dimanche 5 juillet 2009
Le lac Titicaca (Bolivie, 05/07/09)
Publié par Caroline et Olivier à 23:31
Libellés : 08.Puna et Altiplano, B.Français, E.Paysages géologiques
samedi 4 juillet 2009
Le plateau de l’Altiplano-Puna
Les eaux du lac étincellent sous les rayons bienfaiteurs du soleil. L’onde s’étire à perte de vue, si bien qu’il nous est impossible de distinguer les berges opposées du lac. De par ses dimensions, le lac Titicaca est comparable au salar d’Uyuni, plus au sud. Mais plus encore, le lac représente l’équivalent du salar tel qu’il était avant qu’il n’évolue en une vaste plaine salée. Comme nous l’expliquions dans notre article sur le salar, la région d’Uyuni était une immense lac dans lequel se jetaient les rivières qui dévalaient des montagnes alentour. Les eaux de ces rivières transportaient des sédiments, comme des sables et des argiles, qui se sont déposés dans le lac et qui l’ont peu à peu comblé. Ce scénario reflète probablement l’évolution future du lac Titicaca. Les rivières provenant de la Cordillera real, entre autres, apportent de grandes quantités de sédiments qui se déposent dans le lac. A terme géologique, c’est-à-dire dans plusieurs centaines de milliers d’années, le lac Titicaca se transformera en vaste plaine salée, à moins qu’un événement majeur vienne perturber l’équilibre géologique actuel.
Mais en réalité, nos premiers coups de pédale dans cet environnement singulier ne datent pas de cette période, mais de notre départ de Salta, près de 2 mois plus tôt. Depuis cette période, nous n’avons eu de cesse de traverser et parcourir cet immense plateau comprenant la Puna argentine, le Sud-Lipez bolivien et Uyuni, et le lac Titicaca. Ce plateau est le deuxième plus grand haut plateau sur Terre, après le plateau tibetain.
Mais quelle est l’origine de ce plateau monumental ? Comment des lacs aussi grands et aussi hauts que la Grande Casse (point culminant du massif de la Vanoise dans les Alpes françaises) peuvent exister et persister ? Pour répondre à ces questions, il est nécessaire de considérer la géographie de la chaine andine dans son ensemble. Dans cette région, la cordillère est particulièrement large (400 à 500 kilomètres). Elle est bordée à l’ouest par la Cordillère Occidentale, constituée par les volcans de l’arc volcanique, et à l’est par la Cordillère Orientale, constituée par la Cordillera Real, la Cordillera Vilcabamba, entre autres. Le plateau se trouve donc pris en sandwich entre ces deux cordillères culminant toutes deux à plus de 6000 mètres.

Pourquoi la cordillère est-elle si large à cet endroit ? Pourquoi n’y a-t-il des montagnes que sur ces bordures, et pas au milieu de l’Altiplano ? Ces questions restent ouvertes encore de nos jours et l’Altiplano, tout comme le Tibet, demeurent de grandes énigmes géologiques. Il existe bien plusieurs théories pour expliquer la formation de ces plateaux, mais il existe également tant de zones d’ombre que ces théories restent floues pour la plupart des géologues. Alors de là à tenter de vous expliquer simplement le pourquoi du comment … J’ai bien ma théorie en tète, mais je ne m’aventurerai pas à la coucher sur papier, je n’y arriverais pas.Une chose est certaine : il reste encore beaucoup de travail pour les géologues de demain, et il reste de nombreuses régions à explorer et à décrire en détail. Les origines des plateaux andin et tibétain peuvent sembler des questions scientifiques primordiales, et pourtant encore sans réponse. Alors, jeunes géologues en herbe, l’avenir scientifique de ces grandes régions géologiques est entre vos mains et germera sans aucun doute dans vos têtes.
Publié par Caroline et Olivier à 19:16
Libellés : 08.Puna et Altiplano, B.Français, E.Paysages géologiques, Géologie
lundi 29 juin 2009
Sur les traces des dinosaures, Sucre, Bolivie (25/06/09)
Après un certain temps, la porte s’ouvre ... sur un escalier vide. Cependant, un homme se tient debout à son sommet, une cordelette à la main qui est reliée au loquet de la porte. Drôle de présentation ! Amusé par notre surprise, Klaus Schutt nous accueille très aimablement. Nous traversons son appartement, magnifique demeure coloniale, dont la décoration est des plus rafinées. Il nous invite à nous asseoir sur un beau sofa, dans un immense salon donnant sur un patio d’un calme apaisant. Klaus est un homme de grande taille et longiligne, pas vraiment le stéréotype du bolivien : les yeux bleux et les cheveux blancs. Normal, il est allemand !
