mercredi 28 janvier 2009

Passage vers la Carretera Austral (05 - 08/01/09)

“Pour passer le lago del Desierto, il y a 2 bateaux par jour: un à 08h30 et l’autre à 13h00 » nous dit Riccardo, gérant d’un hôtel à El Chalten. Il ajoute « Après, vous en aurez pour 5h de marche par le sentier de rando en poussant les vélos. La première partie est une rigole, les sacs ne passent pas, vous devrez décharger ».

Sur les conseils de cyclos, nous voulons rejoindre la Carretera Austral, route mythique chilienne, et changer notre itinéraire initialement prévu sur la route 40 en Argentine. Mais pour atteindre la Carretera Austral, nous devons traverser 2 lacs par bateaux et entre ces deux lacs, nous devrons utiliser un sentier de randonnée. Ce sentier, situé en Argentine, fait la liaison avec la piste chilienne qui arrive jusqu´à la frontière. Au camping, Dorothée et Sven, que nous avons retrouvé, nous donnent d’autres horaires pour le même bateau. Comme toujours au Chili et encore plus en Argentine, il y a autant d’informations différentes que de personnes interrogées pour la même question. Nous avons donc opté pour une méthode qui se révèle assez fiable : les statistiques. Le second bateau ne passe que tous les 2 jours et sous condition que la météo (i.e. le vent) soit bonne. Nous devons donc prévoir notre planning avec de la marge et s’assurer d’emmener assez de nourriture pour au minimum 1 jour de plus en cas d’attente ou de pépin.

Cela fait déjà 5 jours que nous sommes à El Chalten, retardés par des tentatives infructueuses de mise à jour du blog, une gastro pour Olivier et des maux d’estomac pour moi. Nous partons enfin le 5 janvier, chargés pour 6 jours de nourriture. La force du vent nous surprend le long du rio dès la sortie du village. Il soulève l’eau en de cinglantes rafales et même de petits graviers. Une fois le couloir venteux passé, nous entrons dans une forêt dont le vert pomme de l’herbe fine, le bruit des cascades et l’écoulement du rio bleu turquoise nous apaisent.

Au lago del desierto, nous montons les vélos sur le bateau pour une traversée de 30 minutes sous la pluie. Quel dommage car la vue promettait d’être spectaculaire ! Les montagnes surplombant le lac nous rappellent par leurs formes les fjords norvégiens. Mais les forêts balayées par le vent et la présence des glaciers sur les sommets comme prêts à descendre dévorer à nouveau les flancs montagneux parsemés de moraines sont bel et bien particuliers à la Patagonie chilienne. Au bout du lac et à côté du poste frontière argentin, nous posons notre tente en espérant que la nuit sera réparatrice pour affronter le sentier que nous nous redoutons.


La pente est raide, les sacs frottent le long de la rigole, mon estomac est toujours aussi douloureux. Nous poussons notre charge jusqu’à ce que nous soyons contraints de retirer les sacoches et faire 2 fois les trajets. C’est dur ! Les bras et les épaules sont déjà douloureux et nous profitons peu de la vue sur le lac, obnubilés par le temps. La pente du sentier se radoucit enfin et le sentier s’élargit dans une forêt. Nous pouvons avancer désormais avec les sacoches. La forêt est toutefois parsemée d’embûches telles que des cours d’eau à traverser sur des planches souples, des troncs d’arbres à passer, des souches et racines à éviter et quelques bonnes pentes accidentées qui pompent notre énergie déjà bien entamée. La fatigue augmente, le moral diminue, nous ne savons pas à combien de temps nous sommes de la frontière…Quoi qu’il en soit, nous devons avancer et je serre les dents tout en maudissant ce sentier interminable. Après 7h de marche, des bleus sur les jambes à hauteur des pédales, nous voyons enfin le panneau « Bienvenidos a Chile » ! Enfin, nous allons descendre et sur nos vélos !!!




Nous avons très probablement battu le record du plus long temps pour passer cette étape et nous avons probablement rencontré l’autre détenteur du record mais cette fois du temps le plus court (3h !), mais peu importe. Cette expérience n’est pas une compétition, mais fait juste partie de l’aventure au même titre que le vent en Argentine et les pires moments qui viendront par la suite.


