit pour acheter à manger. Soudain, un nuage rougeâtre s’élève du dôme de lave : une partie vient de s’effondrer ! Nous nous précipitons sur nos appareils photo, mais il est déjà trop tard. Derrière nous, un vieil homme assis dans l’ombre nous regarde, amusé : « Le dôme tombe, hein ! ». Il est maigre et porte un chapeau et de larges lunettes carrées. Son sourire exhibe sa dentition clairsemée. Nous entamons la discussion : « Je suis un des 5 personnes à être resté ! », nous dit-il, fièrement. « Non, je n’ai pas eu peur ! Très impressionné, ça oui. Mais pas peur ! Je savais que je n’avais rien à craindre. Ce volcan n’est pas dangereux, on ne craint rien ici ! Il ne crache que des cendres, rien de plus. » Il nous dit tout cela avec une certitude déconcertante … « J’ai été le chef du village pendant les longs mois de l’évacuation, le chef de 5 personnes ! », nous dit-il en s’esclaffant. « Mais j’ai souffert de la solitude, c’était vraiment le plus dur. »

Cet irréductible ne comprend pas la décision récente du gouvernement de ne pas reconstruire Chaiten, mais de construire une autre ville, 10 kilomètres plus loin, dans une zone dans risque. Pourtant, il ne s’imagine pas la chance qu’il a eu avec un tel monstre aux portes de la ville : une éruption classique aurait généré une nuée ardente, ou coulée pyroclastique, qui aurait détruit la ville et tué 3500 personnes dans leur sommeil en moins de 5 minutes. L’histoire est là pour en témoigner : Pompéi, en 79 avant J.-C., et Saint-Pierre de la Martinique en 1909, entre autres, furent rasées par les éruptions respectives du Vésuve et de la Montagne Pelée, tuant instantanément tous leurs habitants.

Nous quittons cet homme, un peu abasourdis par son discours qui transpire l’ignorance. Comment est-ce possible que les gens d’une ville située a 10 km d’un volcan en éruption ne soient pas au courant des risques associés au volcan ? La réponse est simple : le Chili, qui comporte 2000 volcans, qui est sujet aux plus gros séismes sur Terre, et dont l’économie repose sur l’exploitation de ses ressources géologiques, ne dispense aucun cours de sciences de la Terre avant l’université. Ainsi, l’immense majorité de la population n’a aucune conscience des phénomènes géologiques qui se passent dans leur pays, et donc des risques naturels.

Mais 10 jours après notre passage à Chaiten, le volcan a donné raison au gouvernement. Une augmentation soudaine de l’activité sismique a induit l’effondrement du dôme de lave et la reprise de l’activité explosive. Sur ordre gouvernemental, Chaiten a de nouveau été évacuée, et officiellement abandonnée…
Plus d'informations (en espagnol): El Mercurio

vendredi 20 février 2009

Géologue d'exploration minière

Franco


  • Motivation initiale
Pas de cours de géologie avant l'université au Chili. Choix par intérêt pour la géologie.


  • Formation
Formation universitaire de 6 ans à l'Université de Santiago (Equivaut à un master francais). Puis formation sur les gisements dès l'emploi par l'entreprise.

  • Métier
Géologue minier à la mine El Toqui, région de Aysen au Chili.


  • Activité
Les objectifs sont de trouver de nouveaux gisements, les identifier et les définir précisemment.
Terrain et cartographie, analyse chimique des prélèvements des sédiments, carrotage et analyse sédimentologique, mesures géophysiques, synthèse et corrélation de toutes les données, production de cartes et coupes géologiques et enfin proposition d'un modèle géologique du gisement.

Mine de zinc El Toqui (30/01/09)

A Coyhaique, Fabien nous a mis en relation avec un responsable de la mine El Toqui, située a 90 km plus au nord. Nous obtenons un rendez-vous avec un géologue depuis les bureaux à Coyhaique avant de prendre la route. Deux jours plus tard, nous sommes à Villa Mañihuales, petit village à proximite de la mine. Nous avions initialement prévu de nous rendre à la mine en vélo, mais nous apprenons qu’un bus transporte tous les jours les mineurs et que nous pouvons nous aussi le prendre. Nous cherchons alors un endroit sûr pour laisser la tente et nos affaires toute la journée puisque le bus part à 5 h du matin pour ne revenir qu’à 20h30. Nous avons maintenant nos astuces et c’est auprès des carabineros (la police) que nous demandons de l’aide. Comme toujours ici, à chaque problème une solution, et c’est en quelques minutes de réflexion seulement que le policier de garde nous indique une place au sec dans le garage ouvert sous le bâtiment alors que la pluie ne cesse de tomber depuis des heures.