En arrivant au parc, Klaus nous montre les énormes têtes de dinosaures reproduites au-dessus de la caisse d’entrée du parc. Nous y sommes ! En nous avançant, Klaus nous montre alors des plaques en bois, posées sur le mur. « Le chemin sur lequel nous sommes est censé représenter l’histoire de la Terre, et les plaques indiquent les événements marquants de l’histoire de notre planète », nous explique-t-il. « Venez voir comme c’est ridicule. » Il nous montre alors une plaque sur laquelle il est écrit : Extinction Cambienne. « Incroyable, n est-ce pas ? Aucun dessin, aucune explication, rien qui ne permette de faire comprendre au public ce que cela représente. Et ce n’est pas tout ». Il nous montre alors des plaques avec des noms tels que Glossopteris, Peces Placedermos, ou encore Formation Cagarpi. « Vous croyez vraiment que les boliviens, qui n’ont aucune connaissance géologique puisque les sciences de la Terre ne sont pas enseignées, peuvent comprendre un seul mot de ce qui est écrit là ? Voici l’exemple même de ce qu’il ne faut pas faire en vulgarisation scientifique dans un parc ouvert au public.» Il faut bien vous avouer que nous-même n’avons aucune idée de ce que certains de ces noms représentent.
Au cours de l’interview qu’il nous accorde ensuite, Klaus nous explique comment il a découvert ce site remarquable en 1994. Quand sa fille était petite, elle s’était passionnée pour les dinosaures. D’un naturel curieux, Klaus s’était lui même documenté sur le sujet, et avait appris la paléontologie en autodidacte. Un jour, il visitait la carrière de calcaire de Sucre, exploitée pour faire du ciment, avec des amis. Dans cette carrière, une couche géologique quasiment verticale avait été dégagée depuis 15 ans par l’extraction. Cette dalle rocheuse étant trop riche en magnesium pour être exploitable, les techniciens de la carrière avaitent arrêté l’exploitation pour ouvrir un autre front de taille plus loin. Klaus et ses amis se baladaient le long de ce front de taille abandonné, lorsqu’ils virent des milliers de formes étranges sur la paroi ressemblant à des empreintes de dinosaures. Pour s’assurer de cette découverte extraordinaire, il se rendit alors au parc de Toro Toro, situé plus à l’ouest, où des empreintes de dinosaures avaient été documentées. La comparaison fut formelle : les traces de Sucre étaient bien des empreintes de dinosaures. Il venait de découvrir le plus grand gisement au monde d’empreintes de dinosaures, avec 5055 empreintes individuelles sur une paroi de plus d’un kilomètre de long.
Ecouter Klaus est un réel plaisir tant il est passionné par le sujet. « Vous savez, l’étude de ces empreintes nous apporte beaucoup plus d’informations sur la vie des dinosaures que l’étude des ossements fossiles. Par exemple, vous voyez en face, il est possible de suivre les traces de 3 animaux regroupés, dont un petit qui était au milieu des deux autres. Cela signifie que les dinosaures étaient des animaux sociaux, et qu’ils se déplacaient en groupe, et en protégeant leurs petits. »
Publié par Caroline et Olivier à 23:36
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dimanche 28 juin 2009
Potosí : la ville qui a changé le monde (Bolivie, 20/06/09)
En route pour le Cerro Rico, Renan nous arrête au marché des mineurs afin d’acheter des cadeaux aux mineurs. Renan nous explique que les mineurs ne mangent pas de la journée (8 à 11 h de travail), et qu’ils compensent en mâchouillant des feuilles de coca, coupe-faim et stimulant. Nous achetons également quelques petites sucreries. Mais surtout, nous ne devons pas oublier une bouteille d’alcool à 96%, que les mineurs boivent pour conjurer le mauvais sort et s’attirer la chance ! Après un petit magasin assez classique, Renan nous emmène dans une échoppe un peu plus particulière : nous y achetons 6 bâtons de dynamite à 3 Bol chacun (0,30 €, le prix d’un café en Bolivie !). Plus des mèches lentes et des détonateurs. Nous hallucinons un peu, nous pourrions faire sauter la ville pour quelques centaines d’euros !