Le second bateau nous emmène vers Villa O’Higgins, village de 500 habitants qui ponctue le sud de la Carretera Austral. Ce village a été construit en 1966 afin que les chiliens soient présents à proximité de la frontière, et son seul accès jusqu’à 1999 n´était possible qu’en avion, bateau ou à cheval. Après une nuit passée sur les bords du lac O’Higgins, nous pénétrons dans le village aux maisons en bois colorées et aux rues perpendiculaires. Au centre, une place est le cœur du village avec une école, qui est le bâtiment le plus grand de la ville, une bibliothèque, une église et une radio locale. Nous ne voyons ni mairie, ni banque. La poste est une petite pièce annexe à une auberge et contient quelques enveloppes et boîtes, mais pas de timbres. La ville la plus proche, Cochrane, est à 200 km. Le village est très calme et nous croisons à l’occasion un policier qui patrouille en pick-up dans la dizaine de rues du village pendant quelques heures, ainsi qu’une fillette d’environ 5 ans à cheval et quelques passants. Curieusement, dans ce si petit village, il y a une grande bibliothèque et 4 ordinateurs connectés à internet. Nous nous rendons vite compte que ces 4 connexions font le lien entre les gens du village du bout de la route et le reste du Chili. En réalité, toutes les villes et villages chiliens ont une bibliothèque et sont connectés à internet. Cette belle initiative a été prise par Michèle Bachelet au début de son mandat de présidente dans le but d’améliorer l’accès à la culture. Ainsi, dans chaque commune, nous aurons la possibilité d’accéder à internet gratuitement mais avec bien sûr un temps limité afin que tous puissent profiter de cette fenêtre ouverte sur le monde.




mardi 27 janvier 2009

Les moraines glaciaires (31/12/2008)

Réveillon du jour de l’an, au pied du Cerro Torre Dans le massif du Fitz Roy. La tente est montée mais nous n’avons pas encore dégusté notre repas de fete. Les lumières du soleil couchant enflamment les sommets qui nous entourent, et nous décidons d’aller contempler le coucher de soleil depuis les berges du Lago Torre. Nous sortons du camping et nous nous retrouvons dans un champ de blocs rocheux dont certains atteignent plusieurs mètres. Pour accéder à la vue sur le lac, nous devons grimper au sommet d’une butte. Là-haut, le spectacle est incroyable. Le Cerro Torre étincelle de blancheur et se reflète sur les eaux du lac.


Mais nous sommes intrigués par la forme de la butte sur laquelle nous sommes : elle forme une longue crete effilée qui contourne le lac. De plus, la butte ne correspond pas â un affleurement de roche, mais plutôt à un empilement de blocs rocheux de natures et de tailles variés. En observant ces blocs de plus près, la plupart portent des traces de griffures, tout comme le bloc que nous avons observé au milieu de la Pampa argentine. Tous ces blocs ont donc été transportés par le glacier Agostini qui coule sur les pentes du Cerro Torre et alimente les eaux du Lago Torre. Cette accumulation de blocs s’appelle une moraine glaciaire, et sa forme allongée lui confère le nom de cordon morainique.



Comment se forme une moraine glaciaire ? Pour le savoir, il faut comprendre le fonctionnement d’un glacier. Un glacier est alimenté en permanence par des chutes de neige au sommet des hautes montagnes. A haute altitude, la neige ne fond jamais et s’accumule d’année et année. En s’accumulant, la neige se transforme en glace qui « s’écoule » lentement sous l’effet de son propre poids. En se déplacant ainsi, le glacier arrache des blocs rocheux des flancs des montagnes et les transporte vers l’aval. Lorsque le glacier atteint des altitudes plus modestes, la glace fond au front de la langue glaciaire et les roches qu’elle contenait sont libérés et immobilisés. Comme ce phénomène s’effectue en continu, les nombreux blocs rocheux libérés par la fonte de la glace s’accumulent tout autour du front de la langue glaciaire pour former des moraines. Lorsque les glaciers se retirent du à un changement climatique, les moraines sont isolées et se présentent sous la forme de cordons. Les cordons morainiques marquent donc l’emplacement et la forme des fronts d’anciens glaciers. Dans le cas du Lago Torre, le cordon morainique forme un barrage naturel et retient les eaux du lac.