4h30 : nous préparons rapidement nos affaires et marchons vers l’arrêt de bus sous un ciel étoilé. Nous avons une heure de repos supplémentaire dans un bus très confortable avant d’arriver à la cafeteria où nous profitons d’un petit déjeuner avec les travailleurs. Vers 9h30, deus jeunes géologues, Victor et Franco, nous recoivent.

« Vous savez que c’est la seule mine de zinc au Chili ? » nous disent-ils. « La première anomalie en zinc a été découverte dans les années 70 par un prospecteur, mais ce n’est que dans les années 80 que le gisement a été découvert. Depuis, plusieurs compagnies minières se sont succédées et c’est une entreprise canadienne Breakwater Resources qui est le propriétaire actuellement. »


Victor et Franco commencent par nous expliquer le système d’exploration utilisé. Une fois qu’une anomalie minérale (ici le zinc) a été repérée, le géologue effectue un échantillonnage systématique de sédiments fluviaux à raison d’un échantillon par km2, soit un total de 50 échantillons environ. Une analyse géochimique de ces échantillons permet de déterminer s’il existe un teneur en minerai importante. Une cartographie grossière est réalisée et l’anomalie principale en minerai est localisée. La seconde campagne d’échantillonnage de sédiments fluviaux est plus précise et ciblée sur l’anomalie détectée précédemment. Un échantillon est prélevé tous les ¼ de km2, ce qui correspond a environ 100 échantillons au total. Une nouvelle carte plus précise permet d’identifier une ou plusieurs zones à forte anomalie en minerai. Des analyses de sol sont ensuite effectuées en suivant une maille régulière de 20x20 m (1000 échantillons environ). A la fin de cette étude d’exploration, le gisement est ciblé en surface sur une carte et sa teneur en zinc est connue. L’extension en profondeur du gisement est déterminée grace a des mesures géophysiques (gravimétrie, résistivité). La gravimétrie est la mesure du champ de gravité qui dépend de la répartition de densité de roches et permet de détecter des minerais lourds. La résistivité est la mesure de la conductivité électrique des roches, qui dépend de leur composition chimique. Enfin, pour déterminer au mètre près la géométrie du gisement, des carrotages réguliers sont réalisés.

Victor sort des cailloux d’un sac et les pose sur la table. Ce ne sont pas des roches ordinaires car certaines sont grises métalliques, d’autres plutôt jaunes dorées. Ce sont des minerais en provenance du gisement. Victor nous explique : « Les minéraux gris sont de la galène, qui contient du plomb. Les minéraux jaunes sont de la chalcopyrite et de la pyrhotite qui contiennent du cuivre et du fer. Le minéral noir est de la blende, concentré en zinc. » Le zinc est le minerai le plus concentré dans le gisement avec une teneur de 8%, mais sont associés au zinc d’autres minerais non exploitables comme le fer ou le plomb par exemple. « Certains gisement de El Toqui contiennent également de l’or et de l’argent. L’or a une teneur de 12 grammes par tonne et est contenu dans la matrice des roches. » Puis Victor nous explique que dans les calcaires, les fossiles ont été remplacés par du minerai et nous pouvons observer des minéraux qui ont exactement la forme des fossiles qu’ils ont remplacés.

« Mais comment s’est formé le zinc ? », demandons-nous. Franco nous répond : " Des fluides magmatiques riches en zinc et autres éléments sont remontés vers la surface le long de failles. Ces fluides ont été bloqués par un niveau de roche imperméable et ont interagit chimiquement avec les roches situées sous le niveau imperméable. En fonction de la température et de la composition de la roche, certains éléments se sont déposés et concentrés, ici en particulier le zinc, tandis que d’autres se sont dissouts comme la calcite qui compose les fossiles".

