jeudi 23 avril 2009

Volcanologue

Luis Lara

  • Motivation initiale
Pour l'aspect scientifique et parce que la volcanologie est une science qui présente également une dimension historique et humaine.
  • Formation
Formation universitaire de 6 ans à l'Université de Santiago (Equivaut à un master francais) en géophysique. Thèse de doctorat à l'Université de Toulouse (3 ans) spécialisée sur les thématiques de volcanisme et tectonique.
  • Métier

Chercheur au SERNAGEONIM (Servicio National de Geologia y de Mineria) à Santiago du Chili.

  • Activité

Suivi des volcans actifs avec la mise en place de sismomètres. Evaluation des risques et production de cartes de risques. Communication avec les autorités gouvernementales.

Rencontre avec un volcanologue

A Chaiten, nous avions récolté des témoignages auprès des autorités pour savoir comment s'était passé l'évacuation, et auprès d'un vieil homme réfractaire à quitter sa ville (http://georouteandine.blogspot.com/2009/03/le-volcan-chaiten-070209.html). Après ces rencontres, nous avions eu le sentiment que l'évacuation avait été très efficace puisque les 3000 habitants avaient été évacués en moins d'une journée, mais que la communication des scientifiques auprès du public sur les risques que représentait le volcan Chaiten ne nous semblait pas évidente. Cependant, nous avions bien conscience que quelques discussions avec la minorité de la population de Chaiten qui "n'a pas peur du volcan" ne nous permettent pas d'avoir un regard objectif sur l'aspect communication.

C'est pourquoi, nous avons essayé depuis notre passage à Chaiten de prendre contact avec un volcanologue travaillant sur ce volcan, afin d'une part, d'obtenir le point de vue d'un scientifique et d'autre part, comprendre quel rôle jouent les scientifiques dans la communication auprès des autorités et des sinistrés. Ainsi, nous avions tenté de contacter l'observatoire de volcanologie et l'université de Temuco, mais en vain... car tous étaient en vacances.

C'est à Santiago que nous avons enfin réussi à rencontrer un volcanologue du SERNAGEOMIN (Servicio National de Geologia y de Mineria, équivalent du BRGM en France).

Entre deux réunions, Luis Lara a accepté de répondre à nos questions:

Que s'est-il passé à Chaiten d'un point de vue de volcanologue?

Le volcan Chaiten est entré en éruption en produisant une violente explosion qui a projeté un panache de cendres à très haute altitude. Techniquement, il s'agit d'une éruption de type plinienne, classique pour ce type de volcan situé dans une zone de subduction.

Y avait-il une possibilité de savoir que ce volcan allait entrer en éruption?

Malheureusement, il nous était très difficile de prédire une telle éruption. En effet, le volcan Chaiten n'était pas équipé en système de surveillance, comme peuvent l'être par exemple les volcans Villarrica ou Lascar. La raison est simple : le Chaiten n'était pas connu comme un volcan présentant des risques volcanologiques imminents, et la densité de population dans la région y est très faible. Par conséquent, il ne constituait pas une priorité du SERNAGEOMIN. De plus, les signes précurseurs de l'éruption (par exemple activité sismique perceptible) n'ont précédé l'explosion que de quelques jours seulement, ce qui est rare pour une éruption d'une telle puissance.

Est-ce que des instruments de mesure ont été installé ?

Deux stations sismiques ont été installées. L'une sur les flancs même du volcan, l'autre a une distance plus importante. Ces deux stations fournissent en permanence des données et des informations sur l'état d'activité du volcan. Désormais, il est possible d'être au chevet du Chaiten et de mesurer son pouls et sa respiration, et d'anticiper ces crises éruptives, comme celle qui a eu lieu le 20-21 février 2009. Le système a été efficace car grâce à lui, nous avons prédit que l'activité allait de augmenter, et c'est ce qui s'est passé.

En quoi consiste votre travail sur ce volcan ?