Avant d’arriver au Lago Torre, le sentier traverse plusieurs cordons morainiques successifs. Chacun marque l’emplacement du front du glacier Agostini à une période donnée. Alors que la moraine qui retient le Lago Torre est vierge de totue végétation, les autres sont plus ou moins colonisées par la foret. Elles sont donc plus anciennes. En étudiant les ages relatifs de tous ces cordons morainiques, il est donc possible de reconstituer les différentes phases d’évolution du glacier Agostini. Ce type de travail peut etre effectué sur tout glacier, y compris ceux qui n’existent plus. C’est ainsi que les géologues et glaciologues ont pu reconstituer l’étendue des glaciers lors des derniéres périodes de glaciation qu’a connue notre planète.



samedi 24 janvier 2009

¡ Feliz nuevo año ! (31/12/08-01/01/09)

Le Fitz Roy nous nargue depuis notre arrivée hier. Le temps est splendide, les montagnes sont degagées et curieusement, le vent est calme.


Ce n'est cependant pas le Fitz Roy que nous irons voir de plus près, mais le Cerro Torre au pied duquel nous passerons le réveillon du jour de l'an. Parés de nos sacs à dos, nous quittons le village d'El Chalten sur le sentier du lago Torre. Il est 16h et 3h de marche nous attendent sur un sentier agréable.
Apres avoir passé un verrou glaciaire, nous entrons dans la superbe vallée du Cerro Torre. Au centre du décor s'élève l'aiguille du Cerro Torre et son glacier à sa base. Dans la vallée, une forêt verdoyante de feuillus s'étale sur d'anciennes moraines tandis que les couleurs et les roches déformées des montagnes qui la bordent attirent notre regard. Nous longeons le rio à l'eau laiteuse jusqu'au camping Agostini, bien protégé du vent par les arbres.





Une fois la tente plantée, nous crapahutons rapidement la dernière moraine pour découvrir le lac Torre dans lequel se jette le glacier du Cerro Torre. Nous sommes très chanceux : l'aiguille est dégagée et le vent est absent. Les lumières du soir sont déjà là et le froid s'installe dans la quiétude du lieu. Après ces derniers jours de lutte physique et morale contre le vent furieux de la pampa et son grondement incessant, nous apprécions ces instants magiques et le silence des montagnes.




Depuis notre campement, nous voyons le sommet du Cerro Torre et nous fêtons dignement les dernières heures de 2008 avec un repas un peu plus élaboré qu'à l'habitude (voir la vidéo en fin du post), emmitouflés dans nos affaires les plus chaudes…le glacier n'est pas si loin (ce qui ne veut pas dire que nous aurons de la glace sur la tête pour le dessert)! La fatigue, le froid et le vin ont le dessus sur notre esprit festif et juste avant que minuit ne sonne, le marchand de sable passe...


5h plus tard, le réveil sonne. Une voix sort du duvet : « Bonne année !! On va voir le lever de soleil ? ». Les vêtements froids achèvent notre endormissement et nous montons rapidement sur la crête de la moraine frontale que nous avions déjà grimpé la veille. Quelques autres montagnards attendent que les premières lueurs du soleil viennent enflammer de rouge le Cerro Torre. Malheureusement, les nuages se sont accumulés à l'est et nous ne verrons pas le lever du soleil. Nous restons toutefois plusieurs heures sur la crête morainique, fascinés par le paysage aux couleurs changeantes.



« Zorro Culpeo ! Là-bas » : je viens de voir un renard roux dans la moraine à une cinquantaine de mètres de nous. Il s'installe tranquillement nous laissant tout le loisir de l'observer jusqu'a ce que je m'approche d'un peu trop près.


Nous terminons ce réveillon unique par un copieux petit-déjeuner avant de redescendre vers El Chalten, la tête remplie de nouvelles résolutions.

Nous vous souhaitons une très bonne Année à tous !!!




Le vent (26/12/08 – 30/12/08)

La Patagonie et la terre de Feu sont des régions du monde célèbres pour leurs vents violents. Les marins les connaissent d’ailleurs bien et leur ont donné des noms aussi amicaux que les 40ème rugissants ou 50ème hurlants. Alors que nous pensions avoir subit les pires affres du vent en Terre de Feu et à Punta Arenas, nous avons déchanté sur la route qui nous amené d’El Calafate à El Chalten. Muni de nourriture pour 4 jours, nous quittons El Calafate le 26 décembre en ne soupçonnant pas de ce qui nous attendait : un enfer.
Pour partir d’El Calafate, nous prenons la direction plein est, c'est-à-dire le vent dans le dos. Avez-vous déjà roulé à 45 km/h sur le plat sans pédaler ? Avez-vous déjà monté les cotes à 15 km/h sans pédaler ? Et bien ce jour-là, nous l’avons fait. Le vent soufflait si fort que nous devions freiner sur la route goudronnée. Dans notre dos, le vent soulève un immense nuage de sable qui ne recouvre, nous envahit et obscurcit le ciel. Nous avalons les 30 premiers kilomètres jusqu’à la jonction avec la route 40 en un temps record.