« Et comment décide-t-on qu’un gisement peut être exploitable ? ». Victor nous répond que plusieurs critères entrent en jeu, en particulier la teneur en minerai, l’offre internationale et le coût de la production. Par exemple, dans le cas du zinc, actuellement, on considère qu’un gisement est rentable si le minerai contient plus de 4% de zinc.

Nous demandons enfin quel est le rôle du géologue minier. Les géologues peuvent travailler soit en exploration soit en production. En exploration, le géologue doit déterminer les gisements et leur géométrie en profondeur. Il s’occupe des campagnes d’échantillonnage, des analyses géophysiques, et de la description des carottes. Toutes les données sont corrélées afin de construire une coupe ou un profil géologique. Toutes les données sont compilées et comparées afin de construire un modèle géologique du gisement. Franco ajoute : « Le géologue a une lourde responsabilité car de son travail et de son intuition dépend toute l’activité industrielle de la mine. De plus, la mine assure la survie économique de la région puisque les 300 personnes qui travaillent dans la mine sont de Villa Mañihuales et des environs. » En production, le géologue fait le suivi quotidien du front de taille et dirige le travail d’extraction. Pour une question de sécurité, nous n’avons pas eu l’autorisation d’entrer au fond des galeries et nous ne pouvons pas illustrer le travail des mineurs.


Franco et Victor retournent à leur poste, et nous nous installons dans les bureaux pendant l’après-midi en attendant le bus de 19h qui nous ramènera à Villa Mañihuales.


mardi 17 février 2009

Un géologue reconverti dans le tourisme scientifique

Nous avions promis aux étudiants de faire une section sur les métiers de la géologie. Bien sûr, nous n'avons pas eu assez de temps avant notre départ pour compléter une section sur notre site, mais nous innovons une nouvelle section sur le blog présentant des portraits des géologues que nous avons rencontré. Nous avons opté pour 4 parties simples que sont "motivation initiale", "formation", " métier et spécialité", "activités actuelles " afin de vous donner une petite idée de quelques métiers de la géologie.


Fabien

  • Motivation initiale
Passion pour les voyages, les montagnes et le travail de terrain
  • Formation
Formation universitaire avec une maîtrise en Sciences et Techniques, spécialité Hydrogéologie à Bordeaux. Puis réorientation progressive et autodidacte vers le tourisme d'aventure et scientifique en lien avec la géologie.
  • Métier
Coordinateur du centre de tourisme scientique au CIEP (Centro de Investigacion en Ecosistemas de la Patagonia)
  • Activités
Coordination des activités de terrain de chercheurs (glaciologues, hydrogéologues, biologistes etc.) en Patagonie, projet de formation de guides en vulgarisation scientifique, organisation d'activités scientifiques adaptées au tourisme.

lundi 16 février 2009

Le point triple (27/01/09)

Tout au cours du mois de janvier, nous avons eu le temps d’apprécier les paysages de la Patagonie. 1000 kilomètres dans une région aussi fascinante laissent des traces et nous permettent de bien nous imprégner de l’atmosphère et, j’oserais dire, du caractère de cette contrée.

Mais au cours de la traversée de la Patagonie du Sud, nous avons le sentiment d’avoir fait connaissance avec deux caractères bien distincts. Au sud du Lago General Carrera, les sommets aussi mythiques qu’innaccessibles tels que le Fitz Roy et le Cerro Valentin se succèdent le long de la chaîne andine. Les roches qui constituent ces massifs sont d’origines profondes, cristallines, et semblent tourmentées et torturées, plissées, déformées et recristallisées. Ce domaine ne comporte aucune trace de volcanisme.

En revanche, au nord du Lago General Carrera, le paysage et caractère géologiques connaissent un boulversement. Les roches métamorphiques laissent la place à des roches volcaniques, dont certaines sont très récentes, comme nous l’avons vu dans un precedent post. De plus, depuis le volcan Hudson, un défilé d’édifices volcaniques actifs s’étire en chapelet vers le nord : Monte Maca, Volcan Nevado, Volcan Corvado, Chaiten et Michi Mahuida, Volcan Huequi, Hornopiren et Hualique, et la liste est longue jusqu’au volcan Tupungato, à proximité de Santiago du Chili. C’est l’arc volcanic sud andin, segment de la “Ceinture de Feu du Pacifique”.

