mardi 5 mai 2009

San Juan : à l'écoute de la Terre

Le 15 janvier 1944. C’est l’été à San Juan, ville de 60 000 habitants, située dans l’ouest de l’argentine. Jolie ville de style colonial, ce samedi est jour de mariage et toutes les églises sont pleines. Mais à 21h, la terre se met à trembler.

« J’avais 13 ans et je jouais dehors », nous raconte Laura. « Tout s’est écroulé, j’ai vu une maison s’effondrer sur une voiture avec des gens dedans ». Laura, femme élégante aux beaux cheveux blancs sort un mouchoir pour essuyer ses larmes. « Heureusement, toute ma famille a été épargnée, mais 10 000 personnes sont mortes ce jour-là. Toutes les églises se sont effondrées sur les mariés et leurs invités ». Les souvenirs semblent lui revenir comme par flash et nous ressentons sa peine.

« C’était terrible car il a beaucoup plu les jours suivants et les maisons qui tenaient encore debout se sont ecroulées », témoigne Mr. De Davila qui avait 8 ans à l’époque.

Cette nuit là, les survivants ont dormi dans la rue dans l’attente des secours en provenance des provinces environnantes et de la capitale Buenos Aires. San Juan venait de subir un séisme de magnitude 7,4 sur l’échelle de Richter.

Depuis, de nombreuses mesures ont été prises et un laboratoire de prévention sismique a été créé : l’INPRES (Instituto Nacional de Prevencion Sismica). C’est dans cet institut que nous nous rendons pour comprendre comment les scientifiques écoutent la Terre.



L’INPRES

Afin de bien comprendre ce que représente le risque sismique à San Juan et en général, nous avons visité l’INPRES, mis en place après le séisme de janvier 1944. Nous y avons rencontré Mario Alberto Araujo, responsable du département de sismologie à l’INPRES. Il nous explique que le séisme de 1944 a eu lieu en raison du jeu d’une grande faille, c’est à dire une grande fracture de l’écorce terrestre, située à une vingtaine de kilomètres de San Juan environ, dans la précordillère, également nommée Sierras Pampeanas. Il nous explique que dans l’écorce terrestre, des forces tectoniques colossales s’accumulent jusqu’à atteindre un point de rupture : à ce moment, toute l’énergie accumulée est libérée et les compartiments de roche de part et d’autre d’une grande fracture (ou faille) sont mis en mouvement. Les frottements lors de ce déplacement génèrent des ondes mécaniques qui font trembler la terre.




Depuis cette catastrophe, l’INPRES a installé un réseau national de stations sismiques (environ 50) et d’accéléromètres (instrument qui mesure l’accélération du sol lors d’un séisme, environ 170) répartis dans tout le pays, et en particulier dans le centre-est de l’Argentine (Mendoza et San Juan). En effet, cette zone est la plus sensible et sujette au plus fort risque sismique. Ce réseau est centralisé à San Juan et enregistre 24/24h et 7/7j les mouvements sismiques dans toute l’Argentine, et détecte instantanément les moindres soubressauts de l’écorce terrestre. C’est ce réseau qui a détecté et analysé le tremblement de Terre de magnitude 4 que nous avons recenti à Chos Malal, il y a deux mois.

La mission de l’INPRES est double :
- Dans un premier temps, il a pour but d’informer les populations sur les risques sismiques et le comportement à avoir en cas de crise sismique majeure. Des conférences publiques sont organisées, ainsi que des visites de classes d’écoles. Enfin, l’INPRES a édité un manuel de prévention sismique distribué à la population de San Juan. Tout y est expliqué, de l’origine des séismes aux gestes simples qui peuvent sauver des vies.

- Dans un deuxième temps, l’INPRES défini les normes de construction parasismiques. Des sismologues, c’est à dire des scientifiques qui « écoutent » les sons de la Terre et qui analysent les ondes sismiques, travaillent en collaboration avec des ingénieurs génie-civil afin d’établir des techniques de construction adéquat pour que les édifices résistent à un séisme majeur.