Seulement, à la jonction avec la route 40, il nous faut prendre direction plein nord, c'est-à-dire affronter le vent de coté. En arrivant à la jonction, c’est le choc. Non seulement c’est un choc psychologique en nous demandant comment nous pourrons affronter un tel monstre, mais c’est également un choc physique : le vent nous frappe au visage, à l’épaule et au guidon et nous couche à terre au moment meme où nous tournons ! Nous décidons d’attendre qu’il se calme avant de continuer en fin d’après midi pour parcourir 5 km avant de trouver un endroit abrité pour passer la nuit.

Car c’est bien la difficulté majeure : trouver un endroit abrité du vent dans la pampa argentine, où rien ne pousse hormis de l’herbe sèche. Et c’est bien le problème qui se pose le lendemain : nous ne trouvons aucun endroit abrité, et nous devons opter après une heure de recherche pour un remblai suffisamment haut, en bordure immédiate de route. La terre y est tellement dure que toutes les sardines se tordent. Malgré cet abri précaire, la tente claque continuellement et semble s’envoler. La nuit qui nous attend sera dure …

Le lendemain, meme situation, mais cette fois le vent est de face. Nous devons pédaler avec force pour arriver à descendre les pentes. Notre vitesse de croisière est de 7 km/h. Nous trouvons finalement refuge dans une petite estancia, à 75 km d’El Chalten, le long du rivage du Lago Viedma. Mais la pire expérience nous attend le lendemain. Lever prévu à 3 heures du matin. Le réveil sonne, le vent semble calme, mais quelques gouttes tombent sur la tente dans ce désert sec. Après quelques minutes, la pluie cesse et un phénomène incroyable se produit. Au loin, nous entendons un grondement sourd monter de l’est. Nous ne comprenons ce qui se passe que lorsqu’un front de vent d’une violence inouïe vient frapper tous les arbres de l’estancia. Le bruit qu’il provoque résonne comme un moteur d’avion. Nous n’entendons rien d’autre que ce grondement continu. Ce que nous ignorons, c’est que le vent ne se calmera pas pendant 2 jours…
Malgré tout, nous forçons une sortie. Après 300 mètres, nous sommes poussés 3 fois hors de la route et nous abandonnons. Nous retournons nous réfugier à l’estancia, patienter que le vent tombe. Mais un autre problème se pose : nous avions à manger pour 4 jours, et nous sommes le 4ème jour. Il nous faut donc atteindre El Chalten le plus rapidement possible.


Le lendemain matin, le vent semble s’être apaisé et nous partons. 10 km/h, un miracle ! Mais rapidement, le monstre nous défie et cherche à nous terrasser. L’effet est immédiat : 9 km/h, 8 km/h, puis 6 pour finir à 4 km/h. Le bruit devient insupportable. Tout geste devient une épreuve : en essayant d’ouvrir le sac, il nous claque dans les mains, en ouvrant nos poches, tout s’envole instantanément, et en lâchant le guidon une seconde, il devient fou et incontrôlable. Je crie pour réunir le peu de courage qu’il me reste, mais je n’entends plus le son de ma propre voix. Le coup de grâce m’est finalement donné lorsque suite à une mauvaise manœuvre, le vent me fait faire demi-tour … En une seconde, sans plus rien contrôler, je me retrouve dans la direction opposée de notre destination. Je craque et tout espoir s’effondre. Je m’installe sur le bas cote, et nous décidons d’un commun accord de finir en stop. Il est 10 h du matin, et nous n’avons vu qu’une seule voiture de la matinée. L’attente sera longue …



Un Noël pas comme les autres (24-25/12/2008)

Nous venons de traverser la pampa argentine pendant trois jours, séchés par le vent, trempés par la pluie et frigorifiés par le froid, et nous atteignons enfin El Calafate. Jusqu’au bout il nous aura fallu lutter et c’est à l’arraché que nous parvenons enfin au centre de la petite ville touristique, après 4h de combat acharné contre le vent, à une vitesse moyenne de 7-8 km/h. Exténués et écoeurés, nous nous rendons au camping El Ovejero pour nous y reposer un peu.