Mais pourquoi existe-t-il une telle différence entre le nord et le sud du Lago General Carrera ? Nous avons interrogé Fabien Bourlon, géologue au Centro de Investigacion en los Ecosystemas de la Patagonia, a Coyhaique. Fabien nous explique que cette différence est liée à un contexte géologique global bien particulier : nous nous situons à un croisement entre trois plaques tectoniques qui bougent les unes par rapport aux autres (les plaques Antarctique, de Nazca et Amérique du Sud). Comme nous l’explique Fabien : « La Cordillère des Andes résulte de la subduction, c’est à dire du plongement des plaques océaniques Nazca au nord et Antarctique au Sud sous la bordure ouest du continent sud-américain. Hors, des mesures très précises du mouvement des plaques tectoniques montrent que la plaque Nazca plonge de 8 cm/an, alors que la plaque Antarctique ne plonge que de 2 cm/an, voire moins. Dans le cas de la plaque de Nazca, la subduction est assez rapide pour générer une activité magmatique, donc du volcanisme, ainsi qu’une sismicité très importante. En revanche, dans le cas de la plaque Antarctique, le plongement de la plaque est trop lent pour générer du volcanisme, et l’activité sismique y est très modérée. Etant donné que nous sommes au carrefour entre 3 plaques, cet endroit est appelé le point triple. »


Vous pouvez, vous aussi, regarder sur une carte et comparer la position de l’arc volcanique sud andin et la position des plaques de Nazca et Antarctique, et vous noterez cette coincidence. Cet exemple montre bien comment les phénomènes géologiques observés en surface témoignent des processus tectoniques à grande échelle. Le travail du géologue consiste ainsi a recueillir des informations en surface pour les interpréter et comprendre les phénomènes géologiques à grande échelle.


Source des figures : wikipedia

dimanche 15 février 2009

Les barrages de la colère

Villa O’Higgins, début de la Carretera Austral, région de Aysen, Patagonie chilienne. Nous sommes dans le bateau qui nous permet de traverser le lac O’Higgins pour atteindre Villa O’Higgins, le village du bout de la Carretera Austral. Pendant les deux heures et demi de traversée, une vidéo promotionnelle de la région de Aysen nous est projetée sur un grand écran. Cette vidéo est suivie d’une autre, nettement moins professionnelle, montrant le suivi d’une manifestation à cheval, de plusieurs jours, unie derrière un slogan: “¡Patagonia chilena sin represas!”. A côté de l’écran, un livre de photos, dont le titre reprend le même slogan, trône sur un petit meuble. Nous avons beau chercher la signification de “represas” dans notre petit dictionnaire de poche, il n’y apparait pas, et nous n’y avons pas prêté plus d’attention sur le coup.

Le lendemain, nous arrivons à Villa O’Higgins, petit village sauvage abrité au creux d’une belle vallée, entourée de forêts et de sommets enneigés. Nous trouvons un endroit pour camper dans le jardin de l’auberge El Mosco et nous nous rendons dans le “centre-ville”. A notre grande surprise, nous trouvons placardé sur de nombreuses fenêtres de maisons et de bâtiments publics des affiches faisant écho au même slogan “¡Patagonia chilena sin represas!”. De retour à l’auberge, nous trouvons le même livre que sur le bateau! Cette fois, nous ne tenons plus notre curiosité, et nous demandons à Jorge, le patron de l’auberge, la signification de represas. “Barrages”, nous répond-il. Voilà la clef du mystère : le gouvernement chilien projette de faire construire des barrages colossaux le long de 2 fleuves de la région. Opposés à ce projet de développement industriel, la plupart de la population locale affiche sa position en placardant des posters contre les barrages : “La patagonie chilienne sans barrages!”.