Après notre interview, nous faisons la connaissance de Marcelo, le technicien qui s’occupe des sismomètres, c’est à dire les instruments qui enregistrent les mouvements de la Terre. A l’INPRES, les sismomètres sont contenus dans une seule pièce qu’il nous fait visiter. Le système qu’il nous présente est connecté en permanence à toutes les stations sismiques réparties dans tout le pays, et enregistre toutes les données. Au fond de la pièce, à gauche, une grosse machine présente des rouleaux de papier blanc qui tournent très lentement sur eux-mêmes. Sur ces rouleaux, un stylet trace en continu un trait noir quasi rectiligne. Soudain, le stylet s’agite de gauche à droite : « c’est un tremblement de terre », nous dit Marcelo. « Ce rouleau de papier blanc enregistre sur papier tous les mouvements de la Terre. Le rouleau est rempli en 1 jour, il faut donc les changer tous les jours. »



Il sort alors un rouleau entièrement tracé, et nous le tend : « Voici par exemple un rouleau, appelé sismographe, d’une journée normale. Comme vous le voyez, il y a environ une trentaine de signaux de tremblement. Ces tremblements sont enregistrés par les instruments, mais ils sont tellement petits que nous ne les ressentons pas. Ainsi, tous les jours, la Terre tremble sans que nous nous en rendions compte. De plus, vous pouvez voir qu’un signal sismique se compose de deux parties, correspondant à deux ondes différentes. La première onde (onde P) marque le début du tremblement de terre. La seconde onde (onde S), arrive après la première, et est en général plus forte et plus destructrice que l’onde P. » Les deux ondes sont parfaitement visibles sur les enregistrements qu’il nous montre.


« Mais ce système de rouleaux de papiers est un système ancien, et nous sommes en train de la changer par un système entièrement digital ». Il nous montre alors un autre sismographe : « Celui-là correspond à une station sismique située à une trentaine de kilomètres de San Juan. Si vous voulez, je peux vous y emmener demain ? ». C’est d’accord, et nous lui donnons rendez-vous le lendemain matin.

Le lendemain, nous arrivons à l’INPRES à l’heure convenue. Apparemment surpris de nous voir, Marcelo ne semble pas nous attendre et n’a rien préparé de la visite. « Heu ... Attendez-moi quelques instants, je vais voir si la voiture est disponible » : Il nous présente alors à d’autres de ses collègues afin de nous faire patienter. Trois quarts d’heure plus tard, Marcelo revient : « La voiture n’est pas disponible, nous allons prendre la mienne. Mais vous allez là-bas, vous filmez, et on rentre, hein ? ». Visiblement, Marcelo n’a pas très envie de passer du temps là-bas...

Nous quittons donc l’INPRES dans la voiture de Marcelo. Après 100 mètres, nous manquons de peu d’avoir un accident. 200 mètres plus loin, nous récidivons. Marcelo est totalement surexcité au volant. Il se retourne vers moi et me dit : « Ce sont eux qui conduisent mal, moi je conduis bien ! ». J’acquiesse pour ne pas le vexer, tout en me cramponnant à la poignée au-dessus de la portière. Les trois quarts d’heure qui suivront seront une poussée d’adrénaline continue : 120 km/h dans les villages, doublement de camions sans visibilité, énormes coups de frein car il y avait un autre camion qui arrivait en face, et j’en passe ... Bref, nous arrivons miraculeusement à la station sismique, entiers mais quelque peu retournés. La station sismique est située dans une petite cabane en pierre, construite au pied de la montagne. Pendant 20 minutes, il essayera en vain d’ouvrir la porte. C’est Karen qui arrivera à l’ouvrir, et nous pénétrons enfin dans la bicoque colonisée par les lézards et les araignées dont les toiles se prennent dans nos cheveux (enfin ceux de Caroline et de Karen ...). Marcelo ouvre alors une porte au fond de la petite pièce qui donne sur un sas, puis une autre porte qui donne sur un long couloir qui s’enfonce dans la montagne. La dernière porte s’ouvre enfin sur la salle des instruments de mesure, tous contenus dans des caissons métalliques, donc invisibles. « Les instruments sont solidarisés au sol par une grande et profonde dalle de béton pour détecter les plus infimes vibrations du sol. Par contre, la station est isolée dans la montagne et installée souterrainement pour éviter d’enregistrer les vibrations associées à l’activité humaine (camion, etc ...) ou dues au vent.