Notre travail consiste dans l'immédiat à suivre l'évolution sismique du volcano afin de prédire la survenue de crises éruptives. Dans un deuxième temps, nous devons effectuer une étude de risques en prenant compte la géographie de la région de Chaiten, le type d'éruption et les précipitations. En prenant en compte tous ces paramètres, nous avions prédit que la ville de Chaiten allait souffrir de coulées de boues dévastatrices. C'est ce qui s'est effectivement passé. Pour résumer, nous devons intégrer tous les paramètres qui peuvent influencer sur les risques volcaniques, et les assembler de manière cohérente en utilisant notre expérience.

Comment communiquez-vous avec le gouvernement et avec la population?

Nous informons régulièrement les autorités sur l'évolution de l'éruption. En fonction de nos recommandations, les autorités décident d'évacuer les zones habitables ou non. En revanche, nos services ne sont pas désignés pour communiquer les informations volcanologiques aux populations. Notre travail est un travail d'expertise volcanologique et de compréhension scientifique. Ce sont les autorités qui, sur la base de notre expertise, communiquent les informations aux populations concernées.

Plus d'infos (anglais et espagnol + très belles photos incluses):

Voici un article de Luis Lara traitant du volcan Chaiten récemment publié dans Andean Geology:

http://www.scielo.cl/scielo.php?script=sci_arttext&pid=S0718-71062009000100009&lng=en&nrm=iso

jeudi 2 avril 2009

Le Paso Vergara (19 - 24/03/09)

« Tu verras », dis-je à Caroline, « la traversée du désert de Neuquén par la route 40 sera un cauchemar, mais le passage du col Vergara sera plus facile ».
Nous partons de Chos Malal quelque peu anxieux de la traversée qui nous attend : 150 kilomètres de désert sur une route en très mauvais état, avec très peu de ravitaillement en eau. Contre toute attente, nous n’avons aucune peine à traverser ce désert, la route comportant des segments bitumés. Pour dormir, nous trouvons refuge dans des cabanes de gauchos abandonnées, sur les rives du Rio Grande, où nous sommes abrités du vent. Nous arrivons donc 250 km plus loin, à Bardas Blancas sans grand problème, relativement frais.









Je me sens un peu soulagé car je connaissais bien cette route que j’ai parcourue à de nombreuses reprises en voiture, et je m’attendais à souffrir. C’est donc assez contents que nous nous engageons dans la vallée du Rio Grande, en amont de Bardas Blancas. Le paysage est fantastique, les montagnes immenses et recouvertes de touffes d’herbe jaunes s’élancent à plus de 3000 mètres.
Après une quinzaine de kilomètres, nous nous arrêtons dans une petite épicerie totalement isolée afin de compléter la liste de nourriture dont nous avons besoin pour vivre en autonomie pendant 4 jours. Un homme de l’autre côté du rio sort de sa petite maison en courant et traverse avec son chien la rivière en furie grâce à une nacelle accrochée au bout d’un cable, et vient ouvrir la petite épicerie lorsque nous atteignons l’entrée. Il s’agit d’un homme svelte et dynamique, dont la peau ridée et marquée dénonce un âge avancé. Nous entamons la discussion. L’homme est intarissable d’histoires, et nous raconte les fêtes populaires de la région. Faustino nous parle de son pays, de ses montagnes et de la pureté de l’environnement dans sa Cordillère. Son pays, il le porte dans son cœur, et l’exprime par la musique folklorique de la Cordillère : il est en fait un des fondateurs d’un groupe folklorique très connu dans la région. Il attrape alors la guitare posée sur une petite table au coin de la petite pièce, et commence à nous chanter différentes chansons de son pays. Nous sommes bercés par cette douce musique, qui respire la Cordillère et les gauchos.