Seulement, nous sommes le 22 décembre, Noël approche très vite et nous ne savons pas où nous célèbrerons la fête de la nativité. Surtout, nous voulons éviter un Noël glauque au milieu de la Pampa, réfugiés dans notre tente balayée par le vent. En arrivant au camping, nous retrouvons Dorothe et Sven, un couple de cyclistes allemands rencontrés brièvement à Cerro Castillo. Nous entamons la discussion quand un autre cycliste nous rejoint. Philippe est suisse, genévois, et son visage s’éclaire lorsque nous parlons en francais. Le courant passe tout de suite. Nous les laissons pour monter notre tente et déballer nos affaires. Pendant que nous installons tout notre barda, Philippe nous rend visite : « Nous allons faire un asado (barbecue) avec les autres cyclistes ce soir, voulez-vous vous joindre à nous ? » Sans hésiter, nous acceptons avec joie.

Le soir même, nous nous retrouvons tous autour d’une bonne table couverte de viande grillée. Nous faisons la connaissance d’Ana, l’épouse de Philippe, et de Pawel et Magdalena, un couple de cyclistes polonais partis depuis plus de trois ans. Sven est à la manœuvre et distribue boudins, cotelettes, filets de bœuf et gigots d’agneau en continue. « Qu’allez-vous faire pour la veillée de Noël ? » nous demande Dorothe. Embarrassés, nous ne savons pas quoi répondre. « Nous avons réservé une nuit à l’hôtel à l’intérieur du parc des glaciers, mais il nous faut aller là-bas et cela va nous coûter cher » ajoute-t-elle. Et tout le monde décrit son programme du réveillon, pas très alléchant dans l’ensemble. Et si nous le célébrions tous ensemble autour d’un super asado, entre cyclistes ? Tous se regardent, et quelque chose se passe. Nous nous sentons tellement bien tous ensemble que quelques secondes de réflexion suffisent : Super idée ! C’est décidé, c’est en compagnie de notre « nouvelle famille » que nous célébrerons la veillée de Noël. Dorothe et Sven annulent leur nuit d’hôtel et tout le monde organise son programme pour que nous nous retrouvions tous ensemble le 24 décembre en fin d’après-midi.

Le 23 décembre, nous nous reposons en ville, et le 24 au matin, nous nous rendons au célèbre glacier Perito Moreno, impressionnant fleuve de glace se jetant dans le lac Argentino (voir le post dédié). En milieu d’après-midi, nous rentrons à El Calafate pour commencer à préparer le barbecue. Mais tout était déjà prêt. Ana et Philippe avaient acheté près de 5 kg de viande, plusieurs bouteilles de vin et de la bière. Trois jeunes cyclistes allemands nous ont rejoints depuis la veille. Dans une ambiance bon enfant, nous allumons le feu un verre de bière à la main.







Deux heures plus tard, la viande grillée succulente remplissait nos assiettes. Philippe et Sven racontent blague sur blague, et nous rions, mangeons et buvons au sein d’un groupe où chacun est adopté comme un membre de la famille cycliste. A minuit, les feux d’artifice fusent des hauteurs de la ville, la musique s’échappe des maisons en fête et des groupes de jeunes en tenue de soirée parcourent les rues enivrés par l’ambiance de fête. Nous les saluons de loin regroupés autour d’un bon feu, et nous jouons à imiter des personnages célèbres de nos pays respectifs. Nous rions tant que nous en avons mal au ventre ! Mais à 4 heures du matin, la fatigue l’emporte sur l’allégresse, et tout le monde se quitte pour aller se coucher, le cœur plein de joie.




Le 25 décembre, jour de Noel, se passe au ralenti. Ceux qui devaient partir décident de rester un jour de plus. Ce n’est que le 26 au matin que notre « nouvelle famille » se sépare. Un sentiment étrange mêlé de tristesse et de joie nous prend tous ensemble. Après de tels moments intenses, il est pour nous déchirant de dire adieu a nos amis. Une dernière photo de groupe, une dernière accolade, et chacun enfourche son vélo le cœur lourd vers sa destination.




Un grand vide s’installe autour de nous, restés un peu plus longtemps au camping. Nous pensons alors très forts à notre famille qui, elle, restera toujours, et nous espérons sincèrement que leur Noël fut aussi beau que le nôtre.