Clic-clac, nous prenons quelques photos, et Marcelo est déjà prêt à partir. Nous le suivons à contre-coeur, sachant que trois-quart d’heure de cauchemar nous attendent pour rentrer à San Juan ...


Interview à la Defensa Civil

« Ce ne sont pas les tremblements de terre qui tuent, c’est l’ignorance”, nous dit Roberto Cabeza, coordinateur à la Defensa Civil de San Juan. La Defensa Civil a un rôle importamt dans la société argentine puisqu’elle s’occupe de la prévention et des secours auprès de la population. Nous avons rencontré un responsable de la DC afin de savoir comment s’effectue la prévention pour un séisme et comment s’organise une évacuation en cas de situation grave. Roberto nous explique que le rôle de la DC comprend principalement 2 aspects:

1. L’aspect prévention auprès de la population. « Nous devons préparer les gens pour faire face à une catastrophe car les secours ne pourront pas être partout. Pour cela, nous allons dans les institutions, les écoles, les entreprises et également chez les gens afin d’informer et de conseiller sur les réflexes à avoir en cas de séisme. La première chose que nous leur demandons de faire est de bien connaître leurs voisins afin de faciliter l’entraide. Puis, chez eux, nous leur conseillons de garder toujours une réserve d’eau et de nourriture exclusivement pour un cas d’évacuation et facile d’accès. Ceci pour deux raisons : après un choc, un accident, une grosse peur, on a soif et après une catastrophe, l’eau n’est plus potable. L’autre raison est qu’il peut se passer beaucoup de temps avant que les secours et les provisions arrivent. Nous leur apprenons également à réagir correctement, comme par exemple se mettre sous une table et se proteger la tête plutôt que de courir à l’extérieur. Pour l’aspect prévention, nous avons 120 volontaires qui nous aident dans cette tâche sur San Juan. »

2. L’aspect organisation des services d’urgence en cas de situation de crise. « La DC centralise tous les services d’aide à la population et distribue les tâches de chacun, que ce soit la police, l’armée, les services de santé et aussi la communication. La DC suit dans ce cas un protocole déjà établi et défini par la loi 6837 ».

Roberto connaît bien son sujet et nous en parle pendant presque deux heures. Autant dire que nous sommes presque prêts pour faire face à un séisme ! Nous quittons la Defensa Civil impressionnés par l’organisation qui fait souvent défaut en Argentine. Toutefois, entre la théorie et la pratique, il y a parfois une différence et nous nous demandons si les règles et tous les gestes simples dont nous a parlé Roberto sont réellement appliqués...



Visite de l’école Modelo de San Juan

Grâce à l’équipe de l’Alliance Française de San Juan, nous avons l’opportunité de visiter une école. C’est pour nous une parfaite occasion pour savoir comment les enseignants et les enfants gèrent le risque sismique. Susana, la directrice de l’école Modelo de San Juan, nous accueille chaleureusement et nous emmène dans la salle des enseignants pour discuter au calme.

Susana nous explique tout d’abord les mesures prises et les travaux effectués au sein de l’école: « Tous les meubles sont fixés ainsi que les lampes, les évacuations et les bouches d’égoût sont signalées par une peinture de couleur et les vitres sont scotchées pour éviter l’éclatement du verre ».






« Mais en cas de séisme, que faites-vous, comment s’organise l’évacuation ? », demandons nous.

« J’ai la responsabilité de donner l’alerte qui est une sonnerie, la concierge doit couper le gaz, l’électricité et l’eau et doit également ouvrir le portail donnant sur la rue pour faciliter l’évacuation. Dans les classes, chaque enseignant a la responsabilité de ses élèves. Sur l’ordre de l’enseignant, les enfants doivent se mettre sous leur bureau et se protéger la tête en la couvrant avec leurs mains. L’enseignant doit ouvrir la porte (pour qu’elle ne se bloque pas) et doit se placer dans l’encadrure de la porte. Lorsque les tremblements sont passés, les plus petits sont évacués en premier dans le calme. C’est ce que nous leur enseignons en premier: garder son calme. » Susana précise que des simulations ont lieu deux fois par an. Par ailleurs, chaque enseignant doit avoir un plan d’évacuation chez lui pour sa propre famille, afin de ne pas avoir à se préoccuper de ce qui se passe chez lui et de se concentrer sur son action à l’école si un séisme a lieu.