Nous quittons Faustino la tête pleine de rêves. Nous suivons la vallée du Rio Grande qui remonte sur plus de 120 kilomètres en pente douce jusqu’à la frontière avec le Chili, au sommet de la chaine. En route, nous croisons des troupeaux de chèvres, de vaches et chevaux dirigés par quelques gauchos et leurs chiens. Ils redescendent tous vers la vallée, avant que l’hiver ne s’empare de la Cordillère. C’est la transhumance, qui sera fêtée comme il se doit dans la vallée dès que tous les troupeaux seront arrivés dans la vallée et protégés des agressions de l’hiver montagnard.



Mais le rêve sera de courte durée. Les vents violents qui balaient la vallée ont accumulé du sable tout le long de la route. Il nous est quasiment impossible de pédaler : les roues s’enfoncent dans la route meuble. Nous avons l’impression qu’une main tire notre monture vers l’arrière, nous stoppe et nous déséquilibre en permanence. Tous les 50 mètres, nous devons descendre de selle et pousser jusqu’à trouver une portion de route plus dure qui nous permette de pédaler de nouveau. Nous progressons à une vitesse désespérément lente : 20 kilomètres par demi-journée. Il nous en reste encore près de 80 à parcourir, et il nous faudra être patients …








Heureusement, à 40 kilomètres du sommet du col, la route devient plus manœuvrable, plus dure, et nous avançons plus rapidement. Nous prenons soin néanmoins de prendre de nombreuses photos du paysage magnifique dans lequel nous évoluons. Les montagnes qui nous dominent ont des airs de plateau tibétain. La lumière du matin illumine de jaune doré la végétation séchée par le soleil et le vent. Les roches stratifiées colorent le paysage en multiples bandes rouges, noires, jaunes, et parfois vertes. Nous sommes au cœur de la Cordillère, isolés dans un environnement apparemment hostile, et nous ressentons pourtant une sérénité comme rarement nous avons ressenti jusque là. Nous comprenons alors les gauchos, leur amour pour la Cordillère, « el campo » comme ils l’appellent, et l’environnement pur et sauvage qu’ils chantent dans leur musique folklorique.





Nous roulons depuis deux jours et demi dans cette magnifique vallée, et nous sommes à 30 kilomètres seulement du sommet du col. Il est midi passé, et nous commençons à ressentir une petite faim. Nous apercevons au loin une petite cabane de gaucho, et nous décidons de l’atteindre pour prendre notre déjeuner à l’abri du soleil. En nous approchant de la cabane, nous apercevons un nuage de poussière s’élever depuis la route, de l’autre côté de la cabane : un grand troupeau de vaches et de chevaux redescendent par la route, accompagné de 4 gauchos à cheval et d’un seul chien. Nous arrivons en même temps à la cabane, et nous entamons la discussion. Ils pensaient également s’arrêter à la cabane pour déjeuner. Sauf que leur déjeuner est quelque peu plus élaboré que le nôtre : ils préparent un vrai « asado de campo », un barbecue improvisé en plein milieu de la montagne. « Vous voulez vous joindre à nous ? », nous demandent-ils. Sans hésiter, nous acceptons !
En quelques minutes, le feu est allumé et les morceaux de viande embrochés sur une lame et prêts à griller. Nous nous installons tous autour du feu, et discutons de la montagne, de cette vie naturelle qu’ils aiment tant et que pour rien au monde ils n’échangeraient. Chaque gaucho a son caractère : Alejandro est sauvage et timide, mais d’une galanterie exemplaire, Sergio est curieux et enjoué, Eladio est un petit homme toujours souriant et aux yeux d’un bleu turquoise, et Lorenzo est le plus curieux et le plus cultivé d’entre eux. Ils sont d’une propreté exemplaire que l’on n’imaginerait impossible au milieu de la cordillère. La moustache de Lorenzo est taillée au millimètre près, leurs vêtements sont immaculés, et ils s’essuient les lèvres chaque fois qu’ils font passer le verre de vin. En nous regardant avec Caroline, nous avons presque honte d’être aussi sales et malodorants. Malgré tout, nous profitons de cette expérience unique de partager un excellent repas avec des gauchos en pleine cordillère. La viande est excellente et le vin nous libère de notre timidité. Nous quitterons nos nouveaux amis repus, et encore une fois des souvenirs plein la tête.