Le glacier Perito Moreno (24/12/08)

5h00, le réveil s'enclenche. Hors de question de traîner dans le duvet bien chaud car nous avons rendez-vous à 5h30 avec des copains allemands, et comme nous le savons tous : les allemands sont ponctuels!

Sous les premières lueurs de l'aube, nous sortons de El Calafate en direction de l'ouest. D'imposants icebergs flottent sur le lago Argentino tandis que le paysage se teinte d'une couleur rosée. La route est déserte, le vent semble calme. Nous ressentons un petit pincement au cœur de faire ce trajet en voiture et non pas en vélo, mais nous n'avions guère le choix ayant appris qu'il est impossible de camper dans le parc national. Nous apprécions donc différemment les 80 km qui nous separent de notre but du jour : le glacier Perito Moreno.


Vers 6h30, nous entrons dans le parc. Au détour des virages, nous apercevons une grande masse blanche se jettant dans le lac. Enfin, nous arrivons face au monstre de glace. Il est là ce fameux glacier, à quelques dizaines de mètres de nous, exposant fièrement ses 60 mètres de hauteur dans les lumières matinales. Nous sommes presque seuls, les cars de touristes n'arriveront que vers 9h30. Les oiseaux commencent à chanter et les nuages de bruine jouent avec le soleil laissant passer quelques timides arcs en ciel.



Soudain, le silence est rompu par un énorme craquement comme un coup de fusil qui détonne dans le ciel. Rien ne bouge, le glacier bleuâtre tente de nous impressionner. D'énormes fractures le lacèrent donnant l'impression que des blocs sont en équilibre instable. Nous sommes face à lui à le scruter en retenant notre soufle. Un nouveau grondement résonne ! Cette fois-ci, nous voyons des séracs s'éffondrer en cascade dans le lac. Oui, il est bien vivant le glacier Perito Moreno : il grogne, il gronde, il avance ! Son fluage est de plusieurs cm par jour et est beaucoup plus important au centre que sur les bords.
Plusieurs heures durant, nous déambulons sur la passerelle pour l'observer de toutes parts, fascinés par sa masse et sa mouvance fracassante.



Un autre grognement se fait entendre mais celui-ci est plus proche : c'est notre estomac ! Nous préparons notre petit-déjeuner et mangeons face au glacier. Ce sont les derniers instants de calme dont nous profitons avant le defilé des bus. Nous rentrons alors vers El Calafate pour préparer le reveillon de Noël avec nos nouveaux amis cyclistes, tout en préservant dans notre mémoire le souvenir de ce glacier exceptionnel.

Fabian, le gaucho de la pampa (20 – 21/12/2008)

“Il ne pleut jamais ici” nous assure le vendeur de la minuscule échoppe qui fait aussi office de station-service à Tapi Aike. 160 km de pampa desertique nous attendent sans aucun lieu de ravitaillement jusqu'à Calafate. Nous quittons la route goudronnée pour prendre une piste qui raccourcit notre parcours de 80 km.
Deux heures plus tard, la pluie battante nous frigorifie. Nous continuons de rouler puisque là où nous sommes, aucun arbre, aucune butte ne protègerait notre tente du vent. La piste est encombrée de gros galets sur lesquels les vélos glissent. Avec la fatigue et le froid, le moral diminue et les erreurs de pilotage sont plus nombreuses. Soudain, au détour d'un virage, nous apercevons des chevaux. Espoir! Cela signifie qu'une estancia (ferme) est toute proche! Effectivement, une petite maison fume à proximité de la piste et nous allons pouvoir demander si nous pouvons nous réchauffer à l'intérieur. A notre grand soulagement, le gaucho qui nous reçoit nous ouvre sa porte. Nous entrons dans une pièce toute simple contenant un poêle à charbon, une gazinière, un évier, une lampe à gaz et une table.