Nous demandons si toutes les écoles de San Juan suivent le même protocole, mais Susana nous avoue: « Malheureusement non. L’escuela Modelo est une école privée et nous avons de l’argent pour que les enfants soient parfaitement encadrés. Chaque enseignant est aidé dans sa tâche par une autre personne et c’est vrai que c’est exceptionnel dans une école. »



Susana nous invite à visiter quelques classes et rencontrer les élèves. Pour chacune des trois classes visitées, l’entrée d’Olivier suscite des yeux ronds et un long murmure: « ouahhh…il est grand! ». Ouf, ils ne semblent pas avoir remarqué notre tenue de cyclistes pas très propres! Les élèves portent tous les mêmes uniformes verts, en bermuda pour les gars et jupe pour les filles. Susana leur explique qui nous sommes et la raison de notre venue. Et puis nous leur posons quelques questions : « Savez-vous comment se forment les séismes et ce que vous devez faire si cela arrive? ». Brouhaha enthousiaste dans la classe, nous réussissons tout de même à comprendre quelques réponses qui sont toujours très justes. Les enfants connaissent particulièrement bien le sujet, il n’y a aucun doute! Lorsque nous leur demandons si ils ont peur, ils nous répondent en choeur « non ! ».

Dans la classe des plus petits (environ 6 ans), l’institutrice donne soudainement le signal d’une simulation. Avant que nous ayons eu le temps de comprendre le signal, tous les enfants se précipitent sous leur table respective, les bras croisés au-dessus de leur tête, tout en rigolant bruyamment de cet exercice. La scène est tellement drôle que nous nous en amusons également.

L’exercice terminé, Olivier, le « géant », est pris d’assault : « comment se forment les volcans? » demande un garçonnet. Un troupeau d’enfants s’agglutine autour d’Olivier posant chacun leur question dans un chahut invraisemblable! Nous quittons la salle, sourire aux lèvres, contaminés par la bonne ambiance et la bonne humeur des élèves.




Au moment de notre départ de l’école, Olivier est à nouveau assailli par des fillettes en tenue de sport, curieuses de notre présence dans l’école…avec nos vélos!




Museo de la Memoria Urbana.

Sur les conseils de Mariana de l’Alliance Française, nous visitons le Museo de la Memoria Urbana de San Juan, fraîchement inauguré en février 2009. Ce musée est de grand intérêt pour notre projet puisqu’il expose des photographies de la ville de San Juan avant et après le séisme de 1944.

Nous commençons par parcourir la partie du musée qui expose les photos avant 1944 montrant une très belle cité de style colonial, des églises et bâtiments publics imposants qui sont pour nous surprenants puisque rien de cela n’est visible dans la ville actuelle. Au bout du couloir, un jeune homme nous fait passer dans une petite salle décorée comme dans les années 40. « Dans cette salle est installé un simulateur de séisme et vous allez ressentir l’équivalent d’un tremblement de terre de magnitude 6 environ sur l’échelle de Richter, soit 10 fois moins fort que celui de 1944 ». Nous entrons tous les trois et nous installons chacun dans un fauteuil, ne sachant pas trop à qui nous attendre puisque, malgré que nous soyons tous les trois géologues, nous n’avons jamais ressenti de séisme aussi fort !




Quelques photos de la ville de San Juan d’avant 1944 sont projetées sur un mur avec sonorisation afin de nous mettre dans l’ambiance. Devant nos yeux défilent de beaux édifices, des statues gigantesques des héros du pays et des rues pavées sur lesquelles résonnent les sabots de chevaux et les moteurs de grosses voitures noires de l’époque. Puis la cathédrale, fierté du San Juan de l’époque, avec ses deux clochers sonne 9h du soir.

Un sourd grondement envahit la salle et le sol se met à trembler sous nos pieds. C’est le premain train d’onde, ce que nous appelons dans notre jargon de géologue les ondes P (P pour premières). Nous rebondissons sur nos sièges comme si nous étions embarqués par un cheval au galop sans aucun contrôle. Cramponnés aux accoudoirs, nous nous regardons les yeux ronds, surpris et il faut bien l’avouer plutôt amusés.