La dernière montée jusqu’au col est un peu plus dure que le reste. La pente est plus forte et la route est construite à flanc de montagne. Les paysages sont impressionnants et sauvages. Plus nous nous élevons, plus notre environnement est minéral. De moins en moins de végétation couvrent les versants des montagnes. Enfin, après plusieurs heures de lutte au fond d’une profonde vallée encaissée, nous débouchons sur une immense vallée ouverte, perchée à 2500 mètres d’altitude, marquant la proximité du sommet. En arrière plan, l’immense montagne du volcan Peteroa couvert de glaciers semble bloquer le paysage par sa masse imposante. Il se fait tard et nous campons dans ce paysage idyllique.






Le lendemain matin, nous nous élançons pour les 20 derniers kilomètres de l’ascension. Rapidement, nous nous rendons compte que ce ne sera pas facile du tout. La route redevient impraticable à cause du sable, mais également à cause des ruisseaux qui traversent la route et qui déposent des quantités impressionnantes de graviers, galets et autres cailloux sur la route. Le vent de face achève de nous compliquer la tâche. Nous n’arrivons pas à contrôler notre guidon et tombons à de nombreuses reprises. Cette fois-ci, la fatigue aidant, je n’arrive pas à garder mon sang-froid et m’énerve après mon vélo, les cailloux, et tout ce qui m’entoure. Je hurle à chacune de mes chutes et balancent des pierres dans le paysage. Vain effort … Ma voix emportée par le vent se perd dans l’immensité du lieu. Je commence à perdre le contrôle, jusqu’au moment où je chute lourdement sur mon cadre en voulant traverser un ruisseau bien plus profond que les autres. Terrassé par la douleur de la chute, je m’arrête de nombreuses minutes pour reprendre mon souffle et mes sens, et je repars un peu plus calme.



Enfin, vers 18h30, alors que le soleil est déjà bas sur l’horizon, nous atteignons enfin le sommet. Il nous a fallu 4 jours d’efforts pour parvenir au col. La descente sur le Chili est impressionnante, et nous sommes cramponnés aux freins en permanence tant la pente est forte. Nous arriverons à la tombée de la nuit au fond de la vallée, exténués mais soulagés de sortir enfin de la cordillère.




lundi 30 mars 2009

Chos Malal (03 - 12/03/09)

Le nom de Chos Malal résonne dans mon esprit avec plaisir. Petite ville isolée au nord de la province de Neuquén en Argentine, entourée des montagnes de la cordillère, Chos Malal est la ville ou j’ai adopté l’Argentine et l’Amérique du Sud en général. J’y ai passé près de 5 mois au cours de ma carrière de géologue, j’y ai appris l’espagnol ainsi que mon métier de géologue de terrain, et c’est là réellement que j’ai fait la connaissance avec la culture sud-américaine, celle des gauchos, des condors et de la cordillère des Andes. Naturellement, Chos Malal était un passage obligé de la Géoroute.

C’est particulièrement ému que nous entrons dans Chos Malal le 3 mars, après avoir parcouru 400 km en 5 jours, fatigués par la chaleur écrasante et par la soif et par les nuits passées dans le désert. Nous allons enfin, pensons-nous, gouter à un repos bien mérité avec nos amis. Nous arrivons ainsi, sales et malodorants, à la petite maison de Maria Paz, mon amie chilienne qui m’a introduit dans tout le village. Les retrouvailles sont émouvantes et nous tombons dans les bras l’un de l’autre. Maria Paz a plus de 50 ans, mais c’est avec une joie d’enfant qu’elle nous reçoit chez elle, ou plutôt dans la maison qu’elle loue a une autre amie, la signora Ramona Gomez.