Fabian, le gaucho qui vit ici, emplit le poêle de charbon qui vient de la mine de Rio Turbio. Bien typé “moreno”, il n'est pas très grand mais trapu, mat de peau et les cheveux bien noirs.
Il nous offre un thé et des “tortas fritas” (petits pains frits) que nous acceptons avec plaisir pendant qu'il boit la boisson locale: le maté. Fabian est un homme peu bavard mais répond toutefois à nos questions. Nous apprenons qu'il travaille avec son frère sur l'estancia, mais qu'il passera Noël seul, ici, pour surveiller le troupeau de moutons pendant que son frère sera dans leur famille à Rio Gallegos, ville située à 3h de route sur la côte est. En revanche, ils échangeront pour le nouvel an.
La pluie ne cesse de tomber et Fabian nous propose de dormir dans un bâtiment plutôt que sous la tente. Nous serons donc au sec ce soir! Puis, il nous invite à diner. Cette fois-ci, nous avons quelque chose à offrir : un “pan de pasqua”. Malgrè le nom qui rappelle Pâques plutôt que Noël, il s'agit d'un cake aux fruits secs confectionné pour Noël aussi bien en Argentine qu'au Chili. Après la déception de Torres del Paine, nous sommes heureux de partager ce moment convivial avec Fabian. Le diner s'avère un régal avec des empanadas, du poulet rôti et des légumes du jardin, ainsi que du pain maison et notre fameux cake.

Dans la bonne humeur générale, Fabian nous réserve une surprise supplémentaire: du “flan casero” (crème aux oeufs nappée de caramel) : c'est Noël avant l'heure! Nous finissons la soirée avec le partage d'un maté au coin du poele. Au petit matin, nous quittons Fabian qui, en tenue de travail, est prêt à partir à cheval pour faire le tour du troupeau, et nous partons pour de nouvelles aventures dans la froideur du premier jour de l'été et de nos premiers 1000 km.



vendredi 9 janvier 2009

Les glaciers d'hier et d'aujourd'hui (18/12 - 20/12)

Au parc national Torres del Paine, nous avons eu la chance de camper à proximité d’un grand glacier, le glacier Grey. Cette immense lange de glace se jette dans le lago Grey, où des icebergs sont poussés par le vent à la surface des eaux grises du lac. Ce glacier gigantesque est une terminaison d’une partie de la calotte glaciaire patagonienne, le Campo de Hielo Sur (Le Champ de Glace Sud). Sur les bords du glacier, nous pouvons observer des zones rocheuses à vif, signe que le glacier était jadis beaucoup plus long et plus épais. Signe également que les glaciers étaient plus vastes et qu’ils se retirent en fondant. Mais jusqu’où allaient-ils au juste ?



Nous avons eu un élément de réponse là où nous l’attendions le moins. À plus de 150 km à l’est du Paine, dans la Pampa argentine le long de la route nationale 40. Nous étions entre Cerro Castillo et El Calafate. Nous traversions une grande zone de plaine, couverte d’herbes sèches qui piquent les fesses quand on s’assoit dessus. Mais par-ci par là se trouvent d’énormes blocs arrondis, comme posés au milieu de la plaine. Intrigués, nous nous arrêtons pour les examiner de plus près. Il s’agit de blocs de roches magmatiques (laves et granites), alors qu’il n’y a que des roches sédimentaires dans les environs. Le seul endroit où nous pouvons trouver ce type de roche est dans la cordillère, 150-200 km plus à l’ouest. Ces blocs ont donc été transportés sur une longue distance.


Ces blocs portent des traces de griffures, comme s’ils avaient été trainés contre un autre rocher. Les rivières ne peuvent pas transporter des blocs d’une telle taille sur une telle distance. La seule explication sont les glaciers, qui peuvent transporter des rochers gros comme des maisons sur toute leur longueur. Quand ces rochers sont transportés à la base du glacier, ils frottent contre le rocher et sont comme griffés. En arrivant en bas du glacier, les blocs sont libérés au fur et à mesure que la glace fond, comme déposés là : ce sont des blocs erratiques. Trouver des blocs erratiques dans la pampa montre donc que les glaciers ont jadis recouvert la Pampa. En cartographiant la région où se trouvent ces blocs erratiques, il est ainsi possible de reconstituer l’étendue totale des glaciers de jadis.

Un exemple plus proche de nous permet d’illustrer la notion de bloc erratique. A Lyon, au sommet du quartier de Croix Rousse, se trouve le „Gros Cailloux“, qui n’est autre qu’un bloc erratique laissé sur les hauteurs de Lyon par les glaciers alpins durant les dernières glaciations. Ceci prouve que non seulement les glaciers venaient des Alpes jusqu’à au moins Lyon, mais qu’ils étaient suffisamment épais pour déposer des blocs au sommet de Croix Rousse. Nous verrons plus tard d’autres produits glaciaires typiques : les moraines.