Les vibrations s’arrêtent...mais pas le son et nous savons bien pourquoi : le second train d’ondes, les ondes S (ondes secondes), arrive!! La secousse est beaucoup, beaucoup plus violente cette fois-ci, et nous rigolons beaucoup moins soudainement. Nous sommes secoués violemment de droite à gauche (et inversement), bref, nous sommes cisaillés ! Nous tentons de rester assis sur nos sièges tant bien que mal quand soudain le cadre accroché au mur pas très loin de Karen se décroche et l’horloge, située au-dessus de la tête d’Olivier, s’ouvre brutalement. Je garde un oeil sur le lustre qui s’agite dans tous les sens au–dessus de ma tête, me demandant si ils ont bien prévu qu’il tienne correctement...

Sur la photo animée projetée sur l’écran, l’un des deux clochers de la cathédrale s’effondre. Le sol se stabilise enfin sous nos pieds, nous soufflons bruyamment en nous regardant ébahis. Il nous faut quelques minutes pour nous remettre de nos émotions. Et encore, rien ne nous est tombé sur la tête ! Nous tentons d’imaginer un séisme 10 fois plus fort que celui-ci, comme celui de San Juan en 1944, mais c’est impossible. Cependant, nous pouvons mieux comprendre maintenant la peur qu’ont ressenti Laura et Mr de Davila qui ont vécu cette terrible catastrophe.


Le simulateur est clairement un outil incroyable pour prendre conscience de ce que peut être un fort séisme et un outil utile, en particulier pour les écoles et tous les habitants de San Juan, pour s’y préparer.

Pour plus de photographies : www.fundacionbataller.org aller dans « banco de foto » et choisir un theme.


Le 23 novembre 1977, un séisme de magnitude 7,4 sur l’échelle de Richter secoue à nouveau San Juan. « Cela faisait quelques mois seulement que j’avais emménagé à San Juan et nous habitions au 4eme étage d’un immeuble » nous raconte Patricia, directrice de l’Alliance Francaise de San Juan. « Je venais d’allaiter mon enfant et j’étais en train de le coucher dans son berceau quand le séisme a commencé. J’étais terrorisée. Je suis restée cramponnée au berceau pour ne pas qu’il bouge mais ça a duré une éternité, plus de 2 minutes....une éternité ! ». Nous lui demandons ce qu’elle a ressenti à cet instant. Patricia nous répond : « de l’impuissance ».



En 1977, beaucoup moins de victimes ont été déplorées et peu de bâtiments se sont écroulés. Après 1944, les normes de construction anti-sismiques ont été appliquées et ont fonctionnées. Alors quand nous demandons à Mr de Davila si il a peur maintenant, il nous répond : « Non. J’ai survécu aux séismes de 44 et de 77 et tous les autres, on en a tous les jours vous savez ! Maintenant, toutes les constructions sont aux normes anti-sismiques, il n’y a aucune raison d’avoir peur. Nous savons quoi faire et comment réagir en cas de séisme. »

Mais Mme de Davila rajoute : « Vous les scientifiques, vous devez savoir les prédire les séismes avec toute la technologie actuelle et toutes les données ! ». Nous lui répondons que non, malheureusement, il est actuellement impossible de prédire un séisme.

« Vous devez trouver et vous devez informer toutes les populations des risques, c’est important pour sauver des vies ! Moi, mon rêve est de voir un jour un théâtre avec un grand panneau lumineux annonçant : Ce soir, 21h, venez assister au tremblement de terre ! »


Nous remercions très chaleureusement l'équipe de l'Alliance Française de San Juan pour leur accueil et pour toute leur aide si précieuse pour mener à bien cette enquête !


vendredi 24 avril 2009

Docteur en géophysique-spécialité déformation des roches

Karen


  • Motivation initiale
Karen (écossaise) voulait être astronome et a fait une première année universitaire en astronomie. Quelque peu déçue par la quantité astronomique de mathématiques nécessaire à cette profession, elle a bifurquée vers des études de géophysique après avoir découvert cette matière lors d'un module universitaire (pas de cours de sciences de la terre avant l'université en Grande Bretagne).

  • Formation

Formation universitaire à l'Université de Edinburgh. Master de géophysique et thèse de doctorat sur les mécanismes de déformation des roches dans les failles. Post-doctorats à Boston, Liverpool et Toronto.

  • Métier

Chercheur à PGP (Physics of Geological Processes), Université d'Oslo.