Apres l’émotion des retrouvailles, tout s’enchaine très vite. Nous rendons visite à Marta et ses fils, respectivement notaire et avocats, qui nous accueillent en fête. « Il faut faire parler de votre projet », nous dit Marta. « Demain nous allons à Radio Chos Malal pour qu’ils vous interviewent ». Son ex-mari, Hugo, passe à l’improviste. Il vient de Salta, au nord de l’Argentine, et chante dans un groupe de musique folklorique de Salta. « Il faut organiser une fête avec musique et asado pour Caroline et Olivier ! », s’enthousiasme Marta. Les yeux pétillants d’Hugo s’éclairent : « Bonne idée, jeudi soir, ca vous va ? ». En quelques minutes, l’emploi du temps de la semaine est quasiment bouclé.

Le lendemain, Marta nous emmène à Radio Chos Malal et nous présente à toute l’équipe. Leo, l’animateur, nous invite à nous installer dans le studio, en face du micro. Et l’interview commence ! Nous pensions être écoutés par quelques dizaines de personnes seulement, mais il s’est avéré que nous avions beaucoup plus d’auditeurs. Plusieurs coups de fil sont intervenus pendant l’émission pour demander, entre autre, comment se forment les tremblements de terre. Un camion qui passe devant le studio nous fait un grand signe du pouce : « Bravo les gars ! ». Et oui, nous sommes en direct ! Pendant toute la semaine qui suivra, les gens que nous rencontrerons nous demanderont : « C’était vous a la radio ? ». Bref, nous n’étions plus anonymes à Chos Malal.




Le lendemain, nous sommes invités pour un asado afin d’écouter Hugo jouer avec ses amis. La musique de Salta est parfaitement entrainante et les voix s’accordent comme les polyphonies corses. Le rythme des guitares sèches se marie avec celui du tambour dans une musique qui respire l’Argentine, les gauchos, et la Cordillère. Le maitre de maison n’est pas un des musicien. Il se nomme Nicolas Lefoll et porte bien son nom. Un peu farfelu et surtout complètement ivre, il sert des verres de grappa à tour de bras. Malgré leur apparence macho et virile, nos amis argentins ne supportent pas la grappa qu’ils trouvent trop forte, et je me retrouve avec les verres d’à peu près tout le monde à finir. Autant dire que la fin de soirée se déroule dans l’allégresse, jusqu'à notre retour en taxi dans lequel nous sommes pris d’un fou rire incontrôlable en regardant la situation : nous sommes quatre à l’arrière, entassés les uns sur les autres, et secoués dès que le taxi passe sur un nid de poule. C’est ca l’Argentine.







Mais à proximité de Chos Malal se trouve l’un des objectifs de la Géoroute Andine : le volcan Tromen. Il ne s’agit pas en soit d’un site géologique remarquable, mais c’est un édifice volcanique que je connais bien et auquel je suis très attaché car j’y ai appris la géologie de terrain durant mon doctorat. Le problème majeur est de se rendre au pied du volcan, qui se situe à plus de 40 kilomètres de Chos Malal, accessible par une route défoncée qui monte tout le long. En aucun cas nous ne pouvons nous y rendre en vélo. Un second problème se pose : il n’existe pas de service de location de voiture à Chos Malal. Nous tentons de négocier avec les chauffeurs de taxi, mais n’étant pas habitués a une telle demande et nous prenant pour des « gringos » riches comme Crésus, ils nous proposent des prix ridiculement élèves et inacceptables. La solution viendra de Luis, le compagnon de Maria Paz, qui possède une voiture et qui nous propose de nous emmener au pied du volcan où repose un lac magnifique. Excellente nouvelle !