Renan nous conduit au local de l’agence où nous enfilons des pantalons et vestes imperméables, ainsi que des bottes en caoutchouc et le fameux casque de mineur orné d’une lampe électrique. Une fois notre équipement enfilé, nous repartons dans le 4x4, et cette fois pour la mine. Nous nous arrêtons au pied de la fameuse montagne. Elle nous domine et nous sentons le poids de l’histoire peser sur nos épaules. Nous la regardons avec le plus grand respect, connaissant le nombre incalculable de travailleurs morts dans des conditions atroces pendant l’époque coloniale. Renan nous donne les dernières consignes avant de nous engouffrer dans les galeries qui plongent dans les entrailles de la montagne. Nous sommes dans une des 615 mines qui percent le Cerro Rico, dont 175 seulement sont encore en activité.
Nous avançons dans une galerie humide et étroite. Mon casque est de grande utilité car je me cogne la tête des dizaines de fois sur le plafond rocheux et les étais tordus voire rompus. Soudain, Renan nous crie : « Mettez-vous sur le côté, un wagon arrive ! ». Nous nous collons contre la paroi de la galerie en voyant arriver un wagon rempli de minerai, poussé par trois mineurs seulement. Le wagon déraille à de nombreuses reprises, et pour cause : les rails ne sont pas fixés, et certains sont en bois ! « Le wagon chargé pèse une tonne, vous savez », nous dit Renan. Ebahis, nous regardons passer les trois mineurs, qui ont toutes les peines du monde à pousser dans la bonne direction le wagon.
Nous nous élançons dans le vide, un peu crispés. Au cours de la demi-heure qui suivra, nous passerons plusieurs échelles et goulets étroits. Renan nous dit soudainement : « Ecoutez ». Nous entendons alors des coups sourds provenant du fond de la galerie. « Ce sont les mineurs, ils sont tout proches. Allons-y ». Après quelques minutes, nous arrivons en vue d’une lumière, devant laquelle s’agite une silhouette à casser des cailloux au marteau. « Nous y sommes ». « Hola ! », nous disent chaleureusement les mineurs. Ils sont cinq à travailler dans cette veine. Il fait très chaud (environ 35-40ºC) et ils transpirent abondamment. Les conditions de travail sont indescriptibles : aucune sécurité, aucun outil moderne, tout ou presque manuellement.
« Vous n’avez pas envie de changer de travail ? »
Nous laissons alors nos nouveaux amis, dans leurs conditions de travail dignes de Germinal, et remontons vers la surface, le confort et la facilité. Nous sommes heureux d’avoir partagé ce moment fort avec les mineurs de Potosí, mais nous nous sentons impuissants et presque honteux de leur avoir volé ce moment. Nous ressentons alors l’immense fossé qui existe entre eux et nous, et notre situation plus que confortable nous met mal à l’aise. Dorénavant, nous ne regarderons plus les objets d’argent de la même manière, et nous aurons toujours à l’esprit cette rencontre avec ces hommes qui semblent sortir d’un autre siècle.
Publié par Caroline et Olivier à 02:02
Libellés : 08.Puna et Altiplano, B.Français, C.Ressources naturelles, E.Paysages géologiques, F.La géologie et l'Homme, Géologie
samedi 27 juin 2009
Le salar d’Uyuni (Bolivia, 12-14 /06/09)
Nous entrons dans la ville, deux fantômes à bicyclette, et nous engouffrons dans la rue principale. Nous nous arrêtons devant ce qui est pour nous le plus beau des cadeaux : le marché, une explosion de couleurs, d’odeurs et de saveurs ! Nous nous précipitons sur des gâteaux que nous engouffrons en un clin d’œil tant ils nous font envie, après les 10 jours de pâtes-semoule. Succulent ! Puis nous cherchons activement un hôtel, avec douche, qui sera finalement tiède-froide. Qu’importe ! Enfin, nous serons propres. L’après midi passe, et la nuit tombe. Il est l’heure de dîner, et nous nous rendons dans un petit restaurant local typique. Nous y engloutissons notre assiette de poulet-frites-riz, sous l’œil amusé des locaux. En sortant, de regarde Caro : « J’ai encore faim ». « Moi aussi », me répond-elle. Nous trouvons alors un deuxième restaurant local où nous finissons de nous remplir le ventre. Enfin repus, nous allons nous coucher, éreintés, brisés par les efforts des jours derniers.