  • Activité

L'objectif de ses recherches est de comprendre les mécanismes de déformation et de friction à l'intérieur des failles. Son travail comprend:

- des cartographies très précises de zones de failles sur le terrain

- déformation de roches échantillonnées sur le terrain en laboratoire (ce que l'on appelle des déformations expérimentales) pour comprendre les mécanismes de déformation.

- production d'articles scientifiques traitant des résultats et interprétations

- participation à des conférences

Deux applications concrètes à ses recherches : une meilleure compréhension des processus à l'origine des séismes (tremblements de terre) et les systèmes pétroliers, puisque les hydrocarbones peuvent migrer dans les failles.


Plus d'infos (en anglais):

http://folk.uio.no/karenmai/

jeudi 23 avril 2009

Volcanologue

Luis Lara

  • Motivation initiale
Pour l'aspect scientifique et parce que la volcanologie est une science qui présente également une dimension historique et humaine.
  • Formation
Formation universitaire de 6 ans à l'Université de Santiago (Equivaut à un master francais) en géophysique. Thèse de doctorat à l'Université de Toulouse (3 ans) spécialisée sur les thématiques de volcanisme et tectonique.
  • Métier

Chercheur au SERNAGEONIM (Servicio National de Geologia y de Mineria) à Santiago du Chili.

  • Activité

Suivi des volcans actifs avec la mise en place de sismomètres. Evaluation des risques et production de cartes de risques. Communication avec les autorités gouvernementales.

Rencontre avec un volcanologue

A Chaiten, nous avions récolté des témoignages auprès des autorités pour savoir comment s'était passé l'évacuation, et auprès d'un vieil homme réfractaire à quitter sa ville (http://georouteandine.blogspot.com/2009/03/le-volcan-chaiten-070209.html). Après ces rencontres, nous avions eu le sentiment que l'évacuation avait été très efficace puisque les 3000 habitants avaient été évacués en moins d'une journée, mais que la communication des scientifiques auprès du public sur les risques que représentait le volcan Chaiten ne nous semblait pas évidente. Cependant, nous avions bien conscience que quelques discussions avec la minorité de la population de Chaiten qui "n'a pas peur du volcan" ne nous permettent pas d'avoir un regard objectif sur l'aspect communication.

C'est pourquoi, nous avons essayé depuis notre passage à Chaiten de prendre contact avec un volcanologue travaillant sur ce volcan, afin d'une part, d'obtenir le point de vue d'un scientifique et d'autre part, comprendre quel rôle jouent les scientifiques dans la communication auprès des autorités et des sinistrés. Ainsi, nous avions tenté de contacter l'observatoire de volcanologie et l'université de Temuco, mais en vain... car tous étaient en vacances.

C'est à Santiago que nous avons enfin réussi à rencontrer un volcanologue du SERNAGEOMIN (Servicio National de Geologia y de Mineria, équivalent du BRGM en France).

Entre deux réunions, Luis Lara a accepté de répondre à nos questions:

Que s'est-il passé à Chaiten d'un point de vue de volcanologue?

Le volcan Chaiten est entré en éruption en produisant une violente explosion qui a projeté un panache de cendres à très haute altitude. Techniquement, il s'agit d'une éruption de type plinienne, classique pour ce type de volcan situé dans une zone de subduction.

Y avait-il une possibilité de savoir que ce volcan allait entrer en éruption?

Malheureusement, il nous était très difficile de prédire une telle éruption. En effet, le volcan Chaiten n'était pas équipé en système de surveillance, comme peuvent l'être par exemple les volcans Villarrica ou Lascar. La raison est simple : le Chaiten n'était pas connu comme un volcan présentant des risques volcanologiques imminents, et la densité de population dans la région y est très faible. Par conséquent, il ne constituait pas une priorité du SERNAGEOMIN. De plus, les signes précurseurs de l'éruption (par exemple activité sismique perceptible) n'ont précédé l'explosion que de quelques jours seulement, ce qui est rare pour une éruption d'une telle puissance.

Est-ce que des instruments de mesure ont été installé ?