Sans connaître le détail du débat, nous poursuivons notre chemin dans une région quasiment inconnue mais magnifique. De longues vallées glaciaires sont les hôtes de magnifiques fleuves aux eaux bleues et regorgeant de truites et saumons. Les montagnes escarpées sont presque toutes coiffées de glaciers, desquels prennent source de longs torrents et cascades tels de grands rubans blancs retombant sur les épaules montagneuses. Les versants escarpés sont recouverts d’une forêt vierge froide, infranchissable, d’où proviennent d’innombrables cris d’oiseaux exotiques et croassements de grenouilles. Le calme est roi et nous nous sentons comme absorbés dans un nid douillet par cette nature verdoyante et pristine. Le long de la route, quelques petites fermes proposent des sites de camping ainsi que des produits maison comme du miel, du lait et des confitures. En nous arrêtant dans une de ces propriétés, nous nous rendons compte qu’un soutien important du ministère de l’agriculture est alloué au développement rural en accord avec un slogan faisant office d’hymne à la région de Aysen: “Aysen, réserve de Vie”. Les gens sont attachés à cette nature dont ils tirent leur subsistance sans lui nuire. C’est pour nous un réel bonheur et un retour à la vie rurale que nous avions laissée en nous convertissant au mode de vie citadin.


A 250 km après Villa O’Higgins, nous tombons nez à nez avec le rio Baker, coulant avec force au fond d’une gorge étroite et profonde. A cette vision, nous comprenons immédiatement pourquoi le rio Baker est un des sites selectionnés pour développer des centrales hydroelectriques : le courant violent de la rivière canalise dans une gorge aussi étroite possède un potentiel énergetique inimaginable. Il nous paraît évident que ce site puisse être utilisé comme source d’énergie, d’autant qu’il n’y a pas d’habitations sur les versants de la gorge. Alors pourquoi une telle mobilisation populaire contre les barrages ?

Nous trouvons la réponse à Coyhaique, capitale de la région de Aysen, au siège de l’ONG Patagonia sin represas. Nous rencontrons Daniela, qui travaille à plein temps pour l’association. Au cours de notre entretien, Daniela nous donne des clefs importantes pour comprendre le problème.
- Le chili fait face à une crise énergetique importante, surtout Santiago, limitant ainsi le développement économique. Le gouvernement doit donc répondre en urgence à une pression énergetique, et les barrages proposés sont une source d’énergie à moindre coût.
- La clef du problème est l’immense distance entre le site de production et le site d’alimentation qui est Santiago. Pour pallier à ce problème, le projet prévoit la construction de la plus longue ligne à haute-tension du monde, qui parcourerait le Chili sur 2300 km.
- Cette ligne haute-tension véhiculerait un courant continu si bien que les populations des régions traversées ne pourraient pas bénéficier de l’électricité, destinée en exclusivité aux habitants de Santiago.
- Ce projet de ligne haute-tension traverse 4 parcs nationaux et 8 réserves naturelles. Les lignes soutenues par des pilônes de 70 m de hauteur nécessitent des coupes à blanc dans la forêt sur une largeur de 100m pour chaque ligne.


Ce sont ces lignes haute-tension qui sont le plus rejetées par la population locale. Une campagne de communication a été lancée sur le thème “ la pire image du pays”, montrant un montage photographique de paysages magnifiques des parcs concernés défigurés par des pilônes et cables de lignes à haute-tension. Ce montage photographique illustre ce qui se passera si les projets sont acceptés.

Le débat généré autour de la question des barrages dépasse de loin les frontières du Chili. En effet, les entreprises concernées pour le développement des barrages sont européennes. En face, les institutions qui financent majoritairement les campagnes de communication contre les barrages sont également étrangères, et comptent notamment the Natural Ressource Defense Council, Greenpeace, et en première ligne le milliardaire Douglas Tompkins, qui a créé le parc naturel de Pumalin situé directement sur le trajet des lignes à haute-tension.

Au delà du problème chilien, cette mobilisation internationale illustre et ouvre un véritable débat de société en posant la question primordiale : Quel sera notre avenir ? Doit-on opter pour la poursuite d’un développement industriel et économique à grande échelle, ou doit-on privilégier un développement local en accord avec notre environnement et le développement durable. Alors que la région de Aysen semble privilégier la seconde solution en soutenant un tourisme rural, le gouvernement chilien semble plutôt opter pour la première solution en cherchant à développer des structures lourdes à l’échelle du pays. Une autre question se pose : les intérêts nationaux, et en priorité la capitale Santiago, doivent –ils passer devant le droit des populations locales de choisir leur mode de développement ? Quel que soit le résultat du débat et quelle que soit la décision politique finale, la discussion existe et la question du choix du mode de développement est posée. Il y a 20 ou 30 ans, cela n’aurait certainement pas été le cas et le développement industriel aurait eu peu d'opposition. A l’heure où nous sommes à un tournant important de notre société et où les décideurs politiques doivent faire des choix critiques sur la marche que doit prendre notre civilisation, nous espérons que ce genre de débat permette de poser toutes les cartes sur la table et de prendre les bonnes décisions.