Le lendemain matin, nous prenons notre temps, car l’étape qui nous attend est des plus courtes, 20 km, pour atteindre le village de Colchani, porte d’entrée du salar s’Uyuni. Facile ! Et pourtant, la piste est tellement mauvaise qu’il est plus facile de rouler sur le bas-côté … Après 3 heures d’effort, nous arrivons enfin à Colchani, village où règne une atmosphère étrange qu’il nous est impossible de définir. Nous traversons rapidement le village et nous rendons aux portes du salar : devant nous s’ouvre alors un paysage hors du commun, une immense plaine de sel de près de 200 km d’est en ouest. Gigantesque. De l’autre côté du salar, nous n’arrivons même pas à distinguer les montagnes de la Cordillère Occidentale, culminant tout de même à 6000 mètres d’altitude. Nous nous sentons au bord d’une mer asséchée, mais nous sommes à plus de 3600 mètres d’altitude ! Comment un tel paysage peut-il se former ?
La réponse est à la fois simple et complexe. Le salar traduit la surface d’un ancien lac, comme le lac Titicaca. Ce lac avait une particularité : il n’était pas connecté à la mer, c'est-à-dire qu’il n’y avait pas de rivière qui déversait les eaux du lac dans des régions plus basses, puis vers la mer. Au contraire, toutes les rivières venaient des montagnes alentour, et se jetaient dans le lac. Ce type de bassin fermé est un bassin endoréique. Ainsi, au cours du temps, les rivières ont transporté des sédiments qui se sont accumulés au fond du lac, qui s’est peu à peu comblé, puis asséché.
En entrant dans le salar, nous apercevons une multitude de monticules de sel : le sel d’Uyuni est exploité, artisanalement. Les hommes que nous voyons travailler sur le salar semblent des zombies, le moindre centimètre carré de leur peau étant recouvert de tissu. Il faut dire qu’ils doivent doublement se protéger contre les rayonnements du soleil (nous sommes à près de 4000 m d’altitude) et la réverbération du soleil sur le sel blanc, et contre le caractère corrosif du sel. Leur travail est entièrement manuel : ils piochent le sel, l’accumulent en tas pour le faire sécher, puis le chargent à la pelle dans des camions.
Abasourdis par leurs conditions de travail hallucinantes, nous retournons à Colchani, où nous nous arrêtons un moment. Nous prenons alors conscience du sentiment étrange de la veille : la ville est en grande partie détruite. Des rangées de ruines effondrées s’élancent sur des centaines de mètres, parcourues par des cochons en liberté. A l’époque de la grippe porcine, ce n’est pas de meilleur augure… Il nous semble être à la fin d’une guerre, après un bombardement. Le site est lugubre, et nous ne nous sentons pas très à l’aise.
Nous décidons quand même de prendre notre déjeuner, devant un bâtiment qui ressemble à un musée. Pendant que nous dégustons notre boîte de thon quotidienne, une jeune femme portant un jeune bébé dans son dos, sort du musée et nous accoste : « Venez visiter le musée, vous y apprendrez des tas de choses sur les lamas et le sel d’Uyuni et son exploitation ». Nous entrons dans la bâtisse construite en briques de sel, et écoutons attentivement les explications de Katia ! « Vous savez, le travail du sel est très dur. Nous sommes une centaine de familles à travailler le sel à Colchani. A cette époque de l’année, il fait très froid, mais un travailleur produit deux tas de sel par jours. Les salaires ne sont malheureusement pas élevés : la tonne de sel est vendue 60 Bol (6 €), qui seront répartis entre les personnes de la chaîne du sel. En effet, la production du sel comprend plusieurs étapes : l’extraction dans le salar, le séchage, le rajout d’iode, et enfin l’empaquetage. Le salaire moyen par tonne de sel est donc de 15 Bol (1,50 €) seulement.
Nous lui demandons alors pourquoi il y a tant de ruines à Colchani. « C’est parce que les gens sont partis en abandonnant leur maison, faute de travail. Maintenant, ça va mieux, il y a plus de travail avec le sel, et les gens reviennent peu à peu. »
« Existe-t-il une sorte de coopérative pour centraliser et organiser la production et la vente du sel ? »
« Non », nous répond-elle. « Chaque famille possède une « parcelle » dans le salar, transmise de génération en génération. Chaque famille est indépendante. »
Nous remercions Katia pour son accueil chaleureux, et nous apprêtons à prendre la route du retour à Uyuni. Nous croisons alors une file de 4x4 pleins de touristes. Katia nous regarde, déçue : « Peu de touristes s’arrêtent à mon musée. D’ailleurs, ils ne s’arrêtent pas souvent à Colchani ». Quelle tristesse dans les yeux de Katia, qui voit défiler les touristes pour qui son musée a vu le jour, et qui semblent ne pas s’y intéresser, préférant la sensation forte du centre du salar, destination touristique internationale.
Publié par Caroline et Olivier à 08:33
Libellés : 08.Puna et Altiplano, B.Français, E.Paysages géologiques, Géologie