Deux stations sismiques ont été installées. L'une sur les flancs même du volcan, l'autre a une distance plus importante. Ces deux stations fournissent en permanence des données et des informations sur l'état d'activité du volcan. Désormais, il est possible d'être au chevet du Chaiten et de mesurer son pouls et sa respiration, et d'anticiper ces crises éruptives, comme celle qui a eu lieu le 20-21 février 2009. Le système a été efficace car grâce à lui, nous avons prédit que l'activité allait de augmenter, et c'est ce qui s'est passé.

En quoi consiste votre travail sur ce volcan ?

Notre travail consiste dans l'immédiat à suivre l'évolution sismique du volcano afin de prédire la survenue de crises éruptives. Dans un deuxième temps, nous devons effectuer une étude de risques en prenant compte la géographie de la région de Chaiten, le type d'éruption et les précipitations. En prenant en compte tous ces paramètres, nous avions prédit que la ville de Chaiten allait souffrir de coulées de boues dévastatrices. C'est ce qui s'est effectivement passé. Pour résumer, nous devons intégrer tous les paramètres qui peuvent influencer sur les risques volcaniques, et les assembler de manière cohérente en utilisant notre expérience.

Comment communiquez-vous avec le gouvernement et avec la population?

Nous informons régulièrement les autorités sur l'évolution de l'éruption. En fonction de nos recommandations, les autorités décident d'évacuer les zones habitables ou non. En revanche, nos services ne sont pas désignés pour communiquer les informations volcanologiques aux populations. Notre travail est un travail d'expertise volcanologique et de compréhension scientifique. Ce sont les autorités qui, sur la base de notre expertise, communiquent les informations aux populations concernées.

Plus d'infos (anglais et espagnol + très belles photos incluses):

Voici un article de Luis Lara traitant du volcan Chaiten récemment publié dans Andean Geology:

http://www.scielo.cl/scielo.php?script=sci_arttext&pid=S0718-71062009000100009&lng=en&nrm=iso

jeudi 12 mars 2009

Les produits volcaniques de l'arc andin

Dans cet article, nous faisons une synthèse des produits volcaniques que nous avons rencontrés au cours de la Géoroute. La synthèse s’organise en descriptions des produits de chaque volcan.

1- Le volcan Hudson

Les éruptions du volcan Hudson en 1971 et 1991 se sont caractérisées par des explosions très importantes. Des nuages de cendres ont été expulsés dans l’atmosphère et ont touché de vastes zones de la Patagonie argentine. Ces explosions ont également éjecté des blocs de lave à plusieurs dizaines de kilomètres, comme nous avons vu sur le bord de la route et chez Rosa. Ce type d’activité est appelé plinien, du nom de Pline Le Jeune qui a décrit l’éruption du Vésuve en 79 avant J.C.

La plupart des produits volcaniques à proximité du volcan sont des dépôts de lapilis de ponce, très légers et donc très riches en gaz. La minéralogie est indéfinissable à l’oeil nu dans ce type de roche, mais la couleur grise indique que les laves sont très riches en silice.


2- Le volcan Chaiten

Tout comme le volcan Hudson, le Chaiten se caractérise par une activité explosive très importante et dangereuse. L’explosion du Chaiten le 2 mai 2008 a donné naissance à un nuage de cendres de plus de 30 kilomètres de hauteur.

Après la phase explosive principale, un dôme de lave s’est formé dans le cratère. Un dôme de lave se forme lorsque la lave est très visqueuse, trop visqueuse pour s’écouler en coulée volcanique. Parfois, le dôme s’écroule en formant des petites nuées coulées pycoclastiques. Le dôme crache en permanence une quantité de gaz très importante, montrant que le magma est très riche en gaz. C’est la combinaison entre un magma très visqueux et une forte teneur en gaz qui produit une activité volcanique explosive : le gaz contenu en microbulles dans le magma ne peut s’échapper car le magma est trop visqueux. Au fur et à mesure que les bulles de gaz grossissent, la pression du gaz augmente jusqu’à faire exploser et fragmenter le magma.

Comme au Hudson, les roches magmatiques sont grises et en grande partie constituées de pierres ponces. Sur certaines pierres ponces, il est possible d’observer des minéraux noirs, en forme de feuillets : ce sont des biotites, ou micas noirs. La couleur grise et la présence de biotites montrent que le magma expulsé par le Chaiten est très riche en silice. C’est une rhyolite.