Plus d'infos (en espagnol):

http://www.hidroaysen.cl/

http://www.patagoniasinrepresas.cl/

samedi 14 février 2009

Peintures rupestres : des mains ancestrales (20/01/09)

Dans la région de Rio Ibáñez, au Chili (région de Aysen) ainsi que de l’autre côté des Andes en Argentine, furent découvertes des peintures rupestres d’âge estimé entre 5000 et 10000 ans. Dans des caves et abris sous roches, entourées ou colorées de rouge, des traces de mains y ont été peintes !
Sur notre chemin, à proximité de Cerro Castillo (Chili), nous avons visité un de ces sites déclaré monument national. Un sentier y est aménagé et mène jusqu’à un renfoncement situé à la base d’une grande falaise qui est en fait une épaisse coulée volcanique (coulée d’andésite). Comme la base d’une coulée andésitique est plus scoriacée et plus poreuse que le corps principal de la coulée, elle est aussi plus friable et s'érode beaucoup plus facilement. Ainsi, les excavations sont formées par "érosion différentielle" de la base fragile des coulées par rapport au corps résistant de ces même coulées, ce qui explique pourquoi il existe à cet endroit un renfoncement.


C’est une grande fresque murale qui apparait devant nos yeux ébahis. De grandes et de plus petites empreintes de main s’enchevêtrent. Ces empreintes sont colorées en rouge et donnent l’impression que la couleur a été projetée tout autour par une bombe aérosol. En fait, la technique de projection utilisée est similaire mais beaucoup plus rustique tout en étant ingénieuse : les Tehuelches, peuple nomade de Patagonie, utilisaient un tube empli d’un colorant (mélande d’eau et d’oxydes de fer ou de cuivre) dans lequel ils soufflaient. Cela s’appelle un aérographe.


La grande taille des mains et la hauteur à laquelle les empreintes ont été peintes nous surprennent. Nous apprenons que le peuple Tehuelche a été surnommé “les géants patagoniens” par les membres de l’expédition Magellan (XVIeme siècle) en raison de leur taille proche de 1.80 mètre.

Nous restons un long moment à imaginer la scène qui a dû avoir lieu il y a quelques milliers d'années lors de ces activités artistiques tout en découvrant les empreintes des ancêtres des chiliens de la région.

jeudi 12 février 2009

L’entrée dans l’arc volcanique (19/01/09)

Depuis notre départ de Villa O’Higgins, nous parcourons un environnement géologique relativement homogène : un domaine métamorphique où les roches ont été très déformées et transformées et où la lecture du paysage est difficile. La géologie métamorphique n’est pas notre spécialité et nous avons du mal à tirer des informations intéressantes à partir des affleurements que nous rencontrons, et nous nous concentrons plus sur la route infernale que sur les roches.
Ce jour là, nous devons escalader le portezuelo Rio Cañon qui sépare la région du Lago General carrera de la région de Cerro Castillo. L’ascension s’effectue sans grande difficulté et nous commençons la descente sur une route confortable. Soudain, au détour d’un virage, je bondis sur mes freins et m’arrête net devant un affleurement qui m’a sauté aux yeux. Contrairement à toutes les roches que nous avons vues jusqu’à maintenant, les roches se présentent sous la forme de colonnes hexagonales, typiques des orgues volcaniques. Il s’agit d’une coulée volcanique, probablement de nature andésitique. Après une courte pause, nous repartons dans la descente.