Mais comme nous sommes dimanche, nous prenons notre temps et faisons griller un énorme morceau de viande de cabri, la spécialité culinaire du nord de la province de Neuquén. C’est donc le ventre ultra plein que nous prenons la route du Tromen en milieu d’après midi. La route serpente sur le flanc inferieur du volcan, recouvert de touffes d’herbes d’un jaune intense. La lumière de fin d’après-midi intensifie d’avantage les couleurs dorées de la montagne, qui s’enflamme littéralement sous nos yeux. Le jaune or met en valeur le rouge sang des algues du lac et nous offre un décor naturel unique. Sur le lac, des groupes de flamands roses s’envolent gracieusement. En face de nous, de l’autre cote du lac, l’immense cône volcanique du Tromen nous domine de 2000 mètres. Sa masse impressionnante semble nous écraser, et nous avons la sensation de pouvoir toucher son sommet tant il paraît proche. Ses pentes herbeuses sont parcourues par de longs serpents noirs qui rampent depuis le sommet du volcan. Ces coulées volcaniques figées pour l’éternité sont des marqueurs d’une activité volcanique récente, c’est à dire historique. Le jaune d’or tourne au rouge de braise au fur et a mesure que le soleil baissesur l’horizon, puis le feu du crépuscule s’éteint lorsque le soleil disparaît derrière les sommets enneiges de la cordillère, à l’ouest. Il est temps pour nous de redescendre à Chos Malal.










Le lendemain, Marta nous a pris rendez-vous avec le président du conseil municipal de Chos Malal. Nous n’avons aucune idée de ce que cela pouvait nous apporter, ni ce que ca pouvait leur apporter, mais nous nous y rendons avec curiosité et un certain amusement de rencontrer les politiques de Chos Malal. Introduits dans la salle du conseil par Rodrigo, le fils de Marta, nous sommes présentes à don Jorge, le président du conseil, homme charmant et d’un calme exemplaire. Il prend bien soin de nous parler lentement afin que nous comprenions tous ces propos. Apres avoir présenté l’origine et les objectifs de la Géoroute Andine, don Jorge nous explique a son tour leur intérêt : ils cherchent à développer le tourisme dans la région nord Neuquén sans tuer l’âme de la Patagonie, comme c’est le cas à Torres del Paine et a El Calafate. Pour cela, ils cherchent un moyen original de développer le tourisme, et ils ont conscience que la géologie représente un potentiel énorme. En effet, les paysages géologiques sont à couper le souffle dans toute la région mais en plus la géologie est d’une richesse telle qu’il serait possible de l’exploiter en tourisme scientifique. Pour cela, ils recherchent des géologues potentiellement intéressés, ainsi que des fonds publics et privés. Notre objectif de communication scientifique est en accord parfait avec leurs objectifs, et nous nous quittons avec l’idée certaine que nous pourrions faire un projet commun en utilisant nos compétences géologiques.

Cela fait 10 jours que nous sommes à Chos Malal, et il est temps pour nous de continuer notre route. Honnêtement, nous sommes sur les rotules car nous ne nous sommes jamais couchés avant minuit, le rythme de vie argentin étant nocturne. Nous sommes donc à la fois soulagés et tristes de quitter cette petite ville de Patagonie et nos amis. Mais nous sommes surs d’une chose : ce n’est qu’un au revoir, et nous reviendrons leur rendre visite et les remercier pour leur accueil chaleureux et leur générosité.

vendredi 20 mars 2009

Le Paso Mamuil Malal (27/02/09)

Currarrehue, Chili. Nous nous réveillons tôt pour partir aux aurores. Nous avons campé au creux d’une belle vallée encaissée, dont les flancs sont recouverts de forêts impénétrables. Une grosse difficulté nous attend aujourd’hui : le Paso Mamuil Malal, entre le Chili et l’Argentine. Au programme, un col pas très haut en altitude (1200 m), mais une route en très mauvais état avec de fortes pentes. Nous nous élançons motivés ce matin, prêts à célébrer nos 3000 km. Les 15 premiers kilomètres sont relativement plats, jusqu’à ce que la route s’incurve abruptement pour atteindre des pentes de plus de 15%. Les graviers chassent sous nos roues et nous avons de fortes difficultés pour avancer. Constamment, le poids de nos bagages nous tire vers l’arrière, soulevant la roue avant, et nous perdons le contrôle de notre monture et tombons misérablement... à 4 km/h.