Il est également possible de trouver des roches noires homogènes similaires à du verre : ce sont des obsidiennes. L’obsidienne est un verre volcanique qui résulte du refroidissement très rapide d’une lave pauvre en gaz. Malgré la différence de texture et de couleur, il est possible de trouver les rhyolites et les obsidiennes mélangées, indiquant qu’elles proviennent de la même lave : elles ont donc la même composition chimique, mais une texture différente à cause de la différente teneur en gaz.




3- Le volcan Villarrica

Les produits volcaniques du Villarrica sont de plusieurs types.

Au cours de l’éruption de 1977, une grand coulée s’est échappée par le versant sud-ouest du volcan. La coulée de plusieurs mètres d’épaisseur est constituée d’une roche très sombre et sa surface est très rugueuse. Les roches volcaniques sont assez poreuses, mais bien plus lourdes que les pierres ponces : ces roches sont donc bien moins riches en gaz que les pierres ponces. Ce type de coulée résulte d’une activité volcanique dite effusive. Les coulées rugueuses sont de type Aa. En observant les roches de la coulée de plus près, il est possible de distinguer des cristaux blancs de plagioclases, ainsi que de beaux cristaux verts d’olivine. La couleur des roches et surtout leur minéralogie indiquent que ces roches sont pauvres en silice, et que les magmas proviennent du manteau terrestre. Ces roches sont des basaltes, voire des andésites. Afin de déterminer précisément le type de roche, il est nécessaire d’effectuer une étude plus poussée, avec des lames minces et des analyses chimiques.

Au sommet du Villarrica, il est possible d’observer des coulées volcaniques aux morphologies très différentes. Epaisses de quelques dizaines de centimètres, elles présentent une morphologie en « cordes », d’où leur nom de laves cordées, ou Pahoehoe. Il s’agit également d’un basalte ou d’une andésite. Pour plus d’information sur les coulées de lave : http://fr.wikipedia.org/wiki/Lave

L’activité du Villarrica n’a pas toujours été de type effusif. L’histoire témoigne qu’il a subit des phases explosives violentes. Les dépôts volcaniques rencontrés sur ses pentes en témoignent également : des dépôts de pierre ponce similaires à ceux rencontrés au volcan Hudson affleurent, entre autre, dans la montée qui mène au parc national.

Par endroit, l’érosion incise les flancs du volcan et met à jour une alternance de niveaux de pierre ponce, résultant d’une activité plutôt explosive, et de niveaux de coulées massives, résultant d’une activité effusive. Cette alternance confère au Villarrica une structure stratifiée : ce type de volcans est appelé stratovolcan, typiques des volcans des zones de subduction. Tout comme d’autres volcans stratovolcans typiques, le Villarrica présente une forme conique presque parfaite, qui se retrouve ailleurs dans les Andes (Llaima, Ojos del Salado, Tupungato, Maipo, etc ...), ainsi que dans d’autres zones de subduction comme au Japon (Fujiyama), en Italie (Vésuve, Stromboli, etc ...), en Alaska (Augustine) ou au Kamtchatka.




4- Le volcan Tromen

Le volcan Tromen n’est pas à proprement parler un volcan de l’arc volcanique andin. Il est situé 150 kilomètres à l’Est de l’arc principal, dans les environs de la petite ville de Chos Malal. Cependant, il présente de nombreuses caractéristiques des volcans d’arc. C’est un stratovolcan, sur lequel il est possible de rencontrer des dépôts volcaniques de type explosif (pierres ponces) et des dépôts volcaniques de type effusifs.

La dernière activité du Tromen correspond à l’émission de coulées volcaniques massives noires, clairement visibles dans le paysage. Les roches qui constituent ces coulées sont très sombres et lourdes, donc pauvres en gaz. La minéralogie est difficile à distinguer. Il est néanmoins possible de distinguer des petits cristaux blancs (plagioclases) et des cristaux noirs allongés (pyroxènes). Lors de mon travail de doctorat sur le volcan Tromen, nous avions également trouvé des olivines dans certains de nos échantillons, mais ceux-ci sont invisibles à l’oeil nu. Ces roches sont des basaltes à andésites basaltiques.




Questions :

- Faites le lien entre le type d’activité volcanique et la nature des laves émises ?
- Quels sont les différents types d’activité volcanique, et quels sont les différents types de volcans ?