Une demi-heure plus tard, c’est la pause déjeuner en bord de route, et nous sortons notre traditionnel pain-thon-dulce de leche-café. Mais en tournant la tête pour attraper la bouteille thermos, je pose la main sur quelques graviers dont la texture me fait prendre conscience de leur nature. “Tu as vu ces graviers?”, demandais-je à Caroline, “Ce sont des pierres ponces!”. Les pierres ponces sont des roches volcaniques très poreuses, expulsées lors de violentes explosions volcaniques. En regardant autour de nous, nous nous rendons alors compte que le sol de la forêt et le bord de la route sont recouverts d’une couche de ponces. Même certaines souches d’arbres sont coiffées d’une couche de 20 centimètre de ponces. Et tout autour de nous c’est la même chose : la région en est entièrement recouverte ! D’où viennent ces ponces et que font-elles ici ?





Après le déjeuner, nous poursuivons notre descente et tombons sur un affleurement extrêmement intéressant : nous pouvons distinguer plusieurs couches de pierres ponces, en blanc sur la photo, intercallées entre des niveaux plus noirs. En regardant le niveaux noirs, nous pouvons distinguer des trous très noirs, probablement la trace d’anciennes racines : ces niveaux noirs sont d’anciens sols, dits paléosols. Chaque niveau de pierres ponces correspond à une éruption volcanique. La présence de paléosols entre chaque niveau de ponces montre que la végétation a eu le temps de se développer entre chaque éruption, c’est à dire qu’il y a eu un laps de temps important entre chaque éruption.



La présence des traces de végétaux est important pour dater les éruptions. En effet, il est possible d’échantillonner ces anciennes racines qui ont poussé à l’intérieur d’un niveau de ponces et de les dater en utilisant la méthode du carbone 14. L’âge ainsi obtenu donnera un âge minimum de l’éruption volcanique correspondante au niveau de ponces. Cependant, le niveau de ponces le plus superficiel ne présente aucune trace de colonisation végétale : la dernière éruption est donc toute récente !


Quinze kilomètres plus loin, nous suivons la vallée du Rio Ibañez et nous tombons sur une forêt d’arbres morts. Toute la forêt est morte, et l’ambiance est lugubre. Les nuages noirs sont pesants et contribuent à cette atmosphère si particulière. Que s’est-il passé dans cette vallée ? Une plaque commémoratrice acrochée à un rocher nous donne enfin la réponse à toutes nos questions : en 1971 et 1991, le volcan Hudson, quelques dizaines de kilomètres à l’ouest, est entré par deux fois en éruption. Tout s’éclaire maintenant : les dépots volcaniques récents proviennent du volcan Hudson caché dans la couverture nuageuse. Alors que nous n’avions trouvé aucune trave de volcanisme jusqu’à maintenant, nous entrons de plein fouet dans l’arc volcanique andin actif.



En fin de journée, nous nous arrêtons dans un petit camping à la ferme tenu par Rosa, petite femme charmante qui nous propose des oeufs frais, du lait de ses vaches et d’autres produits maison. Nous entamons une discussion très amicale, jusqu’à ce que le sujet de conversation s’ouvre sur le volcan Hudson. Le visage de Rosa se ferme soudainement : “Nunca mas !”(Plus jamais ça). Puis elle nous décrit avec la peur dans les yeux les circonstances de l’eruption.


“A midi, le ciel s’est obscurcit et la nuit a tout envahi. Un bruit terrible s’est fait entendre, comme si toutes les montagnes alentour s’effondraient. Le sol tremblait en permanence. Plus de 30 centimètres de cendres et de pierres ponces sont tombés, tuant tous les animaux et brulant toutes les plantations. Nous avons tout perdu. Pendant 10 ans, rien n’a poussé sur le sol stérile. Depuis quelques années seulement, l’herbe a repoussé et il est de nouveau possible de cultiver un jardin”. Nous sommes à plus de 50 kilomètres du volcan …

Puis elle nous répète : “Je ne veux plus vivre quelque chose d’aussi effroyable de ma vie !”. Nous lui souhaitons que son voeu soit exaucé. Mais en notre for intérieur, notre point de vue de géologue nous fait craindre le pire pour Rosa et sa petite ferme. Nous savons que le volcan Hudson entrera de nouveau en éruption et qu’il détruira toute la région. Il est cependant impossible de savoir quand cela se produira, et nous espérons pour Rosa que ce sera le plus tard possible.