Pendant le montée, nous arrivons à un poste de carabiniers chiliens pour nous reposer un peu. Aujourd’hui, il fait une chaleur étouffante, et nous buvons des litres d’eau que nous transpirons dans l’heure qui suit. A partir de ce point, la route serpente sur le flanc abrupt de la montagne en lacets serrés. La pente approche les 20% par endroit et nous devons pousser notre vélo à de nombreuses reprises. La multitude de véhicules qui nous doublent nous envoient des nuages de poussière qui colle à la peau. Eux-mêmes ont des difficultés pour monter, les moteurs ronflent alors que les pneus patinent sur les graviers. Nous mettrons plusieurs heures pour parcourir une dizaine de kilomètres, exténués et assoiffés.





A notre arrivée au col, nous jubilons à l’idée de la descente qui nous mènera dans la province de Neuquén. Le paysage est fantastique : des forêts d’araucarias, arbre mythique et millénaire des Andes patagoniennes, nous entourent de toutes parts. A notre droite, le volcan Lanín nous domine de plus de 2500 m. Cet énorme cône volcanique considéré éteint, recouvert sur un flanc seulement d’une petite calotte glaciaire, domine toute la région.




La route devient plate, et nous nous attendons à entamer la descente à chaque virage. Les kilomètres défilent sans que nous ne perdions un mètre d’altitude. Nous arrivons à la frontière et rentrons en Argentine, toujours en suivant cette route désespérément plate. Déjà la végétation change. Les arbres sont de plus en plus clairsemés, et la végétation parait de plus en plus sèche. Nous avons parcouru plus de 20 km depuis la fin de l’ascension, et nous n’avons toujours pas commencé à descendre. Après 25 kilomètres, nous nous trouvons au milieu d’une vaste plaine d’herbe jaune. La forêt a totalement disparu, les reliefs sont beaucoup moins escarpés qu’au Chili, et une immense plaine s’ouvre sous nos yeux. Il faut nous rendre à l’évidence : nous sommes sur un immense plateau, à 1200 mètres d’altitude, et nous ne descendrons pas.

La différence de topographie entre le Chili et l’Argentine est frappante : du coté chilien, les montagnes sont creusées de vallées profondes, d’altitudes proches du niveau de la mer, alors que du coté argentin, la Cordillère est bordée par l’immense plateau patagonien, perché à plus de 1200 mètres d’altitude. Cette asymétrie géographique est une constance tout au long des Andes du Sud.




Par endroits cependant, le plateau est incisé par de profondes vallées qui présentent des géométries très particulières. En effet, la limite entre le plateau et la vallée est franche, et marque ce que l'on appelle une " cuesta". Sous la cuesta, le relief est plus mou, plus arrondi. Pourquoi trouve-t-on ce type de morphologie dans le paysage ?








La réponse est en fait très simple. Au niveau des cuestas, il est possible d’observer les roches qui constituent le plateau : il s’agit d’immenses coulées volcaniques (en noir sur les photos), très dures et résistantes à l’érosion, qui recouvrent la région sur des milliers de kilomètres carrés. Cette couverture de roches très dures repose sur des sédiments meubles (blancs et rouge sur la photo), qui sont beaucoup moins résistants à l’érosion que les roches volcaniques. Ainsi la différence de morphologie entre le sommet du plateau et les vallées provient de la différence de résistance à l’érosion des roches rencontrées : on parle d’érosion différentielle.